‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 67 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE VI H · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE VI H

épouse, l'une qui va mourir saintement, l'autre qui, après la mort de sa femme, va quitter une fortune immense et des titres superbes pour se faire simple relig"ieux oratorien, caché dans une humble cellule. Accusons leur siècle, et répétons les paroles profondément sensées et justes de leur fils le cardinal de Retz^

Quand les Gondi se furent remis des malheurs que nous venons de raconter, Vincent de Paul reprit un dessein auquel il avait beaucoup pensé depuis un an : c'était de faire donner une grande mission sur toutes les galères qui étaient sous la dépendance de M. de Gondi. Ces galères, qui étaient d'habitude dans la Méditerranée ( car c'était un axiome du gouvernement de la marine, que l'Océan était aux vaisseaux et la Méditerranée aux galères^), avaient cependant, comme nous l'avons dit, par suite de circonstances exceptionnelles, passé dans l'Océan et contribué pour une part considérable à anéantir la flotte des protestants. Maintenant que la paix était faite , la victoire assurée , ces galères devant hiverner dans les ports de l'Océan ^, le moment semblait venu de faire donner à tous ces malheureux, enchaînés aux bancs des galères , une retraite qui les réhabilitât du côté du ciel , comme ils venaient de l'être par leur courage du côté de la terre. Vincent de Paul s'adressa au cardinal de Sourdis , archevêque de Bordeaux , homme de piété et de zèle, formant sa vie sur celle de saint Charles Borromée , calomnié par les protestants , mais d'autant plus grand. Il en obtint vingt religieux, les distribua deux par deux sur chaque galère ; et , gar-

^ Voyez p. 55.

2 Littré , au mot galère.

3 Les galères de M, de Gondi allèrent hiverner à Tonnay- Charente. {Mercure français.) Tonnay- Charente, arrondissement de Rochefort-sur-Mer, département de la Charente-Inférieure; 3,208 habitants.

dant la direction de la mission , allant de Fun à l'autre , électrisant ces malheureux par sa parole , si simple , si humble, si tendre, il obtint des succès extraordinaires. Un Turc , qui avait résisté à tous , céda à sa parole et devint jusqu'à la fin de sa vie son compagnon le plus fidèle, d'un dévouement à toute épreuve.

Cette mission dura à peu près un mois et fit beaucoup de bruit. Elle attira à Bordeaux quelques-uns de ses amis d'enfance, qui le conjurèrent de ne pas rentrer à Paris sans faire une petite visite à sa famille. Il en était si près, à quelques lieues à peine. Il y avait vingtdeux ans qu'il n'avait pas vu sa mère. Il ne connaissait pas ses neveux. Quand retrouverait- il une pareille occasion de les voir? Vincent de Paul se laissa toucher et partit pour Pouy. C'est là qu'il avait été baptisé , qu'il avait fait sa première communion, et que sous les grands chênes, au bord de l'étang, s'était écoulée sa pieuse enfance. Le vieux prêtre qui l'avait béni à son entrée dans le monde reposait près de la croix du cimetière , mais il était remplacé par un parent et un ami de saint Vincent de Paul , un saint prêtre , Dominique Dussin, curé de Pouy. C'est chez lui que notre saint prit son logement. Son premier acte, avant de dire sa première messe dans l'église où il avait été fait chrétien , fut de renouveler tout haut les promesses de son baptême et de s'humilier publiquement de les avoir si mal tenues. Le bon curé, pour lui faire honneur, invitait chaque jour à dîner quelques-uns de ses parents ou des curés voisins. On remarquait qu'il ne buvait jamais de vin qu'après l'avoir abondamment trempé d'eau; et le soir, comme je l'ai vu faire au curé d'Ars, il tirait de sa paillasse le plus de paille qu'il pouvait, de manière à coucher à peu près par terre. Quand Vincent de Paul était enfant, la chapelle de Notre-Dame de Buglose n'était qu'une ruine; la statue avait été jetée dans l'étang; mais il y avait déjà trois ans que Domi-

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