‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 51 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE V

vieillards témoins de cette scène, ou leurs enfants et petits-enfants, déclaraient sous le sceau du serment, en vue d'une canonisation probable, qu'il serait impossible de marquer tout ce qui a été opéré en si peu de temps (cinq mois!) par M. Vincent, et qu'ils auraient même de la peine à le croire, s'ils ne l'avaient vu et entendu. Ils en ont une si haute estime, qu'ils n'en parlent que comme d'un saint. Ils croient que ce qu'il a fait à Ghâtillon serait suffisant pour le faire canoniser, et ils ne doutent point qu'il ne le soit un jour.

Vincent de Paul arriva à Paris le 23 décembre 1617; dès le soir il vit M. de Bérulle ; et le lendemain, veille de Noël, il rentra dans la famille de Gondi, pour ne plus la quitter que huit ans après, âgé de cinquante ans, mûr, après une si longue préparation, pour accomplir les plus grandes choses.

Le premier acte de M^^ de Gondi , au milieu de sa joie, fut de faire promettre à saint Vincent de Paul de ne plus l'abandonner, et, comme si elle eût eu le pressentiment de sa fin prochaine, de l'assister lui-même à son lit de mort. Quelques historiens ont pensé qu'à partir de sa rentrée dans la maison de Gondi , Vincent de Paul ne fut plus chargé de l'éducation des trois enfants. Mais cette assertion ne repose sur aucune espèce de preuves. M, de Gondi n'ayant tant insisté sur le retour de M. Vincent que pour que « lui et ses enfants devinssent, sous son influence, des gens de bien ». Seulement il est possible qu'on lui ait adjoint quelque ecclésiastique ou quelque pieux laïque, afin que , tout en conservant la surveillance de cette éducation, il pût se livrer en toute liberté aux œuvres de charité, vers lesquelles il se sentait de plus en plus entraîné.

Ce second séjour de saint Vincent de Paul au milieu des pauvres avait achevé, en effet, de leur gagner son cœur et de lui montrer sa voie. Ghâtillon fut pour lui

une révélation. Il y reçut une lumière qu'il n'avait pas eue à Glicliy : ce qu'on venait de faire dans une pauvre petite paroisse de Bresse , pourquoi ne pas le faire partout? pourquoi ne pas l'essayer au moins dans les trente villages qui dépendaient des Gondi? Des missions pour éclairer l'esprit des pauvres et des Charités pour panser leurs plaies, voilà ce qu'il rêvait, ce à quoi il était décidé à consacrer tout ce que Dieu lui avait donné de force et de vie. M"''' de Gondi écoutait et tressaillait; elle, qui avait été si heureuse de retrouver son saint directeur, combien plus de le revoir plus saint que jamais, embrasé d'amour pour ces pauvres populations des campagnes, qu'elle-même aimait tant! Elle s'offrit pour l'aider de son influence, de son arg'ent, même de sa personne, dans l'établissement des Charités. Appuyé ainsi, saint Vincent de Paul se mit immédiatement à l'œuvre, et en deux ou trois ans il en fonda dans trente ou quarante villages des terres de Gondi, à la suite des missions que d'ordinaire il prêchait lui-même. M^^ de Gondi donnait la première son nom, et par son exemple entraînait tout le monde. Elle ne se contentait pas de se mettre à la tête des confréries de charité, elle allait s'établir dans les villages avant l'arrivée des missionnaires, visitait les pauvres et les malades, excitait les habitants à profiter de la mission ; et c'était un spectacle qui tirait les larmes de voir cette g-rande dame, si jeune, si délicate de santé, si riche, belle-sœur ou nièce de plusieurs cardinaux, donner de si grands exemples de piété et de charité.

Elle n'était pas seule du reste , et d'affreux malheurs venaient de lui associer, dans le service des pauvres et le soin des malades , la propre sœur de son mari , Marguerite de Gondi, marquise de Meignelais, veuve à vingt ans de cet héroïque marquis de Meignelais, qu'elle aimait passionnément, et que le duc de Mayenne

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