LIVRE II. — CHAPITRE II
n'a été possible , de vouloir prêcher et parler tout sim- Dlement, sans avoir jamais pu gagner cela sur lui. Il 'aisait les entretiens de l'ordination , dont il ne rem- Dorta aucun fruit , et tout ce bel amas de pensées et de périodes choisies s'en alla en fumée; car, en effet, ce l'est point le faste des paroles qui profite aux âmes, nais la simplicité et l'humilité , qui attire et qui porte lans les cœurs la grâce de Jésus -Christ. » Ce devint Dientôt force de loi à Saint-Lazare, qu'on devait parler simplement. « La compagnie des externes , qui vient :aire des conférences à Saint -Lazare, fait profession de traiter les matières fort simplement; et dès que quel- :ju'un apporte plus de doctrine ou orne son langage, iès aussitôt on m'en fait des plaintes afin d'y remédier, 3t celui qui m'en a fait le dernier est M. Tristan, doc- :eur en théologie, qui est du corps ; et cependant Notreseigneur permet que chacun en désire être^ » — « Groifiez-vous, Monsieur, écrivait-il à ce propos, que les comédiens, ayant reconnu cela, ont changé leur manière ie parler, et ne récitent plus leurs vers avec un ton élevé , comme ils faisaient autrefois ? mais ils le font avec une voix médiocre, et comme parlant familièrement à ceux qui les écoutent. C'était un personnage ^ui a été de cette condition, lequel me le disait ces jours passés. Or, si le désir de plaire davantage au monde a pu gagner cela sur l'esprit des acteurs de théâtre, quel sujet de confusion serait-ce aux prédicateurs de Jésus -Christ, si l'affection et le zèle de procurer le salut des âmes n'avait pas le même pouvoir 3ur eux^ ! »
Souvent des évêques venaient assister à la conférence, et y prenaient la parole. S'ils se jetaient dans l'éloquence « pompeuse » et « empanachée » , le bon
1 Lettres, t. I, p. 397.
2 Ibid., t. I, p. 228.
saint Vincent de Paul restait silencieux, enfoncé dans son banc; et rien qu'à cette tenue, les jeunes prêtres sentaient à quel point cela lui était désagréable. Si, au contraire, Tévêque parlait simplement, Vincent de Paul s'épanouissait. L'évêque de Sarlat étant venu donner un entretien à Saint-Lazare, le saint l'alla trouver dans sa chambre : « Monseigneur, lui dit-il, vous m'avez aujourd'hui converti. — Et comment cela. Monsieur ? — C'est que vous avez déclaré tout ce que vous avez dit si bonnement et si simplement, que cela m'a semblé fort touchant, et je n'ai pu que je n'en aie loué et béni Dieu. — Ah ! Monsieur, je dois vous confesser avec la même simplicité que j'aurais bien pu dire quelque autre chose de plus poli et de plus relevé; mais j'aurais offensé Dieu si je l'avais fait. » Edifié de plus en plus , Vincent ne manqua pas , suivant sa coutume, d'écrire et l'entretien et la conversation à ses missionnaires éloignés. Ainsi nous lisons dans la lettre citée tout à l'heure : « Nos ordinands se sont , grâce à Dieu , retirés bien satisfaits , après nous avoir grandement édifiés. Ms^ l'évêque de Sarlat leur a fait l'entretien du soir admirablement bien; et comme on a regardé de près la cause d'un si heureux succès , on a trouvé que c'est son humilité à suivre mot à mot le projet de ces entretiens qui a été fait par les premiers qui les ont commencés, sans y ajouter des pensées curieuses ni des mots nouveaux, ainsi que d'autres ont voulu faire ci -devant, qui ont tout gâté pour ne s'être réduits à la méthode et simplicité ordinaires , ni maintenus dans les matières propres ^ »
Nul ne fut plus ami de cette simplicité et ne profita mieux de tels avis que Bossuet. a La simplicité sublime de Vincent, dit M. Floquet, toucha profondément Bossuet, si simple lui-même; et jusqu'à la fin de sa
1 Maynard, t. II, p. 13.