‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 74 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE VII

grandes lignes et eut à peine à y ajouter quelques détails. Pendant que M""* de Gondi posait les fondements de cette œuvre , elle en achevait une autre à laquelle elle travaillait depuis longtemps : c'était la conversion de son mari. On s'étonnera de ce mot de conversion après tout ce que nous avons dit de Philippe-Emmanuel. Non pas que sa foi ou ses mœurs eussent jamais fait naufrage. Il vénérait la sainte compagne que Dieu lui avait donnée, et, même au milieu des périls de la guerre et de la cour, il lui avait toujours gardé la plus tendre fidélité. Mais il était possesseur d'une immense fortune, porteur d'un grand nom, plein d'ambition, comme tous les Gondi, lancé dans toutes les intrigues et tous les plaisirs de la cour; et c'est de tout cela que M""^ de Gondi voulait le tirer pour l'appliquer plus sérieusement aux choses célestes. Dans ce but, ce n'était pas assez pour elle d'avoir fait entrer dans sa maison, et d'y avoir retenu à travers tant d'obstacles un prêtre comme Vincent de Paul. Doucement, discrètement elle lui en faisait connaître d'autres. Elle lui ménageait, sans qu'il s'en doutât, l'occasion de voir M. de BéruUe. Elle le conduisait aux Carmélites près sa grande amie , la mère Marguerite du Saint-Sacrement , la seconde fille de M™^ Acarie. Cette dernière n'avait pas encore quitté le monde. Mais, avant d'entrer elle-même au Carmel en qualité d'humble sœur converse , elle s'y était fait précéder par ses trois filles. L'aînée était prieure du Carmel d'Orléans, la seconde prieure du Carmel de Paris, la troisième prieure du Carmel de Chartres. Toutes trois honorées de dons extraordinaires; mais la seconde les surpassait toutes, et même sa mère. « M™^ Acarie, disait la marquise de Meignelais, était sainte; mais la mère Marguerite, sa fille, l'est encore davantage. » Le Père Binet pensait de même*. Elle faisait des miracles,

1 Vie de i/™ Acarie, t. II, p. 170.

elle avait le don de prophétie. Les plus grands personnages venaient la voir : M. de Bérulle, qui la dirigeait; Anne d'Autriche, qui lui demandait des conseils; sainte Chantai, à qui elle prédisait le moment de sa mort*. C'est à cette femme éminente que M™® de Gondi amenait de temps en temps son mari , pour que la vue de tant de sainteté émût son cœur. Au commencement, M. de Gondi s'y faisait un peu traîner^. Il n'y allait que pour plaire à M"^'' de Gondi, que pour ne pas mécontenter sa sœur, la marquise de Meignelais. Peu à peu il y prit goût, et cette religieuse austère qui fuyait le parloir , qui savait dire à la reine Anne d'Autriche de ne pas venir trop souvent dissiper les sœurs par l'éclat de ses visites , était toujours prête à le recevoir. Un jour il s'y rencontra avec M. de Bérulle. « Vous voyez, lui dit la sainte religieuse, le Révérend Père de Bérulle, que vous ne connaissez pas ; mais vous le connaîtrez quelque jour. Il sera l'instrument le plus efficace dont Dieu se servira pour votre salut. Vous vous moquez de moi à l'heure qu'il est, mais vous reconnaîtrez un jour que je vous dis vrai. » — a Je l'ai ouï faire, dit le cardinal de Retz, ce récit à feu mon père une infinité de fois depuis qu'il a été de l'Oratoire; mais je me souviens de le lui avoir même ouï faire dans mon enfance, longtemps devant qu'il eût la pensée d'y entrer. »

Une autre fois , cette sainte religieuse lui ayant parlé de la nécessité de vivre chrétiennement au milieu du monde , il avait répondu à la manière de ceux qui y sont engagés parmi rang élevé et de grands emplois, c"est-à-dire sur la difficulté de vivre en chrétien parmi tant d'obstacles. La bonne mère ne l'en pressa que plus fortement de rompre les liens qu'il reconnaissait être si dangereux ; et, ne pouvant s'y résoudre , elle lui dit :

* Vie de 3f"'« Acarie , t. II, p. 177.

* Ghantelauze, p. 179.

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