‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 96 sur 394 · LIVRE IL — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IL — CHAPITRE II

était tu, tous conjuraient le saint de leur dire quelque hose, ce qui le plongeait dans des confusions touhantes et ajoutait à sa parole un attrait de plus.

Nous fûmes associés, écrit Bossuet, à cette Companie de pieux ecclésiastiques qui s'assemblaient chaque emaine pour traiter ensemble des choses de Dieu, '^incent en fut l'auteur, il en était l'âme. Quand, vides, nous écoutions sa parole, pas un qui n'y sentît accomplissement du mot de l'Apôtre : « Si quelqu'un

parle , que sa parole soit comme de Dieu. » Et I. Tronson, ce second supérieur de Saint -Sulpice, si aime, si grave, si sérieux, ne pouvait contenir les ^^ansports de son admiration : « Oh! disait -il, que oilà un homme tout rempli de Dieu ! » Et c'était le ernier mot de tous les prêtres aux missionnaires après haque conférence du mardi : « Oh ! que vous êtes eureux de voir et d'entendre tous les jours un tel omme, si rempli de l'amour de Dieu ! »

Mais , outre ce premier et grand effet de la parole de aint Vincent de Paul, qui était d'échauffer tous les œurs et de préparer ainsi la réforme du clergé , il en st un second, de nature moins haute, mais qui ne doit as être omis. Ce qui caractérisait la parole de saint ""incent de Paul, c'était la simplicité : « son admirable implicite, » dira Bossuet, et avec cela sa tendresse, on amour de Dieu et des âmes , et aussi la pureté des ources où il puisait : la sainte Ecriture , les exemples t les paroles de Jésus -Christ, la connaissance appro- Dndie des besoins et des passions du cœur de l'homme. >r c'était ce qui manquait davantage, en 1633, à la préication évangélique. Au lieu de chercher dans la ainte Ecriture les preuves de l'enseignement qu'on onnait, on les demandait aux poètes païens. Le Père lotton, confesseur et prédicateur d'Henri IV, pour rouver la puissance de la mort, invoquait Homère, ''irgile, Horace, et entassait sans goût et sans choix

toutes les découvertes de la médecine sur les infirmités du corps de l'homme. Le Père Senault n'apportait pas moins de textes grecs et latins pour prouver le pouvoir des démons. On parlait latin, et longtemps devant des femmes et des marguilliers on a parié grec. Il fallait savoir prodigieusement pour prêcher si mal^ Ce qu'on ne demandait pas aux poètes de l'antiquité, on le cherchait dans la scolastique ; et alors c'étaient des divisions, des subdivisions et des resubdivisions qui faisaient dire au Père Rapin que la lecture de saint Thomas, tout solide et méthodique qu'il est, a fait plus de mauvais prédicateurs que de bons. Et que dire du style ? de cette forme « pompeuse et empanachée » dont parle saint François de Sales, que son goût exquis et son génie lui firent à peu près éviter, mais qui s'épanouit dans les œuvres de son plus cher disciple et ami, M^'" Camus , évéque de Belley ?

Tant déjeunes prêtres se réunissant aux conférences du mardi et parlant sur tous les sujets de dogme et de morale , il était impossible qu'ils n'apportassent pas quelque chose du mauvais goût qui régnait partout. Mais Vincent de Paul était impitoyable. La simplicité , la sainte et divine simplicité, il n'admettait que cela. 11 blâmait, et quelquefois vivement, ceux qui s'en écartaient. « Figurez- vous, écrit-il, que j'ai été obligé, pendant une ordination, de me jeter deux fois aux pieds d'un prêtre pour le prier de ne s'égarer point dans ce beau chemin, et il ne voulut pas me croire. Aussi Dieu nous a-t-il délivré de cet esprit vain '^. » — « Et encore Dieu sait que, jusqu'à trois fois, pendant trois jours consécutifs, je me suis prosterné à genoux devant un prêtre qui était pour lors de la compagnie , et qui n'en est plus, pour le prier, avec toute l'instance qui

1 La Bruyère, en 1687.

2 Lettres, t. III. p. 251, n^ 1211.

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