LIVRE II. — CHAPITRE II 1S
fond sommeil. Mais bientôt se relevant : « Je ne dormais pas, dit-il. Je pensais sérieusement au meilleur moyen de préparer les jeunes ecclésiastiques aux saints ordres. Pour le moment je ne puis rien faire de mieux que de les recevoir chez moi , de les y retenir quelques jours, et de les faire instruire pendant ce temps, au moyen de conférences réglées, des choses qu'ils doivent savoir et des vertus qu'ils doivent pratiquer, — Oh ! Monseigneur, interrompit Vincent dans un saint transport et en élevant la voix bien au-dessus du ton ordinaire de sa modestie , voilà une pensée qui est de Dieu ; voilà un excellent moyen pour remettre petit à petit tout le clergé de votre diocèse en bon ordre. » La conversation suivit longtemps cette direction, Vincent continuant à encourager Févêque, et l'évéque s'affermissant de plus en plus dans son dessein. « A vous, monsieur Vincent, de m'aider à l'exécuter, dit enfin Mffr Potier quand ils se séparèrent. Moi, je vais tout préparer; vous, mettez par écrit l'ordre des exercices à suivre pendant cette retraite et le projet des matières qu'il convient d'y traiter. Puis rendez -vous à Beauvais quinze ou vingt jours avant l'ordination prochaine. — J'obéirai, Monseigneur, répondit Vincent, étant plus assuré que Dieu me demande ce service, l'ayant appris de la bouche d'un évêque , que s'il m'avait été révélé par un ange*. »
Quinze jours avant l'ordination de septembre, saint Vincent arriva, en effet, à Beauvais, accompagné de deux docteurs en théologie, MM. Duchesne et Messier. Il apportait le programme des exercices de la retraite , qu'il avait préparé dans le silence et la prière, et qui du premier coup atteignit la perfection ; si bien que la retraite de Beauvais servit de modèle à toutes celles qui se firent depuis. L'évéque présida lui-même à l'ouver-
1 Maynard, t. II, p. 25-26.
ture des exercices. Les deux docteurs donnèrent les sermons. Saint Vincent s'était réservé la conférence, et il y expliqua le Décalogue, mais d'une manière si claire, si pleine de force et d'onction , que presque tous les retraitants A'oulurent lui faire leur confession générale. M. Duchesne lui-même, qui se reposait de ses grands sermons au pied de la chaire du saint prêtre, fut si touché , qu'à la grande édification des ordinands , il fit aussi à saint Vincent une confession de toute sa vie.
Ce qui avait si bien réussi à Beauvais, pourquoi ne Tessayerait-on pas à Paris ? Ms^ de Beauvais en parla à l'archevêque Mê^'' de Gondi, et celui-ci, pressé de plus par M. Bourdoise, ordonna, par un mandement du 21 février 1631, que tous les aspirants aux saints ordres dans son diocèse seraient obligés de s'y préparer par une retraite de dix jours. M. Bourdoise avait songé d'abord à recueillir chez lui les ordinands ; mais , comme sa maison était trop peu considérable , il pria saint Vincent de Paul de se charger de l'œuvre. Notre saint hésita d'abord, puis se rendit; et ainsi s'ouvrirent aux Bons- Enfants , pour le renouvellement du clergé et le grand bien de l'Eglise, les exercices des ordinands. Ils avaient lieu à chaque Quatre -Temps, dix jours avant les ordinations. Et il y eut même des années où on fut obligé de les multiplier, tant était grande l'afQuence des prêtres , qui non seulement de Paris , mais des provinces voisines , ne voulaient plus recevoir les ordres qu'après y avoir été préparés par saint Vincent de Paul. On n'en comptait pas moins de quatre -vingt à cent à chacune des retraites , qui avaient lieu cinq ou six fois par an.
Gomment aurait- on suffi à tant de dépenses, si toutes les pieuses dames dont notre saint avait fait connaissance n'étaient venues à son aide ? Mais avec leur foi vive, avec cette intuition de la femme chrétienne, elles comprirent que de toutes les œuvres celle-là était la plus haute et la plus nécessaire, et elles s'y dévouèrent.