‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 63 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE VI i · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE VI i

piété et intégrité de vie , pour tenir et exercer ladite charge aux gages de six cents livres par an, et aux mêmes honneurs et droits dont jouissent les autres officiers de la marine du Levant; voulant Sa Majesté que ledit de Paul, en ladite qualité d'aumônier réal, ait dorénavant égard et supériorité sur tous les autres aumôniers desdites galères , et qu'en cette qualité il soit couché et employé sur l'état de ses galères, en vertu du présent brevet qu'Elle a voulu signer de sa main et être contresigné par moi , conseiller en son conseil d'Etat et secrétaire de ses commandements. Signé : Louis. » Et plus bas : « Philippeaux. » Le 12 février suivant, l'aumônier en chef prêtait serment, en cette qualité , entre les mains « de Me'' le comte de Joigny , lieutenant général pour Sa Majesté es mers du Levant ».

Muni de ce brevet, qui lui donnait entrée et autorité dans tous les bagnes, Vincent de Paul résolut de les visiter tous. Il commença par celui de Marseille, le plus considérable et le plus hideux de tous, où se rencontraient tous les vétérans du vice, tous les criminels endurcis. Il y accomplit des merveilles d'humilité , de douceur, de dévouement, et ce fut là, dit-on, qu'eut lieu un des actes les plus extraordinaires non seulement de la vie de Vincent de Paul, mais de la vie de tous les saints. Touché du désespoir d'un jeune forçat, enlevé brusquement à sa femme et à ses enfants, il prit ses chaînes et se substitua volontairement à sa place. Si extraordinaire que soit un tel fait, il est certain et ne saurait être révoqué en doute. Tous les historiens l'affirment, et l'Eglise le constate dans une enquête solennelle ; mais l'humilité du saint a pris tant de précautions pour le cacher à tous les yeux, qu'il en est résulté quelque ombre sur les circonstances et l'époque précise où il eut lieu.

Ecoutons d'abord les témoins entendus par l'Eglise au procès de canonisation.

Nous trouvons le résumé de ces dépositions dans une pièce spéciale , placée sous les yeux du pape par le souspromoteur de la foi, Jean Zuccherini. Les témoins, tous personnages vénérables, ne parlent sans doute que par ouï-dire, car cent ans après l'événement il n'était pas possible de produire des témoins oculaires ; mais leurs dépositions, fermes et précises, viennent évidemment de sources sûres, et mettent, ce semble, le fait hors de de doute ^

1 Le premier témoig-nage est celui d'un }3rêtre de la Mission, supérieur du séminaire de Tulle, nommé Gusset, lequel, après avoir rappelé le trait héroïque de saint Paulin de Noie, s'exprime en ces termes : « On m'a affirmé qu'une pauvre femme, dont le fils avait été condamné et conduit aux galères pour un crime qui lui était faussement imputé, se lamenta devant le saint de son malheur, et Vincent, ne sachant comment la consoler et lui rendre son fils, dans un extraordinaire mouvement de charité et de compassion, alla prendre la place du jeune homme et la chaîne qui lui liait les pieds, et que de là Aant le mal dont il souffrit depuis , et qui l'a enlevé trop tôt à ses enfants. «

Un autre prêtre de la Mission, René Thiercelin, âgé de soixante -seize ans, dit « qu'un sieur Bernière, trésorier de France, demeurant à Caen, personnage qui jouissait d'vme grande réputation de sainteté, l'exhortant à entrer dans cette congrégation, entre autres éloges qu'il fit de Vincent de Paul, lui raconta qu'un jour il s'était mis à la place d'un homme condamné aux galères, pour lui procurer sa liberté ».

Le frère Simplicien, de son nom Nicolas Caperon, religieux de la Merci, âgé de quatre-vingt-quati'e ans, a déposé qu'ayant habité avec le saint dans la maison de Saint-Lazare, « il avait entendu dire que l'infirmité dont Vincent souffrait aux jambes .avait pour cause l'excessive charité qui lui a^^ait fait prendre la place d'un galérien. »

Philipe- Ignace Boucher, prêtre du diocèse d'Arras, âgé de soixante-quatorze ans, ajoute dans sa déposition la circonstance que voici , et qu'il tient d'un prêtre de la Mission : « Passant un jour sur le bord de la mer, le serviteur de Dieu trouve une pauvre femme tout en larmes; l'ayant interrogée, il apprend que son fils avait été condamné aux galères. Alors il alla prendre sa place. »

Le document auquel nous novis référons (Memoriale cum restrictu probationiim) cite encore le témoignage bien connu d'Abellv.

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