‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 54 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE V

gny adhérèrent aux statuts, à la suite desquels saint Vincent inscrivit quelques mots , autographes précieux conservés dans la ville de Joigny^

Quoique cette application des hommes au service des pauvres fût une chose heureuse et hardie, jusqu'ici cependant il n'y avait rien de bien nouveau. C'étaient les règlements de l'association des dames transposés et appliqués aux hommes. Mais, entré dans cette voie, le génie organisateur de saint Vincent de Paul fait un pas en avant. Il n'avait demandé aux dames, en les appliquant au service des pauvres , que de soigner leurs malades et d'adoucir leurs douleurs. En y appliquant les hommes , il veut atteindre un plus grand résultat. Soigner les pauvres, c'est bien; ne pourrait-on pas supprimer les mendiants ? La pauvreté résultant de l'enfance qui ne peut pas travailler, de la vieillesse qui ne le peut plus, de la maladie qui ôte les forces, d'une foule d'accidents qui paralysent les membres, oh ! à la bonne heure ! on n'aura jamais assez de soin pour ceux-là. Mais n'y a-t-il pas des pauvres qui pourraient travailler et qui ne travaillent pas, des paresseux qui aiment mieux mendier, des fainéants qui sont une honte et un péril pour la société? Ceux-là, pourquoi les nourrir? Ce qu'on leur donne n'est-il pas un encouragement à leurs vices , un vol fait aux vrais pauvres ? Dans une société bien organisée , il y aura toujours des pauvres, il n'y aura jamais de mendiants. Les pauvres seront toujours secourus; les mendiants ne seront jamais tolérés.

Voilà ce qu'entrevoyait le génie de saint Vincent de Paul deux siècles avant nos philanthropes modernes, et il faisait ici des calculs ingénieux. Il divisait les pauvres en trois catégories : 1° ceux qui ne pouvaient pas gagner leur vie (enfants, vieillards, estropiés, infirmes);

* QuANTiN, Épisode, p. 38.

à ceux-là, l'association doit donner tout ce dont ils ont besoin pour vivrcr 2° Ceux qui, en travaillant, ne peuvent gagner que la moitié de ce qui leur est nécessaire; il faut leur donner l'autre moitié. 3° Enfin ceux qui ne peuvent gagner que le quart, l'association doit donner les trois autres quarts. En dehors de ces trois catégories, il n'y a que les hommes valides qui peuvent gagner leur vie en travaillant; s'ils ne le font pas, s'ils s'obstinent à mendier, il faut les repousser et leur refuser tout secours. Pour cela le bon prêtre ne faisait nulle difficulté de faire appel aux maires et aux corps de ville.

Ecoutons-le : « La compagnie de la Charité sera instituée pour assister corporellement et spirituellement les pauvres de la ville et des villages dépendant d'icelle : spirituellement, en leur faisant enseigner la doctrine et la piété chrétiennes; et corporellement, en foisant gagner leur vie à ceux qui pourront travailler, et donnant moyen de vivre aux autres. Accomplissant en cela le commandement que Dieu nous fait, au quinzième chapitre du Deutéronome\ de faire en sorte que nous n'ayons point de pauvres qui mendient entre nous. » Le recensement des pauvres fait, et chacun d'eux recevant des secours en proportion de leurs misères, « défense est faite aux pauvres de mendier sous peine de retrait d'aumônes, et aux habitants de leur rien donner. »

Quant aux passants , il avait créé en leur faveur ce qu'on appelle aujourd'hui l'hospitalité de nuit. On les recevait, on leur donnait à souper, on les couchait, et le lendemain matin on leur remettait deux sous , avec ordre de continuer leur route et de quitter le pays.

Pour entreprendre cet immense travail du soulage-

' Et omnino indic/ens et mendiciis non erit inter vos. (Deut.

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