‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 64 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE VI

Toutefois la preuve la plus haute , absolument irrécusable, c'est le témoignage même de saint Vincent de Paul. Un de ses prêtres lui ayant demandé si vraiment il avait pris autrefois la place d'un forçat et si de là venait Tenflure de ses jambes, supposez que cela n'eût pas été vrai, qu'aurait fait cet homme si profondément humble? Il aurait crié comme Jean-Baptiste : Et confessus esty et non negavit, quia, non sum ec/o Christus. Au lieu de dire avec énergie : Non , cela n'est pas vrai , je n'ai jamais pris les chaînes d'un galérien, il se contenta de sourire, et il changea de conversation. Aussi le pape Clément XII, dans sa bulle de canonisation, nhésita pas à attester la vérité du fait : « On raconte que Vincent de Paul, à l'exemple de saint Raymond Nonné , se dévoua à la chaîne ; qu'ayant vu l'un de ses compagnons d'esclavage misérablement accablé sous le poids pesant de ses fers, et n'ayant rien à donner pour soulager les angoisses de ce malheureux, il se livra lui-même aux liens de la servitude, pour le racheter de la captivité aux dépens de son propre corps. »

Mais, si le fait est incontestable, il n'en est pas de même de l'époque précise où il eut lieu. Abelly, qui le raconte quatre ans seulement après la mort du saint, n'en parle pas lors du voyage de Marseille ; il le renvoie sans date au chapitre des vertus*. Collet, le plus exact des historiens de Vincent de Paul, le met à Marseille en 1622. Seulement il suppose que le saint, afin de mieux observer , était venu à Marseille incognito , ce qui n'est pas sans difficulté ^. D'autres, se basant sur ce qu'il est dit que Vincent de Paul souffrit pendant quarante -cinq ans de l'enflure de ses jambes, causée, disait-on, par la chaîne du bagne , renverraient ce fait jusqu'en 1615. Vin-

1 Abelly, liv, IIl , ch. xi.

2 Collet, liv. II, p. 101.

cent de Paul était déjà depuis deux ans dans la famille de Gondi; et il ne serait pas impossible qu'il eût fait un voyage à Marseille en cette année 1615 , peut-être avec le général des galères, et que cet acte extraordinaire de charité n'eût eu lieu qu'après que le général se fût embarqué et eût pris la mer. Mais il n'y a aucune trace de ce voyage dans riiistoiro. Enfin la bulle de canonisation , en insinuant qu'il aurait délivré « un des compagnons de sa propre captivité » , semblerait ramener ce dévouement à l'époque où il était esclave en Barbarie. Mais il y fut toujours captif, jamais libre, jamais en état par conséquent d'aliéner sa liberté en faveur d'autrui. Il faut donc en revenir à cette date de 1622, indiquée par Collet; nulle objection sérieuse n'y peut être faite, et tout concorde à la rendre infiniment probable et, pour ainsi dire, certaine. En effet, en 1622, le roi Louis XIII partit de Paris, le 20 mars, pour achever sa brillante campagne de 1621 contre les protestants. Il descendit à la mer, du côté de Nantes, pour voir en quel état était la flotte royale , composée de tous les vaisseaux qu'on avait fait venir de Normandie et de Bretagne, et avec laquelle il voulait opérer contre les protestants de la Rochelle. Trouvant cette flotte trop peu nombreuse et mal équipée , il eut la pensée hardie d'amener à son secours , par le détroit de Gibraltar, les galères de la Méditerranée. On ne l'avait jamais fait jusque-là, et c'était une question de savoir si ces bâtiments légers tiendraient l'Océan et pourraient se mesurer avec de grands vaisseaux. Sur l'ordre du roi, M. de Gondi partit immédiatement pour Marbeille, afin de veiller aux derniers armements des galères et d'en prendre le commandement. Il emmena avec lui son fils 'aîné Pierre, auquel il se proposait de. remettre un jour son titre de général des galères, et à qui il voulait faire faire sous ses yeux ses premières armes, dans une campagne périlleuse. Saint Vincent de Paul les accompagna, trouvant, l'occasion bonne de

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