‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 55 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE V

ment de tous les pauvres dans la proportion de leurs misères et de l'extinction de la mendicité , il fallait des ressources. Saint Vincent de Paul s'en était peu occupé en fondant les associations de dames. Celles-ci trouvent si facilement de l'argent ! Mais il n'en est pas de même des hommes. Et d'ailleurs l'œuvre était ici plus considérable. Voici donc ce qu'il imagina : quand l'association était établie dans un bourg, dans un village, en pleine campagne, composée de laboureurs, il voulut que cette association eût un troupeau de moutons, de brebis, de vaches et de veaux, que l'on mènerait paître avec ceux du pays. Chaque membre de l'association recevrait une ou deux têtes de bétail dans son étable , les nourrirait par charité , et les fruits de ces troupeaux serviraient à entretenir les pauvres. « L'on aura, est-il dit dans un de ces règlements, des brebis, lesquelles l'on distribuera aux associés qui feront la charité de les nourrir au profit de ladite association, qui plus , qui moins , selon leur pouvoir, et les fruits provenant de ces brebis seront A^endus tous les ans, aux environs de la fête de saint Jean, par le visiteur; et l'argent qui en proviendra sera mis entre les mains du trésorier, en la présence du commandeur et du recteur, et seront marquées les brebis de la marque d'association et renouvelées de cinq ans en cinq ans. » On reconnaît bien là le berger des environs de Dax.

Lorsque de la campagne ces associations passèrent dans les villes, cette ressource manqua; mais saint Vincent de Paul en imagina immédiatement une autre. C'étaient des manufactures et des petits métiers si bien organisés, que tous pussent y gagner leur vie, même les enfants, même les convalescents, et à plus forte raison les jeunes garçons et les hommes valides. Ecoutons-le; écoutons ce ferme bon sens uni à une si tendre charité :

« Tous les pauvres sont, ou petits enfants de quatre

à huit ans , ou petits garçons de huit à quinze ou vingt ans; ou d'âge parfait, mais impotents ou vieux, qui ne peuvent gagner qu'une partie de leur vie ; ou décrépits, qui ne peuvent rien faire. L'on donnera aux petits enfants, aux impotents et aux décrépits, ce qu'il leur faudra pour vivre par semaine ; à ceux qui gagneront une partie de leur vie, la compagnie leur donnera l'autre; et pour les jeunes garçons, l'on les mettra à quelque petit métier, comme de tisserand, qui ne coûte que trois ou quatre écus pour chaque apprenti; ou bien l'on dressera une manufacture de quelque ouvrage facile, comme de bas d'étaim. L'on y assemblera tous les jeunes garçons en une maison de louage, propre, où l'on les fera vivre et travailler sous la direction d'un ecclésiastique et la conduite d'un maître ouvrier, selon le présent règlement. »

Sous la haute direction des officiers de l'association, il y aura, en effet, deux hommes préposés à la manufacture : un ecclésiastique et un maître - ouvrier. « L'office de l'ecclésiastique sera d'enseigner aux apprentis et à tous les autres pauvres la doctrine et piété chrétiennes , savoir les jours de fête après vêpres à l'église , et les mardi et vendredi à la manufacture, à une heure après midi; à quoi il vaquera une heure au moins ; de conduire lesdits apprentis avec ordre , deux à deux, à la messe et à vêpres, les fêtes et les dimanches , et les samedis et les veilles de grandes fêtes à vêpres seulement, et les ramener de même; faire confesser et communier tant lesdits apprentis que les autres pauvres de l'aumône, tous les premiers dimanches des mois et fêtes solennelles; et d'assister au dîner et au souper desdits apprentis, sans qu'il lui soit loisible d'aller aux champs, ni de recevoir aucun pauvre à ladite manufacture, que du consentement des officiers de la Charité.

« Le devoir du maître -ouvrier sera d'enseigner son

Page 1