LIVRE I. — CHAPITRE Vil
faire honorer, tant en leurs terres que autres lieux , ils ont considéré qu'ayant plu à sa divine bonté pourvoir par sa miséricorde infinie aux nécessités spirituelles de ceux qui habitent dans les villes , par quantité de docteurs et religieux qui les prêchent, catéchisent^, excitent et conservent en l'esprit de dévotion, il ne reste que le pauvre peuple de la campagne, qui seul demeure comme abandonné ; à quoi il leur a semblé qu'on pourrait remédier par la pieuse association de quelques prêtres de doctrine, piété et capacités connues, qui voulussent bien renoncer tant aux conditions desdites villes qu'à tous bénéfices , charges et dignités de l'Eglise , pour, sous le bon plaisir des prélats , s'appliquer entièrement et purement au salut du pauvre peuple, allant de village en village, aux dépens de la bourse commune, prêcher, instruire, exhorter et catéchiser ces pauvres gens, les porter à faire tous une bonne confession générale de toute leur vie passée, sans en prendre aucune rétribution , en quelque sorte ou manière que ce soit, afin de distribuer gratuitement les dons qu'ils auront gratuitement reçus de la main libérale de Dieu. »
Viennent ensuite les voies et moyens de réaliser cette grande pensée de l'évangélisation des pauvres dans la campagne. « Pour y parvenir, lesdits seigneur et dame , en reconnaissance des biens et grâces qu'ils ont reçus et reçoivent journellement de la majesté divine; pour contribuer à l'ardent désir qu'elle a du salut des pauvres âmes , honorer le mystère de l'incarnation, la vie et la mort de Jésus-Christ ; pour l'amour de sa très sainte Mère, et encore pour essayer d'obtenir la grâce de si bien vivre le reste de leurs jours, qu'ils puissent espérer avec leur famille parvenir à la gloire éternelle ; ont délibéré se constituer patrons et fondateurs de cette bonne œuvre, et à cette fin ont lesdits seigneur et dame donné et aumône la somme de
quarante-cinq mille livres, laquelle a été présentement délivrée comptant es mains de M. Vincent de Paul, prêtre du diocèse d'Acqs, licencié en droit canon. »
Le contrat règle ensuite, de la manière la plus admirable et où se révèle T esprit pratique de saint Vincent de Paul, les clauses et conditions de la fondation.
« 1° Que lesdits seigneur et dame remettent au pouvoir dudit sieur de Paul d'élire et choisir entre ci et un an six personnes ecclésiastiques ou tel nombre que le revenu de la présente fondation se pourra porter, dont la doctrine, piété et bonnes mœurs, et intégrité de vie , lui soient connues , pour travailler auxdites œuvres sous sa direction , sa vie durant ; ce que lesdits seigneur et dame entendent et veulent expressément, tant pour la confiance qu'ils ont en sa conduite que pour l'expérience qu'il s'est acquise au fait desdites missions ; et Dieu lui a donné grande bénédiction jusqu'ici. » Mais en constituant Vincent de Paul chef et supérieur des prêtres de la Mission, M. et M™** de Gondi entendent bien qu'il ne les quittera pas. « Nonobstant laquelle direction toutefois lesdits seigneur et dame entendent que ledit sieur de Paul fasse sa résidence continuelle et actuelle en leur maison, pour continuer à eux et à leur dite famille l'assistance spirituelle qu'il leur a rendue depuis longues années en çà.
« 2° Que ladite somme de quarante -cinq mille livres (100,000 fr.) sera par ledit sieur de Paul, de l'avis desdits seigneur et dame , employée en fonds de terre ou rente constituée , dont le revenu servira à leur entretien , nourriture, vêtements et autres nécessités , lequel fonds et revenu sera par eux géré , gouverné et administré comme chose propre ; que pour perpétuer ladite œuvre à la plus grande gloire de Dieu, édification et salut du prochain, arrivant le décès dudit sieur de Paul, ceux qui auront été admis à ladite œuvre, et y auront persévéré jusqu'alors, éliront à la pluralité des