‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 58 sur 394 · LIVRE I. ~ CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I. ~ CHAPITRE V

chercher les voies et moyens de mettre à exécution ce qui a été décidé^. Ce qui fut fait dès le lendemain^. »

Voilà bien la vieille France dans son unité, dans son élan généreux : lieutenant général, lieutenant criminel, curés et doyens des paroisses, échevins de la v:lle, président du tribunal, avocats du roi, bourgeois et marchands de la cité, tout s'unit pour s'occuper des intérêts non seulement temporels, mais spirituels des pauvres, et croyant avec raison qu'en proportion que les pauvres seront plus honnêtes et plus chrétiens, la ville sera plus tranquille.

Saint Vincent de Paul ne paraît pas avoir assisté à cette assemblée, mais il l'avait provoquée et inspirée. Dans chacun de ces discours, on retrouve l'écho des paroles qu'il avait dites partout. Dès le lendemain , muni de pleins pouvoirs, il se met immédiatement à l'œuvre.

Selon son habitude, pour établir un peu d'ordre dans cette foule confuse de pauvres vrais ou faux, les uns ayant vraiment besoin de la charité , les autres ne cherchant qu'à l'exploiter, il commença : 1° à séparer les pauvres malades des pauvres valides; 2° à confier les malades à de pieuses dames chargées de les visiter, de les soigner; 3° à donner du travail aux pauvres valides ; 4° à procurer des métiers aux enfants ; 5° à dis-

^ Ce document précieux, jusqu'ici inédit, a été publié par M. Henri Batault, dans sa très belle Histoire de l'association des dames de la Miséricorde de Chalon-sur-Saône , p. 9. Il cherche d'abord les origines de l'œuvre des dames de la Miséricorde, qu'il croit pouvoir attribuer à saint Vincent de Paul, puis il suit l'histoire de cette association jusqu'à nos jours, notant les présidentes , les conseillères , les bienfaitrices des pauvres depuis trois siècles. Toutes les familles de Châlon y trouvent leur honneur et la récompense du bien qu'elles ont fait. Il serait à désirer que chaque ville de France eût de pareilles annales, faites avec autant d'intelligence que d'érudition. C'est vraiment le livre d'or de la charité à Chalon-sur-Saône.

2 Id., ibid., p. 12.

tribuer des aumônes à ceux qui ne pouvaient pas travailler. Ceux-là devaient s'assembler tous les dimanches à Saint -Nizier, pour y entendre la messe et Finstruction, après quoi on leur distribuait du pain et de Tardent en proportion de leur misère et du nombre de leurs enfants. Défense leur était faite de mendier sous peine de suppression de leur aumône; recommandation instante était faite en même temps aux fidèles de ne rien donner aux pauvres qui mendiaient dans les rues. On disciplinait la charité, pour supprimer la mendicité. Quant aux passants, ils devaient être logés pour une nuit et renvoyés le lendemain avec une petite aumône. Toutes les précautions étaient prises afin de ne pas fomenter la paresse des pauvres valides. On ne leur donnait jamais de quoi vivre sans rien faire, mais, après examen sérieux de leur travail, le supplément seulement de ce qu'ils ne pouvaient pas gagner. Un bon sens divin préside à tous ces règlements, que nous avons déjà vus en exercice, et dont nous trouvons ici une nouvelle application.

Afin d'avoir des ressources et pour les administrer, Vincent de Paul forma deux associations de charité , l'une d'hommes, l'autre de femmes. L'évêque, le doyen du chapitre, le curé de Saint-Pierre, le lieutenant général , se firent un honneur d'entrer dans la première ; toutes les dames les plus distinguées et les plus riches, dans la seconde. En moins de trois semaines, l'œuvre fonctionnait à merveille , et plus de trois cents pauvres se trouvaient logés , nourris, entretenus. Les fonds de la Charité se composaient d'une cotisation annuelle du clergé et des riches, soit en argent, soit en nature; de certaines amendes qui étaient adjugées à cette œuvre, des droits d'entrée de tous les officiers de la ville , et des quêtes faites chaque dimanche par les demoiselles de Mâcon. Car saint Vincent de Paul avait obtenu que la paroisse et la commune missent leurs ressources en

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