‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 2)Chapitre 25 sur 108 · Arrêté du 10 novembre i · texte numérisé non relu

Arrêté du 10 novembre i

2, « Vous n'ignorez pas, Messieurs, que dans l'ancienne Université tous les maîtres étaient dans l'usage d'envoyer au collège leurs

- écoliers dès qu'ils étaient en cinquième, et qu'en dernier Heu les arrêts du parlement des 6 août 1776 et 2 avril 1784 leur en avaient fait une loi expresse^ » Circulaire aux chefs d'institutions et maîtres de pension de la ville de Paris, 10 novembre 1810. 3; 25 novembre 1809, ^

que ses classes inlérieures étaient de simples classes |>réparatoires, dont les élèves iraient au lycée aussitôt qu'ils seraient en état d'en suivre les cours. M. de Fontanes, tant qu'il resta grand-maître, voulut bien se contenter de cette défaite. Il est certain que l'Université n'y perdait (|ue les frais d'études, impôt qui ne figurait pas au budget , et dont elle se souciait médiocrement. La rétribution , qui avait bien plus d'importance à ses yeux, lui revenait tout entière, étant acquittée par les élèves de l'intérieur aussi bien que par ceux qui suivaient le lycée.

M. de Lanneau, étant parvenu à maintenir ses classes au-dessus de la septième , maintint à plus forte raison ses- cours de français et de commerce; mais il dut renoncer à la philosophie. Le cours cessa à la fin de l'année scolaire 1808-1809; voici dans quelles circonstances :

La philosophie s'étant trouvée absente du plan d'études tracé par M. de Fontanes pour la nouvelle Université, Laromiguière réclama contre cet oubli. Dans une lettre admirable d'esprit et d'éloquence, il prouva qu'abandonner l'étude de la philosophie, c'était préparer raffaiblissemént inévitable de la pensée et la stérilité prochaine de la science. Ses raisons impressionnèrent vivement les membres du ConseiL On raconte* que dans une discussion qui eut lieu à ce sujet, quelqu'un allégua l'exemple du cours de Sainte- Barbe. Le chancelier de l'Université voulut voir de ses yeux ce que c'était que ce cours.

Le chancelier de l'Université était le baron de Villaret, évêquede Casai. 11 vint, tons se faire annoncer, à l'exercitîe des thèses de 1809. C'était le jour où Ton

reçut à Paris les bulletins dé la bataille de Wagram. Le jeune Scribe argumentait contre Laromiguière en personne. Scribe, qui se montra dès son enfance tel qu'il ne cessa jamais d'être dans tout le cours de sa vie, un esprit ferme et prompt à se retourner en face des circonstances, Scribe se tira d'affaire de façon à rendre décisive rexpérienoe qu'étail: venu faire le prélat. Il trouva même le moyen d'introduire dans l'un de ses raisonnements une louange fort bien tournée pour l'hommage public que le noble visiteur rendait à la science. M. de Yillaret témoigna la satisfaction la plus vive : son rappoiH à l'Université fut qu'il fs^Uait absolument transporter dans les lycées l'enseignement de Sainte-Barbe.

Au commencement de l'année scolaire 1809-1810, M. Maugras se trouvait inscrit comme professeur de philosophie sur les cadres du lycée Impérial. Il porta dans cet établissement sa méthode, son programme et jusqu'à l'usage des thèses publiques. Son départ ne fut pourtant point une rupture avec notre collège. Jusqu'aux derniers temps de sa. vie, ce vieux professeur y. fit des conférences, où il répéta ses propres leçons; cardes la première année d^ son passage au lycée, M. de Lanneau obtint d'envoyer à sa classe les élèves en philosophie de Sainte-Barbe, quoique Sainte-Barbe fût encore dans la dépendance • du lycée Napoléon. Nos jeunes barbistes, recevant aitysi double façon du même maître de philosophie, devinrent imperturbables sur les matières du cours. Tant que fut maintenue l'épreuve des thèses, ils en portèrent presque tout le poids. Vavin, dont la maison porte le deuil encore récent, figurait à celle de 1810 ,

et le principal tenant de la même joute fut M. Joseph Bernard, député du Var après 1830, aujourd'hui conservateur à la bibliothèque Sainte-Geneviève. La dernière soutenance eut lieu en 1814. M. M^tugras essaya de remplacer cet exercice par un autre. Dans la cérémonie de la distribution des prix de 1816 au lycée, redevenu Collège royal de Louis-le-Grand, il fit introduire la discussion d'un thème moral entre deux de ses élèves, et c'est encore à deux barbistes, Xavier Maugras, son neveu, et Partarrieu-Lafosse, qu il confia les rôles. Cela ne fut pas recommencé.

