‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 91 sur 394 · LIVRE II. — CHAPITRE II 1S · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE II 1S

M™® la présidente de Herse se chargea de tous les frais des retraites pendant cinq ans; M™'' la marquise de Meignelais, née de Gondi, donna par testament dix-huit mille livres pour la nourriture des ordinands, sans compter ce qu'elle fit de son vivant; les dames de Charité apportèrent une forte somme. Enfin la reine ellemême, Anne d'Autriche, fut entraînée par les dames d'honneur à assister à un des exercices de la retraite des ordinands. Comme elle se retirait, vivement touchée : « Oh ! Madame , lui dit une de ses dames d'honneur, voilà qui mériterait une fondation ! » Elle promit d'y penser, et, en attendant qu'elle pût la faire, elle se chargea, à l'expiration des cinq années de la présidente de Herse, de la nourriture des ordinands pendant cinq autres années.

Le grand attrait de ces exercices était la personne même de saint Vincent de Paul. Inconnu hier, il apparaissait avec un éclat de piété, d'humilité, d'amour de Dieu, de sainte éloquence, qui jetait dans l'enthousiasme. On ne se lassait pas de lui voir dire chaque matin la sainte messe. Quelle foi ardente ! quel recueillement ! quelle union tendre et profonde à la victime adorable 1 quelle transfiguration de son visage et de tout son être après la sainte communion ! Cela valait déjà un sermon.

D'autre part, avec quelle humilité, quelle délicatesse il recevait les ordinands ! Gomme il préparait ses frères à recevoir, à soigner, à servir les prêtres qui venaient aux exercices ! « S'employer pour faire de bons prêtres, disait-il, c'est faire l'office de Jésus-Christ, qui pendant sa vie mortelle semble avoir pris à tâche de faire douze bons prêtres , qui sont les apôtres , ayant voulu , pour cet effet, demeurer plusieurs années avec eux, pour les instruire et pour les former à ce divin ministère... Nous sommes donc tous appelés de Dieu à l'état que nous avons embrassé pour travailler à un chef-d'œuvre :

car qu'y a-t-il de si grand dans le monde qu'un prêtre ? Les principautés et les royaumes ne lui sont point comparables. Les rois ne peuvent pas, comme le prêtre, changer le pain au corps de Notre -Seigneur, remettre les péchés, et tous les autres avantages qu'il a pardessus les grandeurs temporelles.

« Voilà notre mission, leur disait-il. Mais qui sommes -nous pour une telle œuvre ? Nous ne sommes que de chétives gens, de pauvres laboureurs et paysans; et quelle proportion y a-t-il de nous, misérables, à un emploi si saint, si éminent et si céleste?... C'est pourtant à nous à qui Dieu a confié une si grande grâce, que celle de contribuera rétablir l'état ecclésiastique. Dieu ne s'est pas adressé pour cela ni aux docteurs ni à tant de communautés et religions pleines de science et de sainteté ; mais il s'est adressé à cette chétive , pauvre et misérable Compagnie, la dernière de toutes et la plus indigne. Qu'est-ce que Dieu a trouvé en nous pour un si grand emploi? Où sont nos beaux exploits? où sont les actions illustres et éclatantes que nous avons faites ? où cette grande capacité? Rien de tout cela; c'est à de pauvres misérables idiots que Dieu, par sa pure volonté, s'est adressé, pour essayer à réparer les brèches du royaume de son Fils et de l'état ecclésiastique. Oh ! Messieurs , conservons bien cette grâce que Dieu nous a faite, par préférence à tant de 'personnes doctes et saintes qui la méritaient mieux que nous; car, si nous venons à la laisser inutile par notre négligence, Dieu la retirera de nous pour la donner à d'autres et nous punir de notre infidélité. Hélas ! qui sera-ce de nous qui sera la cause d'un si grand malheur, et qui privera l'Eglise d'un si grand bien? Ne sera-ce point moi, misérable? Qu'un chacun de nous mette la main sur sa conscience , et dise en lui-même : Ne serai -je point ce malheureux? Hélas ! il n'en faut qu'un misérable tel que je suis qui par ses abominations détourne les faveurs du ciel de

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