‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 46 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE V

disposition précédente, elle ne me ferait pas mourir ^ » Vincent de Paul fut profondément ému en recevant cette lettre. Il tomba à genoux en conjurant Dieu de lui faire connaître sa sainte volonté. Il se rendit au pied du saint Sacrement, et dit plusieurs fois la sainte messe pour implorer les lumières de Dieu, Mais, quoiqu'il eût l'âme la plus sensible aux moindres mouvements de la grâce, il ne sentit aucun attrait divin à revenir dans la maison de Gondi. L'œuvre pour laquelle il était venu à Ghâtillon n'était pas faite.

Après avoir écrit à M°^® de Gondi pour la consoler et l'exciter à ne chercher que la sainte volonté de Dieu, il se remit avec ardeur à la sanctification de sa paroisse. Si elle était dans un triste état, ce n'est pas que les prêtres y manquassent. Il y en avait six dans cette paroisse de deux à trois mille habitants, mais qui n'étaient ni pasteurs ni apôtres, s'occupant peu des âmes et emplissant la petite ville de leur oisiveté. Que faire, tant que ce mauvais exemple n'aurait pas disparu? Vincent de Paul s'insinua doucement dans leur confiance et finit par les décider « à se mettre ensemble dans quelque sorte de communauté, pour se donner par ce moyen plus parfaitement au service de Dieu et de l'Eglise, ce qu'ils firent à sa persuasion et ont continué à le faire longtemps après, à la grande édification de toute la paroisse ^ ». En même temps, Vincent de Paul s'appliquait à catéchiser les petits enfants , seul moyen de reprendre une paroisse par la base ; à instruire les ignorants , qui abondaient par suite de l'absence presque complète du ministère sacerdotal ; à convertir les hérétiques, que le voisinage de Genève avait multipliés, et à retirer de leur vie légère et dissipée les seigneurs

1 Ces lettres admirables nous ont été conservées par Abelly, t. I, p. 39-40.

2 Abelly, t. I, p. 38.

et les grandes dames qui habitaient les châteaux et les villas des environs. Nous verrons plus tard ce qu'était la parole de saint Vincent de Paul , une des plus éloquentes qu'ait entendues le xvn" siècle. En chaire, au confessionnal , au lit des malades , partout elle obtenait des triomphes. Elle en eut ici de prodigieux. On cite en particulier un comte de Roug-emont, duelliste effréné et si heureux, qu'on ne comptait plus le nombre de ses victimes. Ayant entendu parler de Vincent de Paul, il vient à l'église de Ghâtillon pour l'entendre. Sa foi se réveille. Il tombe aux genoux du saint prêtre, qui désormais aura moins à l'exciter qu'à le modérer. Il vend sa terre de Rougemont et en consacre le prix à fonder des monastères et à soulager les pauvres. Il faut que Vincent de Paul l'empêche de vendre toutes ses autres terres; sans cela, avant un mois, dit -il, il ne posséderait plus un pouce de terrain , à l'imitation du Sauveur, qui n'avait pas où reposer sa tête. « Je romps, je coupe, je brise tout, disait-il à M. Vincent, et je vais droit au ciel. » Restait cependant son épée , le dernier, le plus cher de ses attachements humains. Il ne pouvait pas se décider à s'en séparer. Un jour, la honte d'une telle lâcheté le prend. Il arrête son cheval, descend, tire son épée, et la brise en mille éclats contre un rocher. Puis , remontant à cheval , il s'écrie : « Maintenant je suis libre. »

Une autre conversion ne fit pas moins de bruit, et eut de plus grands résultats. Deux jeunes dames, ]y/[me ^g ig^ Ghassaigne et M™^*^ de Brie, avantagées de beauté, et de fortune, vivaient dans les plaisirs, les jeux, les danses. Un jour, elles entrent à l'église au moment où saint Vincent de Paul prêchait. Les voilà troublées, émues ; elles se communiquent leurs impressions et se décident à aller ensemble faire visite au saint prêtre. En quelques mots il achève l'œuvre, et elles le quittent, décidées à renoncer aux frivolités de leur vie mondaine

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