LIVRE I. — CHAPITRE V 8S
ticles, résumé des statuts de Ghâtillon et de Viliepreux^ Deux mois après, M. et M™^ de Gondi s'étant transportés dans leur château de Montmirail , saint Vincent de Paul en profite pour fonder une troisième Charité (novembre 1618). Là encore ce fut M™® de Gondi qui fît toutes les sollicitations auprès de Tévêque de Soissons , le priant « d'établir la confrérie à Montmirail et autres Heux à elle appartenant et dépendant de ce diocèse, et de commettre audict établissement maître Vincent de Paul, prestre, bachelier en théologie, son aumônier ». On a la permission accordée par le prélat, mais on n'a pas encore retrouvé les règlements dressés par notre saint ^.
L'année suivante (1620), la famille de Gondi étant à Folleville, au diocèse d'Amiens, y fonde aussitôt, avec l'approbation de Tévêque, une Charité de dames. M"^^ de Gondi s'inscrivait comme d'habitude la première sur la liste des servantes des pauvres. C'est ici que se place , dans cette période de la fondation des Charités, une innovation hardie et heureuse. Jusque-là le saint n'avait appliqué que les femmes chrétiennes au service des pauvres ; ce fut à Folleville que l'idée lui vint, on ne sait à quelle occasion, d'y appliquer aussi des hommes. L'idée était périlleuse, surtout dans un petit village. Mais M. de Gondi, le général des galères et le seigneur de toute la région , ayant donné le premier son nom , entraîna tout par son exemple. On a le règlement de cette première Charité des hommes, approuvée, le 23 octobre 1620, par l'évêque d'Amiens, type et forme première d'une foule d'autres règlements que l'on a retrouvés depuis. Les lignes générales sont à peu près les mêmes que pour les associations de
' Bulletin de la société des sciences historiques de l'Yonne, (année 1860), Episode de la vie de saint Vincent de Paul à Joigny, par M. Quantin.
2 Archives de l'hôpital de Montmirail.
dames. C'est le même nom : serviteurs des pauvres. C'est le même patron : Notre -Seigneur Jésus -Christ, qui a tant aimé les pauvres. C'est le même but : « accomplir le grand désir qu'il a que nous nous entr'aimions les uns les autres comme il nous a aimés. » Aux hommes, le soin des pauvres valides : enfants, jeunes gens, vieillards, le soin des malades restant dévolu aux femmes, qui ont mieux que les hommes des mains assez tendres pour toucher ceux qui souffrent.
Cette association des hommes ayant même patron , même fin, mêmes exercices spirituels, il leur donne un gouvernement à peu près semblable. Les serviteurs des pauvres éliront trois d'entre eux de deux ans en deux ans, le lendemain de la Pentecôte. Le premier qui présidera les assemblées prendra le nom de commandeur. Le second sera trésorier et gardera les fonds de la petite association dans un coffre à deux clefs , dont le commandeur aura l'uûe et le trésorier l'autre , et qui ne pourra être ouvert qu'en présence du curé. Le troisième enfin, appelé visiteur, aura charge de parcourir la ville pour découvrir les pauvres honteux, veuves , orphelins , prisonniers , et en faire rapport aux assemblées, qui iront les visiter et leur porter des secours.
Saint Vincent de Paul fut si heureux de cette innovation, qui introduisait les hommes dans le service des pauvres, qu'il se hâta de l'établir à Joigny, où il y avait déjà une confrérie de dames. Ce fut M. de Gondi, comte de Joigny, qui en prit l'initiative , qui demanda et obtint les autorisations nécessaires , l'archevêque donnant plein pouvoir « à cet effet au sieur Vincent de Paul, prêtre, bachelier en théologie et aumônier du seigneur comte » ; et qui, au jour de l'institution, 30 mai 1621 , donna le premier son nom; et, après lui et à son exemple, ses officiers, les échevins, des avocats, des bourgeois, les gens les plus notables de Joi-