LIVRE II. — CHAPITRE I
rien en l'Eglise de Dieu de plus édifiant ni de plus digne de ceux qui portent le caractère et Tordre de Jésus -Christ. Il faut prier Dieu qu'il affermisse un dessein si avantageux pour le bien des âmes, à quoi bien peu de ceux qui sont dédiés au service de Dieu s'appliquent comme il faut*. »
On employait surtout l'hiver à ces missions, parce que les travaux interrompus par le froid laissent du repos aux gens de la campagne. L'été, pendant les moissons et les vendanges, on travaillait. On étudiait la théologie, on préparait les instructions. En 1628, saint Vincent de Paul écrivait de Beauvais :
« Beauvais, 1628.
« Gomment se porte la Compagnie? Chacun est-il en bonne disposition et bien content ? Les petits règlements s'observent -ils? Etudie-t-on, s'exerce -t- on sur les controverses? Y observez-vous l'ordre prescrit? Je vous supplie , Monsieur, qu'on travaille soigneusement à cela ; qu'on tâche de bien posséder le petit Bécan * : il ne se peut dire combien ce petit livret est utile à cette fin. Il a plu à Dieu de se servir de ce misérable pour la conversion de trois personnes depuis que je suis parti de Paris ; mais il faut que j'avoue que la douceur, l'humilité et la patience , en traitant avec ces pauvres dévoyés, est comme l'âme de ce bien. Il m'a fallu employer deux jours de temps pour en convertir un ; les deux autres ne m'ont pas coûté de temps. J'ai
1 Collet, p. 131.
2 Martin Bécan, jésuite, né en 1550 dans le Brabant, confesseur de l'empereur d'Autriche Ferdinand II, était l'auteur d'une somme de théologie in-folio dont on fit un abrégé appelé le Petit-Bécan.
bien voulu vous dire cela à ma confusion , afin que la Compagnie voie que s'il a plu à Dieu de se servir du plus ignorant et du plus misérable de la troupe, il se servira encore plus efficacement de chacun des autres ^. »
Il y avait six ans que cette vie si humble, si fructueuse, durait, lorsqu'un jour M. de Lestocq, curé de • Saint- Laurent de Paris, amena à notre saint un excellent religieux , le Père Adrien le Bon , supérieur d'une <3ommunauté de chanoines réguliers de Saint -Victor, établis à Saint-Lazare dans une vieille léproserie, située sur la route de Paris à Saint-Denis^. Riche prieuré, vaste enclos, grands jardins, magnifiques bâtiments, mais d"où l'âme s'était retirée : cette fondation avait été faite il y avait plus de deux siècles, en 1404, par la piété des fidèles pour offrir un asile aux lépreux. Or il n'y avait plus de lépreux, et nulle œuvre de charité, ni corporelle ni spirituelle, n'avait remplacé celle-là. On y avait mis des chanoines réguliers de Saint- Victor ; mais ils n'étaient que huit, vivant mollement et ne pouvant pas s'entendre avec leur supérieur, qui rêvait une vie plus haute. Troublé et inquiet, voulant se retirer et se demandant si on ne pourrait pas utiliser pour quelque œuvre de charité ces grands bâtiments , il vint en parler à son voisin et ami, M. de Lestocq, curé de Saint- Laurent. « Oh ! lui dit celui-ci, ce dessein ne peut venir que du ciel, qui a suscité ces bons prêtres ; » et il lui raconta ce que nous savons déjà : les pauvres évangélisés, les mauvaises confessions réparées, tous les besoins spirituels et corporels des gens de la campagne également satisfaits. « Du reste, ajouta-t-il, venez avec moi, vous jugerez par vous-
1 Lettres, t. I, p. 22, n° 9.
' Faubourg Saint-Denis, n° 117.