‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 61 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE VI lui · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE VI lui

la situation. » En été, le soleil, qui darde ses rayons sur les épaules nues, les moustiques qui les dévorent, les mauvaises odeurs qui s'exhalent de toutes parts, varient les douleurs sans les diminuer. Telle est la mauvaise organisation de ces galères , que les officiers euxmêmes ont à peine un abri, et dans une foule de cas ne savent où se réfugier.

La France possédait alors, sous les ordres de M. de Gondi, une vingtaine de galères, manœuvrées par six mille galériens et montées par deux mille cinq cents soldats.

Ces galères, abritées dans les ports de Toulon, de Marseille, d'Aigues-Mortes, deNarbonne, en sortaient pour faire la police de la Méditerranée, donner la chasse aux corsaires turcs , et protéger les villes et les villages des bords- de la mer. Mais les fortifications dont s'enveloppent , au xvi^ et au xvn® siècle , les moindres petits bourgs du littoral montrent assez qu'elles y suffisaient à peine. Chaque année M. de Gondi partait en personne de Toulon ou de Marseille, accompagné de huit, dix, douze galères bien armées , et s'en allait fouillant la profondeur de la Méditerranée , visitant tous les ports , toutes les anses même les plus cachées , prenant et coulant à fond tous les bâtiments des corsaires. On n'avait jusqu'ici que peu de détails sur ces expéditions de M. de Gondi ; mais dilférentes pièces inédites, trouvées récemment, montrent ce qu'il déploya, en ces années 1620, 1621 , 1622, d'activité et de courage. Pour ne citer que Tannée 1620, nous voyons M. de Gondi sortir de Marseille avec sept galères bien armées. Il découvre bientôt, près d'Oran, deux vaisseaux de corsaire, « qu'il fait canonner si furieusement, dit le Mercure français, qu'ils sont obligés de se rendre. On y trouva quarante chrétiens enchaînés aux bancs des deux vaisseaux, et cent cinquante Turcs armés, qu'on emmena captifs*. »

* Mercure français (année 1620), t. VI, p. 470.

Quelques jours après, les galères de M. de Gondi découvrent un grand vaisseau sur lequel était le fameux corsaire d'Alger, Soliman Raïs, avec quarante canons et deux cents soldats. Il le poursuit si vivement pendant deux jours, que celui-ci, ne pouvant plus échapper et craignant de tomber vif entre les mains des chrétiens, se sauve dans un canot, après avoir mis le feu aux munitions , et fait sauter le bâtiment. Sur la fin de septembre de cette même année 1620, M. de Gondi rentrait à Marseille avec ses sept galères intactes, ramenant quatre vaisseaux algériens captifs, en ayant brûlé un cinquième, et coulé à fond un sixième ^

Telle fut la campagne de 1620; celle de 1621 ne fut pas moins brillante , mais elle fut surpassée encore par celle de 1622. M. de Gondi reçut Tordre du roi de passer le détroit de Gibraltar, et de venir avec toute son escadre soutenir la flotte française qui allait attaquer la Rochelle. Les Rochelois avaient mis en mer cinquantesix grands vaisseaux , avec lesquels ils étaient maîtres de l'Océan et y faisaient tous les jours des prises considérables. On n'attend pas de nous le récit de cette campagne. Disons seulement que M. de Gondi y fit des prodiges de bravoure et d'habileté ; qu'avec ces légers bâtiments il harcela si bien les lourds vaisseaux de l'ennemi et les cribla de tant de boulets, qu'au témoignage de l'amiral de Guise il contribua au succès de cette guerre plus que personne, et y conquit la réputation d'un de nos plus intrépides marins^.

Dans des circonstances pareilles , pendant ces longues absences de M. de Gondi, au milieu des périls qu'il courait, de quoi pouvait-on parler dans la maison de

1 Chantelauze, Saint Vincent de Paul et les Gondi, p. 139.

2 Mercure français (année 1620), t. VI, p. 470. Lettre inédite de Guillaume de Moutolieu, adressée à son fils le 4 novembre 1622.

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