‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 95 sur 394 · LIVRE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE II

il fallait l'entretenir. Il fallait inventer quelque chose qui permît à ces jeunes prêtres de venir se retremper à la source même de leur sacerdoce. Vincent de Paul y pensait; mais, comme c'était l'homme qui se pressait le moins, il fut prévenu par un autre, sans du reste en avoir le moindre regret.

Un jour un jeune prêtre vint le trouver, un de ceux qui avaient été formés dans les exercices des ordinands, et il lui demanda s'il ne trouverait pas bon que tous ceux qui voudraient conserver en eux la grâce de l'ordination se réunissent chaque semaine à Saint -Lazare pour y entendre quelques paroles d'édification et y renouveler leurs bons propos ^ « Oh! mon fils, répondit aussitôt saint Vincent de Paul , cette pensée est du ciel. Cependant il faut encore réfléchir et prier. » Il alla aussitôt en conférer avec l'archevêque de Paris, Me^" de Gondi; et il en écrivit même au pape, qui bénit et approuva le projet.

Quel était ce jeune homme qui eut la belle initiative des conférences du mardi? Quelques-uns ont cru que c'était M. Olier^. Ce qui est certain, c'est que parmi ceux qui y entrèrent d'abord il est nommé le premier par tous les historiens du temps , et que nul ne contribua plus que lui à leur bonne organisation , sous la conduite de saint Vincent de Paul.

Ces conférences, dont la première eut lieu le 25 juin 1633, et la seconde le 9 juillet, se tinrent désormais tous les mardis. On y venait de tous les quartiers de Paris. Mais il ne faudrait pas s'imaginer que ce fussent de simples conférences où l'on assistait quand on voulait, pour entendre saint Vincent de Paul. Notre saint, qui était doué du plus grand don d'organisation, en avait dressé lui-même les règlements. Sous la direction

1 Faillon, Vie de M. Olier, t. I, p. 68 et 78.

2 Abelly dit le contraire, liv. II, chap. m.

du supérieur g-énéral de la Mission, il y avait un préfet, deux assistants , un secrétaire , qui formaient le bureau chargé du gouvernement des conférences. Pour y entrer, il fallait être présenté officiellement par trois membres , et on n'était reçu qu'après de sérieuses informations. Le directeur introduisait lui-même le nouveau venu dans l'assemblée, et l'embrassait à genoux, ce que faisaient aussi tous les membres. A partir de ce jour,, il était sous la direction du préfet, qui l'avertissait de ses fautes, le visitait ou le faisait visiter dans ses maladies et à l'heure de sa mort , et assistait avec tous ses confrères à ses funérailles. Tous les membres des conférences devaient se regarder comme liés en Jésus - Christ d'un nouveau lien d'amour, se chérir, se visiter, se consoler les uns les autres, s'aider à devenir dignes de Notre -Seigneur. Une réunion générale avait lieu chaque semaine, le mardi à deux heures, dans la maison de Saint-Lazare. Ceux qui ne pouvaient pas s'y trouver devaient s'excuser auprès du préfet. L'assemblée commençait par le chant du Veni Creator, entonné à genoux par le directeur; après quoi on traite le sujet qui a été indiqué à la conférence précédente; chacun peut prendre part à la discussion. Puis le directeur résume les débats, donne les conseils qu'il juge utiles, et termine le tout par quelques paroles « simples et affectives». C'était là d'ordinaire le rôle de saint Vincent de Paul, et il y excellait. Notre saint n'avait aucune prétention à être orateur; mais il priait beaucoup avant de parler; il méditait profondément la sainte Ecriture ; il avait un cœur embrasé de l'amour de Dieu et des hommes ; et de tout cela résultait une parole simple, chaude, ardente, qui ravissait les esprits et enthousiasmait les cœurs. S'il venait à la conférence quelque évêque , et que Vincent de Paul lui cédât la parole, comme il faisait toujours, c'était un désappointement général. Souvent même, après que l'évêque

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