LIVRE II. — CHAPITRE II 1S
donc, si les fidèles, réveillés par les prédications des missionnaires, ne trouvaient aucun appui dans leur curé, ou négligent ou coupable? Or, de ce genre de prêtres, il y en avait trop alors. La corruption des mœurs au xv" siècle, les guerres du protestantisme au xvi% avaient peu à peu fait disparaître les écoles fondées au moyen âge pour l'éducation du clergé. On ne s'occupait presque plus ni de discerner les vocations , ni de préparer les ordinations. Aux yeux de beaucoup, le sacerdoce n'était qu'un métier, une sorte de gagne -pain que l'on choisissait, parce qu'il semblait plus facile et plus sûr que les autres.
Il est vrai qu'il restait la Sorbonne et les grandes universités de France. Mais d'abord elles donnaient la science ; ce qui n'est pas la même chose que de donner la vertu. De plus elles ne la donnaient qu'à quelquesuns, à l'élite du clergé, à ceux qui avaient assez de fortune pour habiter Paris et les grandes villes. Enfin, et c'était là le comble du malheur, ceux qui avaient été formés dans les universités se trouvaient trop savants pour aller dans les campagnes; ils méprisaient un tel ministère.
Et ainsi , dans les villages , il y avait une foule de prêtres ignorants, grossiers, mal élevés, quelquefois vicieux. Et dans les villes, que voyait-on? des prêtres mondains , des cadets de grandes familles , entrés dans les ordres malgré eux, disputant les postes élevés, aspirant à l'épiscopat, au cardinalat, et n'ayant pas toujours une vertu égale à leur ambition.
Sans doute, grâce à la fécondité et à la divinité de l'Eglise, il y avait au milieu de cela une foule de saints prêtres qui gémissaient de l'abaissement du sacerdoce, et beaucoup de pieux évêques qui se demandaient avec angoisse comment on pourrait sortir d'un état pareil ; mais le moyen , personne ne le trouvait.
On pleure en lisant l'histoire de ce saint évêque qui,
pénétré de zèle pour la sainteté du sacerdoce, avait exig'é que les ordinands de son diocèse eussent l'aprèsmidi de la veille de l'ordination pour s'y préparer par une confession générale. Vers trois heures il leur faisait faire une exhortation commune, et le soir il envoyait des visiteurs pour parcourir les lieux où les ordinands étaient log-és , afin de connaître ceux qui s'y comportaient mal et de les rayer de Tordination pour cette fois*.
A la même époque (1628), un autre saint évêque , Mg^' Potier, évêque de Beauvais, ne gémissait pas moins du triste état du clergé. Un jour il vint à en parler à saint Vincent de Paul, et il le pressa vivement de lui indiquer le remède à un si grand mal : « Monseigneur, répondit le saint, allons droit à la source. Impossible de redresser les ecclésiastiques endurcis dans le désordre, car un mauvais prêtre ne se convertit presque jamais. C'est donc dans les aspirants au sacerdoce , et non dans ceux qui en sont déjà revêtus , qu'il vous faut chercher le principe de la rénovation du clergé. N'admettez aux ordres que ceux en qui vous verrez la science requise et toutes les marques d'une véritable vocation; et ceux-là même, préparez-les le plus longtemps possible, pour les rendre de plus en plus capables des fonctions du saint ministère. » Ms'^ l'évêque de Beauvais était bien persuadé qu'il n'y avait pas d'autre moyen. Mais comment faire pour réussir? Il y pensait jour et nuit, tremblant que toute son autorité ne vînt se briser contre la mauvaise volonté des ordinands. Sur ces entrefaites, au mois de juillet 1628, l'évêque et le saint prêtre partirent en voyage : on reprit la même conversation. Tout à coup les yeux de l'évêque se fermèrent , et il parut tombé dans un pro-
1 Vie de messire de Donnadieu, évêque de Comminges , liv. III, chap. XXXIII,