LIVRE I. — CHAPITRE V
fille de feu Denis Gomard; Benoîte Prost, fille de Edmond Prost ; Thoyne Guy, veuve de feu Puisseau , qui se présente pour être garde des pauvres.
« Puis a été procédé à l'élection des charges ; ont été élues : prieujre , demoiselle Baschet ; trésorière , demoiselle Charlotte de Brie; assistante, dame Gasparde Puget, et procureur, Jehan, fils de feu honorable Jehan Benier, par la pluralité des voix des dessus nommées, ce qui a été fait en ladite chapelle de l'hôpital, le douzième de décembre 1617. — Siçjné: V. de Paul et ses dignitaires. »
Ainsi fut définitivement constituée la première association de charité créée par saint Vincent de Paul. C'était la première fois qu'on organisait à domicile la visite des pauvres et des malades, et qu'on y appliquait des dames du monde , libres de tout engagement et de tout vœu, continuant à vivre en famille, n'en sortant pour visiter les pauvres qu'avec la permission de leurs maris, de leurs pères ou de leurs mères, et unissant les devoirs de la famille avec les devoirs de la charité. Du premier coup, Vincent de Paul avait fait un chefd'œuvre. Il ne renonçait pas au vieil Hôtel- Dieu ^ desservi par des religieuses cloîtrées, si nécessaires aux pauvres malades abandonnés, et que lui-même reprendra et perfectionnera dans la suite. Mais il pose à côté et comme au-devant une sorte de prolongement de V Hôtel- Dieu, un Hôtel- Dieu à domicile, desservi par des dames du monde. Dieu a béni cette pieuse institution, et aujourd'hui elle remplit le monde.
Cependant M^^ de Gondi ne se résignait pas à l'éloignement de son saint directeur. Elle multipliait les démarches pour obtenir son retour. Elle demanda et obtint à cet effet les lettres les plus pressantes de son mari, de son beau -frère, Henri de Gondi, évêque de Paris, du Père de Bérulle; et elle députa à Vincent de Paul, pour les lui porter, un de ses meilleurs amis,
M. du Fresne7 qui avait introduit autrefois M. Vincent auprès de la reine Marguerite, et que lui-même avait donné pour secrétaire aux de Gondi. Cet homme de cœur et de bien" s'acquitta de sa mission avec tant de délicatesse , de prudence et de force , qu'il finit par entraîner Vincent de Paul. L'argument qui semble l'avoir déterminé est que le bien qu'il faisait à Ghâtillon était nécessairement restreint, limité ; qu'après y avoir fondé une association de charité , il ne pouvait guère fonder autre chose; qu'au contraire, s'il rentrait chez les Gondi, aidé de leur protection, de leur fortune, il pourrait non seulement autour d'eux, parmi les sept ou huit mille hommes qui dépendaient d'eux, mais à Paris et au loin, étendre et multiplier les œuvres de charité qu'il rêvait. Ce qui était éclatant de vérité. Vincent de Paul, dominé par ses idées de vie cachée, pria ardemment, alla à Lyon consulter le Père Bence, de l'Oratoire, et finit par confier à M. du Fresne deux lettres pour le général et sa femme, où il annonçait son prochain voyage à Paris et son intention de tout remettre entre les mains de M. de BéruUe.
Nous ne dirons rien de la profonde affliction des habitants de Ghâtillon , lorsqu'ils apprirent qu'ils allaient perdre leur curé. On vit se renouveler les scènes de Glichy. Au premier mot qu'il leur dit en chaire, les sanglots éclatèrent. « Nous perdons tout, nous perdons notre père. » Il distribua le soir même à ses chers pauvres, qu'il était particulièrement désolé de quitter, ses meubles, ses habits, ses petites provisions. Les riches leur rachetaient les moindres souvenirs; et l'un d'eux, Julien Garon, eut à soutenir une sorte de siège pour garder un vieux chapeau.
Le jour du départ, toute la paroisse était sur la route. Dès que le saint parut, tous tombèrent à genoux en criant : « Votre bénédiction ! » que le saint leur donna en pleurant. Près de cinquante ans après, les