‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 94 sur 394 · LIVRE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE II

bord, mais profonde. Elles réveillèrent le feu du sacerdoce; elles en créèrent l'enthousiasme; elles amenèrent les plus grands hommes non seulement à ne plus rougir de leur nom de prêtre , des cérémonies sacrées de leur ordination, mais à s'en glorifier. M. de Gondi, l'ancien général des galères; M. de la Rochefoucauld, un si grand homme; M. Olier, Bossuet, firent dans les paroisses de Paris les humbles fonctions de diacre, sous -diacre, d'acolyte, au tressaillement enthousiaste de M. Bourdoise, en attendant que, dans leur diocèse ou dans leur cure , ils fissent refleurir la piété et la discipline ecclésiastiques.

« Il faut que vous sachiez, écrivait saint Vincent de Paul en 1633, cinq ans seulement après l'ouverture des exercices, qu'il a plu à la bonté de Dieu de donner une bénédiction toute particulière , et qui n'est pas imaginable , aux exercices de nos ordinands ; elle est telle , que tous ceux qui y ont passé, ou la plupart, mènent une vie telle que doit être celle des bons et parfaits ecclésiastiques. Il y en a même plusieurs qui sont considérables pour leur naissance ou pour les autres qualités que Dieu a mises en eux , lesquels vivent aussi réglés chez eux que nous vivons chez nous , et sont autant et même plus intérieurs que plusieurs d'entre nous, n'y eût-il que moi-même. Ils ont leur temps réglé, font oraison mentale, célèbrent la sainte messe, font les examens de conscience tous les jours, comme nous; ils s'appliquent à visiter les hôpitaux et les prisons , où ils catéchisent, prêchent, confessent, comme aussi dans les collèges , avec des bénédictions très particulières de Dieu. Entre plusieurs autres, il y en a douze ou quinze dans Paris qui vivent de la sorte , et qui sont personnes de condition ; ce qui commence à être connu du public ^))

1 Lettres de saint Vincent de Paul, t. I, p. 77, n» 64. (Lettre à M. du Coudray, 5 juillet 1633.)

Ce parfum de piété sacerdotale commençait à porter ses fruits. Non seulement on ne rougissait plus du nom et des fonctions de ce saint état, mais on commençait à voir de grands seigneurs quitter les plus hautes charges pour se faire simples prêtres. M. de Gondi avait donné l'exemple; le commandeur de Sillery avait suivi ^; M. de Ventadour vint ensuite. « Il était duc, dit saint Vincent de Paul, et il s'est fait prêtre^. » Beaucoup de gens commencent à les imiter. « M, de la Marguerie, ci -devant premier président de province, s'est fait simple prêtre, il n'y a que dix jours; nous avons parmi les ordinands un conseiller du grand Conseil et un maître des comptes qui veut demeurer tel, et qui se font simples prêtres par dévotion. M. de Mégrigny, avocat général à la cour des aides, est retiré avec M. Brandon à Saint -Maur à cet effet^. » Le type est remonté.

De là aussi commençaient à sortir des évêques. « L'assemblée de MM. les ecclésiastiques de cette ville* réussit toujours de mieux en mieux, ce me semble. Voilà trois évêques qui viennent d'en être tirés : M. Godeau, pour Grasse; M. Fouquet, pour Bayonne; M. Pavillon, pour Alet; et M. Barreau vient d'être nommé par le roi coadjuteur de Sarlat^, sans le consentement de Ms'i' l'évêque. Dieu a disposé du bon M. Seausse; il a vécu en saint et est mort de même. »

Cependant, si utiles et si bienfaisants que fussent ces exercices, ils ne pouvaient pas suffire. Le feu allumé,

i Lettres, t. I, p. 87, n« 77.

2 Ibid., t. II, p. 374, no 830.

3 Ibid., t. I, p. 291, n» 275.

^ L'assemblée dite des mardis. Elle était fréquentée par les prêtres les plus exemplaires, et c'est de là, sur le conseil de saint Vincent, qu'étaient tirés la plupart des évêques qui furent nommés.

s M. Barreau fut le coadjuteur de Louis II de Salignac de Lamothe-Fénelon, mais ne lui succéda pas.

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