‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 83 sur 394 · LIVRE II. — CHAPITRE I iiS · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I iiS

même; je veux surtout que vous voyiez leur supérieur, un homme tout de Dieu. »

« Là-dessus ils se rendirent ensemble au collège des Bons-Enfants. Après les premières salutations, le Père le Bon dit à saint Vincent que , sur le récit avantag^eux: qu'on lui avait fait des œuvres de sa Compagnie, il serait heureux d'y contribuer et qu'il venait lui offrir dans ce but son prieuré de Saint-Lazare. A ce mot, qui aurait jeté tout autre dans la joie, l'humble Vincent demeura interdit. Il ne sut que répondre. « Hé quoi l Monsieur, vous tremblez, lui dit le Père Lebon. — Il est vrai, mon père, répondit le saint, que votre proposition m'épouvante ; et elle me paraît si fort au-dessus de nous, que je n'ose y élever ma pensée. Nous sommes de pauvres prêtres qui vivons dans la simplicité, sans autre dessein que de servir les pauvres gens des champs. Nous vous sommes grandement obligés, mon père, de votre bonne volonté, et vous en remercions très humblement ; mais permettez -nous de ne pas accepter votre offre ^ »

Tant d'humilité émut le Père le Bon. Il sentit qu'il était en présence d'un prêtre bien supérieur à ceux qu'il connaissait, et, de plus en plus désireux de réaliser son projet, il conjura saint Vincent de Paul de ne pas lui dire un non absolu et de prendre six mois pour y réfléchir.

Les six mois s'écoulèrent, et le Révérend Père le Bon, accompagné de M. de Lestocq, revint au collège des Bons-Enfants. Tous deux renouvelèrent leurs instances, et conjurèrent saint Vincent de Paul de vouloir bien accepter le prieuré. Le Père le Bon se sentait inspiré de Dieu de le lui remettre, et le curé de Saint- Laurent, homme sérieux et pratique, lui faisait voir les grands avantages de cette acceptation. « De-

^ Maynard, t. I, p. 370-371.

puis ma première visite, disait le Père le Bon, j'ai obtenu le consentement de mes religieux, il ne faut plus que le vôtre ; un mot de vous, et c'est affaire conclue. » Vincent restait inébranlable. « Voyez notre petit nombre, répondait-il ; nous sommes à peine nés, cette étroite et pauvre maison suffit à notre petitesse. Je redoute l'éclat et le bruit que ferait cette affaire. D'ailleurs, nous ne méritons pas une telle faveur. Laissez -nous dans l'obscurité et le silence qui nous conviennent. »

En ce moment l'heure du dîner sonna, et le Père le Bon , désirant enlever l'affaire , dit au saint : « Permettez que je dîne avec vous et avec votre communauté, » ce que notre saint agréa avec sa bonté et son humilité ordinaires. La modestie des missionnaires, la lecture de table, l'ordre qu'on y observait, tout cela plut tellement au Père le Bon , qu'il en conçut une vénération et un amour si grand pour eux, qu'il sortit avec la résolution absolument arrêtée de réussir dans son généreux projet.

Il y revint plus de vingt fois dans les six mois qui suivirent, « jusqu'à ce point qu'étant fort ami de M. Vincent, je lui dis plusieurs fois qu'il résistait au Saint-Esprit, et qu'il répondrait devant Dieu de ce refus, pouvant par ce moyen s'établir et former un corps et une congrégation parfaite, dans toutes ses circonstances. »

M. de Lestocq ne contenait pas son impatience : « J'aurais voulu, dit-il, prendre sur mes épaules ce père des missionnaires et le transporter à Saint-Lazare, pour le séduire par la beauté et les avantages du lieu ; mais il était insensible aux choses extérieures, et, pendant les dix-huit mois que durèrent les poursuites, il n'alla pas une seule fois voir la maison. »

. Le doux et saint Père le Bon perdit lui-même patience. Après un an de poursuites, il dit un jour à

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