Revenons à M.#le Villaret. Sa visite de 1809 ne fut pas la première dont il honora le Collège. Avant de se présenter comme grand dignitaire de l'Université, il y était venu comme pontife. C'est lui qui célébra le salut dans la chapelle de Sainte-Barbe, pour la fête du 4 décembre 1808. Il avait été fort question de ce modeste sanctuaire à propos d'un service qui y fut célébré, le 6 juillet précédent, en l'honneur du défunt cardinal de Belloy, archevêque de Paris. La cérémonie fut très-belle, M. de Lanneau ayant voulu n'y rien épargner, pour témoigner son regret d'un pasteur qui avait été pleyi de bonté à l'égard de sa maison et de lui-même. Il y eut jusqu'à une oraison funèbre*, laquelle, imprimée et répandue dans le public, fut louée comme l'qne des meilleures qu'eût inspirées la circonstance ^

i. Éloge fanèbre de monseigneur le cardinal de Belloy, archevêque de Paris^ prononcé dans l'oratoire de la maison de Sainte- Barbe, lors du service célébré pour Son Éminence, le samedi 6 juillet 1808, par Tabbé Siret, vicaire à Saint-Merry. — In-8* Paris, Périsse et Compère.

â. Journal de Paris du 24 aoât i808.

C'est par Toraison funèbre que Tëvêque de Casai fut disposé si favorablement envers Sainte-Barbe. Il 8*7 rendit sans se faire prier, sur l'invitation que lui trans* mit un ami de la maison , autrefois prédicateur de Louis XVI. A son arrivée au Collège, il fut harangué en latin par deux élèves nouvellement sortis de rhétorique, clont Vun était Valout. Le prélat prit plaisir ^ aux paroles de ces jeunes gens , et encore plus à la façon dont Foffice fut accompli sous ses yeux.

Il est bon de dire qu'à l'égard des cérémonies de rÉglise, le directeur de la nouvelle Sainte-Barbe fut un peu comme son devancier et son compatriote, le bon principal Simon Menassier. La pompe lui plaisait. Il régla en conséquence l'ordre de sa chapelle.

Un vertueux et respectable prêtre de l'ancien séminaire de Saint^Nicolas, que Henriot a^vait arraché aux mains des massacreurs pendant les journées de septembre, fut investi des fonctions d'aumônier. C'était l'abbé Desmoulins, qui resta fidèle à Sainte-Barbe jusqu'à la fin de sa vie. Afin de ménager sa santé, affaiblie par l'émotion du carnage où il avait manqué de périr, on lui fit donner de l'aide d'abord par un ecclésiastique de la cathédrale, puis par des prêtres de la paroisse.

Deux jeunes clercs, employés pour le service de diacre et de sous-diacre, furent autorisés à faire dans la maison les études qui devaient leur ouvrir le sémi<naire. En outre, des élèves externes, auxquels Sainte- Barbe donnait gratuitement l'instruction, formèrent autour de l'autel une troupe nombreuse d'acolytes, ou bien fournirent des voix au lutrin. Le chœur fut établi dans les règles, U y eut des chantres, un orga-

nîste, un maître de chapelle. L'organiste n'était rien moins que le célèbre Miroir, de Téglise Saint-Eustache, et le nom du maître de chapelle, M. Doineau, est connu de tous ceux qui savent comment la musique religieuse ressuscita en France au commencement de ce siècle.

Dans l'office, chanté tous les dimanches en plainchant ou en faux-bourdon, selon la solennité du jour, étaient intercalés des morceaux de musique, dont M. Doineau avait dirigé l'étude. Pour les plus grandes fêtes, la messe tout entière était exécutée en musique et à grand orchestre.

Tel fut l'exercice du culte à Sainte-Barbe du temps de l'Empire. Notons encore que la maison eut un prédicateur en titre et un livre d'office à son usage.

