LIVRE 1. — CHAPITRE VII
voix tel d'entre eux pour leur supérieur en la place dudit sieur de Paul, et en useront ainsi successivement de trois ans en trois ans , et pour tel autre temps qu'ils aviseront pour le mieux, ledit cas de mort arrivant.
« 3" Que lesdits seigneur et dame demeureront conjointement fondateurs dudit œuvre, et comme tels, eux, leurs héritiers et successeurs, descendants de leur famille, jouiront à perpétuité des droits et prérogatives concédés et accordés aux patrons par les saints canons, excepté du droit de nommer aux charges, auquel ils ont renoncé.
« 4° Que lesdits ecclésiastiques s'appliqueront entièrement au soin dudit pauvre peuple de la campagne, et, à cet effet, s'obligeront de ne prêcher ni administrer aucun sacrement es villes dans lesquelles il y aura archevêché, évêché ou présidial, sinon au cas de notable nécessité seulement; qu'ils renonceront expressément à toutes charges, bénéfices et dignités, à la réserve néanmoins que si quelque prélat ou patron désirait conférer quelque cure à l'un d'entre eux pour la bien administrer, celui qui lui serait présenté par le directeur ou supérieur la pourrait accepter et exercer, ayant préalablement servi huit ou dix ans dans ledit œuvre , et non autrement, si ce n'est que le supérieur de l'œuvre de la compagnie jugeât convenable de dispenser quelqu'un dudit service de huit ans.
« 5° Que lesdits ecclésiastiques vivront en commun sous l'obéissance dudit sieur de Paul en la manière susdite, et de leurs supérieurs à l'avenir après son décès, sous le nom de compagnie des pères ou prêtres de la Mission; que ceux qui y seront admis plus tard seront tenus d'aller, de cinq ans en cinq ans , par toutes les terres desdits seigneur et dame, pour y prêcher, confesser, catéchiser et faire toutes les bonnes œuvres susdites; et que pour le regard du reste de leur temps, ils l'emploieront à leur volonté , le plus utilement qu'ils
pourront , et en tels lieux qu'ils estimeront le plus convenable à la gloire de Dieu, conversion et édification du prochain , et à assister spirituellement les pauvres forçats , afin qu'ils profitent de leurs peines corporelles , et qu'en ceci ledit seigneur général satisfasse à ce en quoi il se sent aucunement obligé par le devoir de sa charge ; charité qu'il entend être continuée à perpétuité à l'avenir auxdits forçats par lesdits ecclésiastiques, pour de bonnes et justes considérations.
« 6° .Qu'ils travailleront auxdites missions depuis le commencement d'octobre jusqu'au mois de juin, de manière qu'après avoir servi neuf mois ou environ en ladite compagnie , ils se retireront pour quinze jours en leur maison commune ou tel autre lieu qui leur sera assigné par le supérieur selon l'exigence des cas, en l'un desquels lieux ils emploieront les trois ou quatre premiers jours des quinze susdits en récollection ou retraite spirituelle, et le reste à disposer les matières qu'ils auront à traiter à la mission prochaine , à laquelle ils retourneront aussitôt, et que les mois de juin, juillet, août et septembre, qui ne sont pas propres à la mission à cause que les gens des champs sont trop fortement occupés au travail corporel , lesdits pères s'emploieront à assister les curés qui les réclameront, et à étudier pour se rendre d'autant plus capables d'assister le prochain de là en avant pour la gloire de Dieu *. »
Tel est le contrat célèbre, sorti du cœur et des hautes inspirations de foi d'une famille chrétienne , qui a donné à l'Eglise une nouvelle armée d'apôtres , qui lui a servi de règle unique pendant plus de trente ans , et qui lui en sert encore ; car lorsque Vincent de Paul à la fin de sa vie , après de longues années de réflexion , d'expérience et de prière , se décida à récrire les constitutions de sa compagnie, il en accepta toutes les
1 Maynard, t. I, p. 344 à 348.