‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 93 sur 394 · LIVRE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE II

comme dans la Suède, le Danemark, l'Angleterre, TEcosse, rirlande, la Hollande et autres provinces unies, et dans une grande partie de l'Allemagne. Et combien voyons-nous d'hérétiques en France!... Oui, Seigneur, c'est nous qui avons provoqué votre colère; ce sont nos péchés qui ont attiré ces calamités. Oui, ce sont les clercs et ceux qui aspirent à l'état ecclésiastique, ce sont les sous -diacres, ce sont les diacres, ce sont les prêtres, nous qui sommes prêtres, qui avons fait cette désolation dans l'Eglise.» Et, entrant dans des détails plus particuliers, il parcourait les rangs des ecclésiastiques de son temps. Les uns sont inutiles : « ils disent leur bréviaire , célèbrent leur messe , et encore fort pauvrement ; quelques-uns administrent les sacrements tellement quellement, et voilà tout. » Mais un grand nombre d'autres sont dans le vice et dans le désordre. Et il parlait des prêtres de toute une province tellement livrés à l'ivrognerie, qu'il avait fallu faire une assemblée d'évêques pour chercher à ce mal ignoble un remède qu'on ne pouvait trouver, « Ce n'est pas, ajoutait-il pour se consoler et consoler les siens, ce n'est pas que tous les prêtres soient dans le dérèglement. Non, ô Sauveur! qu'il y a de saints ecclésiastiques ! Il nous en vient tant ici en retraite , des curés et autres , qui viennent de bien loin exprès pour mettre bon ordre à leur intérieur ! Et combien de bons et de saints prêtres à Paris I II y en a grand nombre , et entre ces messieurs de la conférence, qui s'assemblent ici, il n'y en a pas un qui ne soit homme d'exemple : ils travaillent tous avec des fruits non pareils. Si donc il y a de méchants ecclésiastiques dans le monde, — et je suis le pire, le plus indigne et le plus grand pécheur de [tous, — aussi, en revanche, il y en a qui louent hautement Dieu par la sainteté de leur vie ^ »

1 Maynai'd, t. II, p. 33-34.

Il faut parler ainsi de soi pour avoir le droit de parler ainsi des autres.

Dans des conditions pareilles, il n'est pas étonnant qu'on soit accouru de toutes parts aux conférences de Saint -Lazare, Il y passait cinq ou six cents jeunes prêtres chaque année, et parmi eux Félite du clergé de France. Il faut nommer dans ce nombre M. Olier, qui bientôt va fonder Saint - Sulpice ^ ; Armand de Rancé, qui va réformer la Trappe^ ( 1648); l'abbé Fleury, qui va composer l'histoire de l'Eglise, et Bossuet, qui écrira bientôt au pape Clément XI : « Dès notre jeunesse nous fîmes connaissance du vénérable prêtre Vincent de Paul , et c'est dans ses pieux discours que nous avons puisé les vrais principes de la piété chrétienne et de la discipline ecclésiastique : souvenir qui , même à cet âge , nous est un charme merveilleux ^. »

Combien d'autres nous pourrions citer ! Plus de quatre-vingts évoques, et des docteurs sans nombre. « Oh ! Messieurs , disait saint Vincent de Paul à ses prêtres , ce n'est pas par la science que vous leur ferez du bien, ni par les belles choses que vous pourriez leur dire : ils sont plus savants que nous. Plusieurs sont bacheliers, et quelques-uns licenciés en théologie, d'autres docteurs en droit, et il y en a peu qui ne sachent la philosophie et une partie de la théologie. Ils en disputent tous les jours, et presque rien de ce qu'on leur peut dire ici ne leur est nouveau : ils l'ont déjà lu ou ouï. Ils disent eux-mêmes que ce n'est pas cela qui les touche , mais bien les vertus qu'ils voient pratiquer ici. »

Ces premières années des exercices des ordinands eurent sur l'Eglise de France une influence cachée d'a-

* M. Faillon, Vie de M. Olier, I, 62.

2 M. Dubois, Vie de l'abbé de Rancé, I, chap. x.

3 Floquet, Études sur la vie de Bossuet, t. I, 163.

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