Le livre était intitulé : Manuel chrétien des étudiants. Il contenait l'explication des cérémonies de l'Eglise, et des notions sur mille choses relatives à la religion, dont les jeunes gens de ce temps-là n'avaient pas pu être instruits dans leur enfance. M. deLanneau suggéra l'idée de cet ouvrage, qui parut en i 805, et le mit entre les mains de ses élèves pour qu'il leur servît à la messe de préservatif contre les distractions.

L^abbé Siret, vicaire à Saint-Merry, puis curé de Saint-Séverin, fut le prédicateur dont le Collège entendit la parole pendant près de vingt ans. C'est lui qui prononça l'oraison funèbre du cardinal de Belloy. Prêtre austère, réputé janséniste, il avait -dans le directeur de Sainte-Barbe une telle confiance, qu'il prit l'habitude de concerter avec lui le sujet de ses instructions. D'innombrables lettres, écrites par M. de Lanneau à cette occasion, restèrent longtemps entre

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les mains de M* Siret, qui les gardait comme un dé* pot précieux. Elles fournirent à ce vénérable ecclésiastique des armes pour la défense de celui que l'esprit de parti se plut à dépeindre^ dans un moment, comme un apôtre de l'impiété. Plusieurs personnes croient entendre encore l'abbé Siret, parlant trèshaut et partout de cette correspondance, pour laquelle il .n'avait pas assez d'admiration , et menaçant de la faire imprimer à la honte des accusat^eurs de M. de Lanneau. Mais nous n'en sommes encore qu'à l'an 1810. Ne nous engageons point dans le récit d'une persécution que personne alors ne pouvait prévoir.

Les quelques barbistes qui avaient transporté, sous le commandement de Maugras, le théâtre de leurs exploits au lycée Impérial , furent rejoints par leurs condisciples de toutes les autres classes en 1 81 1 , de sorte que les rapports cessèrent entièrement avec le lycée Napoléon. Cette scission fut jugée si nécessaire que, pendant que M. de Lanneau travaillait à l'opérer, elle fut prescrite par le grand-maitre de l'Université lui-même.

La compétition du titre de Sainte-Barbe avait produit sur les enfants une émotion qu'empêcha d'abord de se calmer leur rencontre de tous les jours avec les élèves de M. Parmentier, car l'institution Parmentier suivait aussi le lycée ' Napoléon. M. Parmentier , homme pacifique et digne instituteur, avait été, nous l'avons dit déjà, l'instrument et non l'auteur du complot de 1807. Iljs'employa de tout son pouvoir à prévenir les effets d'une situation difficile. La paix ne se rétablit pas par ses efforts, parce qu'il restait la circonstance, devenue de notoriété publique, que deux

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professeurs et le proviseur du lycée Napoléon faisaient partie an sénat de la rue des Postes. Dès lors les élèves de M. de Lanneau virent partout de la partialité. Ils avaient tort sans doule, mais ces messieurs n'avaient pas non plus raison de conserver encore^ après ce qui s'était passé, leur patronage sur la maison de M. Parmentier. Vainement ils alléguaient les exemples fournis par Tancienne Université. Ce qui avait été tout naturel, avant rla Révolution, entre le Plessis et la Communauté de Sainte-Barbe, ne Tétait plus, sous le nouveau régime, entre un lycée, établissement de l'État, et une institution, établissement particulier, fréquentant le même lycée. IN 'y avait-il pas d'ailleurs la circonstance aggravante que l'institution s'était décla* rée lennemie d'une autre institution habituée aux mêmes classes ?

M. de Lanneau craignant de blesser M. de Wàilly s'il proposait le divorce, la rivalité ne fit que s'aigrir. Elle divisa bientôt la jeunesse du lycée en deux camps, et tout devint une occasion de rixe. Dans une mêlée qui eut lieu à l'entrée de la classe, le 1 8 décembre \ 808, un barbiste tomba évanoui d'un mauvais coup que lui porta un lycéen. Qu'on juge de l'esclandre qui suivit! L'élève blessé était le neveu, d'autres disent le fils du grand-maitre de l'Université*.

Un mot sur ce jeune homme, dont la courte existence a été un vrai roman. Il avait nom Saint- Marcellin. il fut le plus singulier mélange d'esprit, de valeur héroïque et de fatuité. Après avoir versé son sang à profusion dans les dernières guerres de

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