‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 57 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE V

Ion, et autres villes circonvoisines. Une ombre profonde enveloppait ces différentes fondations , lorsqu'en 1846 on découvrit, dans les archives de la préfecture de Mâcon , un extrait du livre secrétarial pour l'année 1623, contenant le procès-verbal d'une assemblée tenue dans cette ville à l'occasion du passage et du séjour de saint Vincent de Paul. Ce procès -verbal est trop curieux pour que nous ne le rapportions pas ici.

Toutes les classes de la société sont présentes à cette assemblée : le lieutenant général, juge royal de la ville; le lieutenant criminel, le procureur du roi, les échevins, les curés et doyens, les présidents du tribunal, les avocats du roi et plusieurs autres honorables bourgeois et marchands. Le premier qui prend la parole est l'échevin ou maire de la ville. « Il expose que l'objet de la réunion est de pourvoir aux pauvres, ainsi que Dieu le recommande; œuvre charitable qui peut se faire par des moyens nouveaux et qui évitera les importunités des pauvres aux églises et portes des maisons, où ils reçoivent librement des aumônes, ce qui est cause que , même valides , ils ne veulent rien faire ; qu'il y a quelques années on y a voulu mettre ordre par un hôpital renfermé, mais que les pauvres n'ont pas voulu y venir; qu'il y a en ce moment un religieux, prestre de M. le général des galères, qui, rempli de piété et de dévotion , a communiqué des formes nouvelles par le moyen desquelles on a pourvu au soulagement et nourriture desdits pauvres tant à Trévoux que dans les autres villes circonvoisines; et que pour le bien de la ville il faut profiter de l'occasion.

« Le lieutenant général prend alors la parole et dit que cette proposition doit être embrassée pour être pieuse , dévote et recommandable ; et que si l'on peut établir cette Charité, comme elle paraît facile, elle évitera l'importunité des pauvres , s'assurant que si chacun donne volontairement quelque chose, ce sera beau-

coup moins que ceux qui le donnent volontairement à leurs portes et aux églises; qu'il faut les instruire, les faire craindre d'une crainte d'amour, les catéchiser et faire communier, et que pour cela il n'est besoin d'aucun bâtiment , où d'ailleurs on ne peut les tenir enfermés, mais simplement de faire choix de quelques personnes capables, qui auront soin de recueillir les aumônes volontaires et les leur distribueront selon ce qui sera réglé pour le mieux.

« Le doyen de Saint- Vincent se lève alors et dit que c'est une extrême consolation de voir se réaliser ce qu'avait désiré d'établir la piété et dévotion de feu M. de Mâcon (Ms'^ Gaspard Dinet); considérez que les

pauvres sont tant recommandables dans l'Evangile; qu'encore qu'il semble y avoir de la difBculté , il faut croire que Dieu rendra toute chose facile, puisque non seulement il s'agit de la nourriture corporelle des pauvres, mais aussi de la spirituelle, à quoi ils contribueront très volontiers même du revenu de leur église.

« M. Ghandon, ci-devant lieutenant criminel, ajoute qu'il n'y a personne qui non seulement accepte , mais embrasse de cœur et affection ce qui a été proposé ; et puisqu'il s'agit de la charité et service de Dieu, rien ne sera impossible.

(c Le procureur du roi dit , de son côté , que l'affaire étant si pieuse et dévote, il regrette que cette assemblée ne soit pas si simple qu'il désirerait. Il ne se trouvera personne qui n'y prête consentement et ne contribue à l'aumône volontaire , vu l'instruction que les pauvres recevront tant à prier et servir Dieu qu'aux œuvres de métier où ils seront employés.

« Tous parlent successivement de la même manière ; après quoi, pour l'acheminement d'une si sainte et louable charité , d'un commun accord , il a été résolu que chacun des ordres de la société nommera des délégués, et que ainsi sera formée une commission pour

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