‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 48 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE V IS · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE V IS

auquel cet œuvre est entièrement soumis. » L'œuvre créée , il lui donne un nom : « Ladicte confrérie s'appellera la confrérie de la, Charité, et les personnes dont elle sera composée, servantes des pauvres^ ou dames de Charité. Leur patron sera Notre -Seigneur Jésus, qui a tant aimé les pauvres. Toute femme chrétienne , « tant veuve que mariée ou fille , » de piété et de vertu, pourra en faire partie, « pourvu néanmoins « que les mariées et filles aient permission de leurs « maris, pères et mères, et non autrement. » Ainsi rien de secret ni de caché ; tout au plein jour. L'œuvre créée, il lui donne un gouvernement: d'abord une prieure , élue par tous les membres de la confrérie , et que celles-ci « aimeront et respecteront comme leur mère, et lui obéiront en tout ce qui regardera les bien et service des pauvres, le tout pour l'amour de Notre- Seigneur Jésus, qui s'est rendu obéissant jusques à la mort, et à la mort de la croix ». Et pour assister ladite prieure, deux des plus humbles et discrètes de la compagnie, l'une assistante, l'autre trésorière. Et comme ce n'est pas le propre des femmes d'avoir seules le maniement des fonds de la confrérie, lesdites servantes des pauvres éliront pour leur procureur quelque pieux et dévot ecclésiastique , ou un bourgeois de la ville , vertueux, affectionné au bien des pauvres et non guère embarrassé aux affaires temporelles, lequel sera tenu pour membre de ladite confrérie, participera aux indulgences qui seront concédées en sa faveur, assistera aux assemblées, et aura voix à la décision des choses qui se proposeront comme l'une desdites servantes pendant qu'il exercera la charge de procureur, et non plus. Tout cela néanmoins, prieure, trésorière, assistante, procureur, sous le gouvernement du curé ou de son vicaire, afin que tout soit soutien pour la paroisse et non embarras.

Un mot de grand sens est dit de la trésorière: « La

trésorière gardera l'argent , les papiers et les meubles, et rendra compte tous les ans, le lendemain du saint jour de Pentecôte, en présence du sieur curé, de la prieure, du procureur, de l'autre assistante, et sera crue ladite trésorière en la seule déclaration qu'elle fera que ses comptes contiennent vérité, sans qu'aucun article de ceux-ci lui puisse être rayé, ni qu'elle, son mari ni leurs enfants , en puissent être recherchés, tant à cause qu'étant pleine de probité, comme il ne s'en élira que de telles, l'on y peut avoir entière confiance; qu'aussi, si elle était sujette à être recherchée de ce fait, aucune ne voudrait prendre cette charge. »

Mais où le saint se surpassa, c'est dans la manière dont on devra traiter les pauvres. Les dames de la Charité n'iront voir que ceux qui auront été reçus après examen par la prieure, assistée de l'assistante et de la trésorière, et voici comme elle devra les traiter : « Celle qui sera en jour, ayant pris ce qu'il faudra de la trésorière pour la nourriture des pauvres, apprêtera le dîner, le portera aux malades et, les abordant, les saluera gaiement et charitablement, accommodera la tablette sur le lit, mettra une serviette dessus , une gondole et une cuiller et du pain, fera laver les mains aux malades, dira le Benedicite, trempera le potage dans une écuelle et mettra la viande dans un plat, accommodant le tout sur ladite tablette , puis conviera le malade charitablement à manger pour l'amour de Jésus et de sa sainte Mère , le tout avec amour comme si elle avait à faire à son fils, ou plutôt à Dieu, qui impute fait à lui-même le bien qu'elle fait à ce pauvre , et lui dira quelque petit mot de Notre -Seigneur en ce sentiment, tâchera de le réjouir s'il est fort désolé, lui coupera parfois sa viande, lui versera à boire, et l'ayant ainsi mis en train de manger, s'il y a quelqu'un auprès de lui, elle le laissera et en ira trouver un autre pour le traiter en la même sorte, se ressouvenant de commencer toujours par celui

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