‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 70 sur 394 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Fondation de Toeuvre des Missions. — Mort de la comtesse de Gondi. — Son mari, Philippe-Emmanuel, entre à TOratoire. — Saint Vincent de Paul se retire au collège des Bons -Enfants. — Après cinquante ans de préparation, il est prêt à entreprendre ses grandes œuvres.

C'est deux ans après ce voyage, après la retraite prêchée dans les bagnes , après les essais de l'évangélisation des pauvresàChâtillon-les-Dombes,àFollevine, àMontmirail, à Trévoux, à Mâcon, que fut fondée la Congrégation des prêtres de la Mission pour les campagnes. Cette compagnie de prêtres, répandus maintenant dans le monde entier , voués exclusivement à Févangélisation des campagnes, a été fondée, on peut le dire, par une femme , et saint Vincent de Paul ne me contredirait pas. Il a fallu des adresses, des habiletés infinies pour obtenir qu'il se mît à sa tête. C'est l'angélique M'^^ de Gondi qui a été la première fondatrice de la congrégation de la Mission.

Elle avait un cœur de prêtre et d'apôtre. L'idée qu'il y avait sur ses vastes domaines sept ou huit mille hommes ignorants , courbés vers la terre , oublieux de leur salut, la troublait le jour et la nuit. Comment faire pour les convertir, pour relever leurs natures du

côté du ciel ? Elle rêvait des missions qui, dans chacun de ses villages, se renouvelleraient de cinq ans en cinq ans. Elle faisait sa bourse pour cela, et elle y avait déjà amassé seize mille livres, c'est-à-dire près de cinquante mille francs. Mais où trouver des prêtres qui voulussent accepter cet humble ministère ? Elle s'était adressée d'abord aux Jésuites, elle avait été refusée. Elle avait pensé ensuite aux Oratoriens; mais ils naissaient à peine , et leur attention se tournait du côté des collèges. Elle avait sondé plusieurs autres communautés : partout même insuccès. Tout à coup, au milieu de tant d'essais infructueux, une idée lui vint. Qu'allait-elle chercher si loin ? Est-ce qu'elle n'avait pas sous la main tout ce qu'elle pouvait désirer ? Vincent n'avait -il pas travaillé avec les plus heureux résultats dans les missions de Folleville, de Villepreux, de Montmirail? N'y avait- il pas intéressé de saints prêtres, même des docteurs de Sorbonne, désireux de sortir de la vie inutile de tant de prêtres , et de travailler enfin au salut des âmes ? Tout cela avait été transitoire, passager; n'y aurait- il aucun moyen de le rendre permanent ? Il est vrai qu'il y fallait des prêtres d'un dévouement singulier, qui renonçassent à prêcher dans les villes ; car, quand on a eu autour de sa chaire ces beaux et intelligents auditoires des villes, il est difficile de s'habituer aux lourds et opaques auditoires des campagnes ; des prêtres aussi qui abdiquassent toute ambition humaine. Car autrement comment se dévouer au ministère des pauvres ? Les pauvres ne peuvent rien pour personne ; et trop souvent , quand on s'occupe d'eux , on est réputé par là même incapable de s'occuper d'autre chose. Et ne nous imaginons pas que des hommes médiocres suffisent à ce ministère des campagnes. Il en faut de plus distingués quelquefois que pour parler aux riches , à la fois distingués , et humbles , et pauvres , et détachés de tout I

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