LIVRE I. — CHAPITRE V
qui avait quelqu'un avec lui, et de finir par ceux qui sont seuls, afin de pouvoir être auprès d'eux plus longtemps ; puis reviendra le soir leur porter à souper avec même appareil et ordre que dessus.
« Chaque malade aura autant de pain qu'il lui en faudra, avec un quarteron de mouton ou de veau bouilli pour le dîner, et autant de rôti pour le souper, excepté les dimanches et les fêtes, qu'on leur pourra donner quelque poule bouillie pour le dîner, et leur mettre leur viande en hachis au souper deux ou trois fois la semaine ; ceux qui seront sans fièvre auront une chopine de vin par jour, moitié au matin et moitié au soir.
« Et pour ce que la fin de cet institut n'est pas seulement d'assister les pauvres corporellement, mais aussi spirituellement, lesdites servantes des pauvres tâcheront et mettront à cela leur étude de disposer à mieux vivre ceux qui guériront, et à bien mourir ceux qui tendront à la mort, dresseront à cette fin leurs visites, prieront souvent Dieu pour cela, et feront quelque petite élévation de cœur à cet effet. S'ils viennent à mourir, auront soin lesdites servantes de la Charité de faire enterrer les morts aux dépens de la confrérie , de leur donner un linceul , faire faire la fosse si le mort n'a aucuns moyens d'ailleurs , et assisteront aux funérailles de ceux qu'elles auront nourris malades , si elles le peuvent commodément, tenant en cela place de mères qui accompagnent leurs enfants au tombeau. » — « La servante des pauvres soignera le malade avec amour, comme si elle avait à faire à son fils. Elle commencera toujours par celui qui n'est pas seul, afin de finir par ceux qui sont seuls ^ pour pouvoir être plus longtemps avec eux. Elles assisteront aux funérailles, tenant en cela, place de mères qui accompagnent leurs enfants au tombeau : » tout cela est de la plus divine délicatesse.
Vincent de Paul règle ensuite les assemblées , qui auront lieu chaque mois sous la présidence du curé, qui
fera une briève exhortation tendant à Favancement spirituel de la compagnie; puis il indique les exercices spirituels de chaque servante des pauvres, entre lesquelles « celles qui sauront lire, liront chaque jour posément et attentivement un chapitre de Ms^ Tévêque de Genève intitulé V Introduction de la, vie dévote, et feront quelque élévation d'esprit à Dieu avant la lecture , implorant sa grâce et miséricorde pour tirer fruit en son amour de ce dévot exercice ».
Ces règlements écrits, saint Vincent de Paul les fit approuver par Tarchevêque de Lyon ; puis il les promulgua en assemblée solennelle le 8 décembre , fête de rimmaculée Conception de la sainte Vierge, et en dressa procès-verbal en ces termes : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, le huitième de décembre, jour de l'Immaculée Conception de la Vierge Mère de Dieu, l'an mil six cent dix -sept, dans la chapelle de l'hôpital de la ville de Châtillon-les-Dombes , le peuple étant assemble ; nous Vincent de Paul, prêtre et curé indigne de ladite ville, avons exposé comme M. de La Faye, grand vicaire de M.S'^ l'archevêque de Lyon, notre très digne prélat, a approuve les articles et règlements dressés pour l'établissement de la confrérie de la Charité en ladite ville, au moyen de quoi nous avons aujourd'hui érigé ladite confrérie, ayant premièrement fait savoir au peuple en quoi ladite confrérie consiste et quelle est sa fin , qui est d'assister les pauvres malades de ladite ville, spirituellement et corporellement. Ayant admonesté ceux qui voudraient en être de s'approcher et de donner leurs noms , se sont présentées : Françoise Baschet; Charlotte de Brie; Gasparde Puget; Florence Gomard, femme de M. le châtelain ; Denise Benier, femme de feu Claude Bourbon; Philiberte Mulger, femme de Philibert des Hugonières ; Catherine Pâtissier, veuve de feu Claude Hurdillat ; Jehanne Perra, fille de feu Perra ; Florence Gomard,