LIVRE II. — CHAPITRE II
de parlant de lui chaque jour, des prodiges de sa chaité, de tant de qualités exquises qu'il fut heureux de lontempler en lui de si près, toujours il en revenait à ;élébrer avec amour celle de toutes qui Favait touché e plus : sa simplicité , sa simplicité admirable , disaitl avec une émotion manifeste; et on a su de ceux qui avaient avec lui que sur cette insigne vertu du saint )rêtre, le grand évêque ne tarissait pas^ » Il en garda m profond souvenir toute sa vie et s'en fit une règle le conduite dans la prédication.
De telles conférences, où se réunissaient des esprits li distingués et comme l'élite du clergé , où venaient )arler tant d'évêques des meilleurs , ne pouvaient pas le pas émouvoir tout Paris. Le bruit en vint à Richeieu, qui, moitié piété, moitié politique, ne voulant pas [ue rien se passât sans qu'il le sût, fit venir Vincent le Paul , et se fit rendre compte de la nature , de la fin st des progrès de sa conférence. Ravi de ce. qu'il venait l'entendre, il l'exhorta à persévérer dans toutes ses euvres , lui promit sa protection , et voulut qu'il s'enjageât à le venir voir de temps en temps. Sur la fin de 'entretien , il lui demanda la liste des membres de sa îonférence, avec la désignation de ceux que le saint )rêtre jugeait plus propres à l'épiscopat. 11 écrivit luinême leurs noms pour les présenter au roi, puis il le congédia. « J'avais déjà une grande idée de M. Vincent, lit -il aussitôt après à la duchesse d'Aiguillon, mais je e regarde comme un tout autre homme depuis ce derlier entretien. » Richelieu tint parole et promut à l'épiscopat plusieurs des disciples de Vincent^.
Ce que Richelieu avait commencé, Louis XIII, à la [nort du cardinal, voulut le continuer. Plusieurs fois il ît demander en secret à notre saint de lui envoyer la
1 Floquet, Vie de Bossuet, t. I, p. 167-168.
2 Maynard , t. II, p. 71.
liste des prêtres qu'il jugeait dignes de l'épiscopat. Le saint s'y prêta bien volontiers , mais à une condition : c'est que le roi et les ministres promettraient un secret absolu. « Autrement, disait-il, les conférences du mardi , au lieu de former des saints , se peupleraient d'hypocrites et d'ambitieux. «
Ainsi commençait la réforme du clergé, ainsi se creusaient les premiers fondements de la grande Eglise de France. Je dis les premiers ; car quelque importance qu'eussent les exercices des ordinands et les conférences du mardi, ils ne pouvaient pas suffire. Ils n'exerçaient dïnfluence que sur le clergé de Paris et des environs, et même sur l'élite de ce clergé; ils étaient à peine connus de la province. Il fallait, pour la régénération du clergé de France, quelque chose de plus profond , de plus universel , qui saisît et renouvelât tous les diocèses. Il fallait ce que le concile de Trente avait entrevu , ce que saint Charles Borromée avait essavé de réaliser, mais d'une manière bien incomplète , ce à quoi saint François de Sales avait renoncé, ce qui a fait depuis la grandeur, la puissance, la fécondité de l'Eglise de France : il fallait les séminaires.