‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 47 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE V

et à se consacrer au service des pauvres, qu'elles poussent jusqu'à l'héroïsme dans la terrible épidémie qui décime Cliâtillon quelque temps après.

Nous pourrions citer d'autres conversions : celle d'un jeune et riche protestant, M. Beynier, chez qui, faute de presbytère, logeait saint Vincent de Paul, qui lui paya son hospitalité par le don de la foi ; celle de son beau- frère, ancien soldat du duc de Montpensier, etc. Mais nous avons hâte d'arriver au grand événement qui, dans la pensée de la divine Providence, avait peutêtre été la seule raison de l'arrivée de Vincent de Paul à Cliâtillon.

Un jour que notre saint s'habillait pour célébrer la sainte messe. M"*'' de la Chassaigne le pria de recommander à la charité des paroissiens une pauvre famille dont tous les membres, père, mère, enfants, étaient tombés malades dans une maison située à une demilieue de Châtillon. Il en parla, en effet, au prône avec sa vivacité et sa tendresse ordinaires. Dans l'aprèsmidi, il partit pour aller visiter cette pauvre famille avec un de ses paroissiens, grand homme de bien ; en route il fut agréablement surpris de rencontrer une foule de personnes qui, émues de ses paroles, revenaient déjà de la maison, où elles avaient été porter des secours. « Voilà, dit-il, une grande charité, mais qui est mal réglée. Ces pauvres malades, pourvus de trop de provisions à la fois , en laisseront une partie se gâter et se perdre , et ils retomberont ensuite dans leur première nécessité. »

Il fit venir M™' de la Ghassaigne et M"'^ de Brie, leur montra les inconvénients d'une charité aussi mal dirigée , et leur demanda de l'aider à réunir quelques dames de bonne volonté. « Je leur proposai , dit saint Vincent de Paul, de se cotiser pour faire le pot chacune sa journée , non seulement pour lesdits malades , mais encore pour ceux qui le seraient à l'avenir. Voilà le

premier endroit, ajoute-t-il, où la Charité fut établie *.» Avec ce bon sens et cet esprit d'org-anisation qui le caractérisait, il commença à appliquer à ce service pendant trois mois, sans règ-les écrites, les dames de la paroisse ; puis , après avoir vu fonctionner l'œuvre , il en rédig'ea les régies. Un heureux hasard a fait retrouver, il y a quelques années seulement, le 20 février 1839, dans les archives de la mairie de Châtillon, l'autographe de ce précieux règlement, le premier qu'ait fait saint Vincent de Paul, et déjà marqué au sceau d'une sagesse si consommée, qu'il a été sans cesse reproduit depuis.

Il commence par indiquer la raison de cette nouvelle institution, et dès le premier mot on remarquera la profonde humilité du saint, qui renvoie aux autres tout l'honneur de cette initiative : « La charité envers le prochain étant une marque infaillible des vrais enfants de Dieu , et un de ses principaux actes étant de visiter et nourrir les pauvres malades , cela fait que quelques pieuses demoiselles et quelques vertueuses bourgeoises de la ville de Châtillon -les -Dombes, diocèse de Lyon, désireuses d'obtenir cette miséricorde de Dieu d'être de ses vraies filles, ont convenu par ensemble d'assister spirituellement et corporellement ceux de leur ville, lesquels ont parfois beaucoup souffert, plutôt par faute d'ordre à les soulager que de personnes charitables. Mais parce qu'il est à craindre qu'ayant commencé ce bon œuvre , il ne dépérisse dans peu de temps , si pour le maintenir elles n'ont quelque union et liaisons spirituelles ensemble, elles se sont disposées à se joindre en un corps qui puisse être érigé en une confrérie avec les règlements suivants, le tout néanmoins sous le bon plaisir de M^'' l'Archevêque, leur très honoré prélat,

1 Confêr^nces de saint Vincent de Paul aux filles de la Charité; 2 vol. in-S"; Paris, Pillet et Dumoulin, 1881; t. I, p. 181 et 208.

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