CHAPITRE m
Interrègne au collège. — Bail de la pédagogie de Sainte-Barbe à Nicolas Lemswcliant. — Antoine de Tremblay nommé principal. — Discussions et procès sur divers points concernant la situation respective du principal, des professeurs et des élèves. — Établissement de deux conseils de famille à Sainte-Barbe.
Lors du décès de Robert Certain, il se présenta un cas imprévu. Le comité supérieur était en plein désarroi. Un conseiller de la famille Lemaistre, qui avait succédé à M. Sapin, venait de mourir, et n'avait pas été remplacé; la même chose avait lieu pour le représentant de la Faculté de décret. Seul, le chancelier de Notre-Dame conservait ses pouvoirs, et il ne crut pas devoir en user pour désigner de son chef un autre principal. De là un interrègne. Le procureur et le chapelain se trouvèrent par le fait investis du gouvernement de Sainte-Barbe; mais ni l'un ni l'autre ne se sentant capable de diriger les études , il fallut aviser, par un prompt remède, à ce que le collège ne perdît pas tous ses élèves, car plusieurs émigraient déjà dans les établissements voisjps. Un maître es arts, nommé Nicolas Lemarchant, qui était entré depuis peu dans la société des théologiens de Navarre , fut sollicité de se prêter à la circonstance. On lui garantit pour trois ans les profits du pensionitat et la plénitude de l'autorité qu'un chef d'école doit exercer sur ses mai-
très et sur ses élèves. Il devait prendre le titre de princrpah, mais sans jouir des avantages que la fondation attachait à ce titre , et sans trouver mauvais qu'il fût porté simultanément par le successeur de Robert Certain, lorsque ce Successeur aurait été nommé. Il avait d'ailleurs à acquitter les charges auxquelles étaient tenus envers le collège les principaux élus selon le vœu de Robert Dugast*. Telles sont les conditions auxquelles le commandenient suprême fut exercé sur la légion barbiste, depuis la fin de Tannée 1568 jusqu'à la rentrée des classes de 1 571 .
Nicolas Lemarchant fut connu en son temps pour un homme de beaucoup d'instruction et d'une grande ferveur religieuse. Il se mêla de controverse. Launoy avait lu de lui une réfutation du calvinisme , qu'il écrivit en français , afin de contre-bal ancer l'effet des petits livres dont les protestants inondaient les villes et les campagnes*. Il figure dans l'histoire de l'Université , sinon comme un adversaire déclaré des jésuites, du moins comme quelqu'un qui n'était pas leur ami. Lorsque ces religieux, jugeant le moment vtînu de faire profession publique à Paris, lancèrent leur demande d'autorisation au corps enseignant, Lemarchant était recteur, et ce fut à lui de mettre Taffaire en délibération. Voici en quels termes il la rapporta à Tas-
j* Comptes du collège pour les années 4568 à 1S74, Archive» cie l'Empire, H. 2808* ; Archives de l'Université, Reg. 243, juillet ^571,
' â. Nous n* avons pas pu retrouver cet ouvrage, qui est intitulé : «^Claire probation de la foy et doctrine ehrestienne cbntret les pau- 'Vl'^îs. .séduits. »' Gf, Launoy., Régie ^avartx §ynmasii historla, p. 75i.
semblée du 8 octobre 1564 : (c l^s jésuites demandent avec toutes sortes d'importunitéà qu'on lesadmette dans le sein de l'Université , et qu on leur accorde le droit d'enseigner. Voyez ce que vous voulez qu'il soit fait à cet égard. » Et après qu'il eut laissé s'apaiser Forage auquel donna lieu cette ouverture , prenant de nouveau la parole pour résumer les débats, il dit : (( Votre conclusion est telle : s'il est un lieu où se fasse sentir la pénurie de professeurs, qu'ils y aillent , mais qu'ils n'introduisent pas une affreuse discordance au milieu de la belle harmonie dont l'Université de Paris donne le spectacle ^ »
Nicolas Lemarchafat ne fit pas de brillantes affaires à Sainte-Barbe. Installé dans un temps de trouble, il eut d'abord les circonstances contre lui , et se vit con* traint dé diminuer le nombre des classes; puis, pour faire honneur à ses engagements, qui étaient de rendre rétablissement dans l'état où il l'avait pris, il se consuma en efforts pour rétablir les classes supprimées '. L'expiration de son bail fut pour lui une véritable délivrance. Néanmoins il avait su dans mie opération si ingrate montrer assez de capacité pour qu'un florissant collège désirât passer sous son gouvernement, n'attendant pour cela que le moment où il sortirait du nôtre. Nous voulons parler du collège de Boucour, rendu célèbre au seizième siècle par la famille Galland , qui lui fournit une longue suite de principaux habiles. Lemarchant est le seul étranger qui inter-
4. « Ibi ubi est magna praeceptorum penurîa doceant, nec hic Lutetise,ubi est puleherrima raÇt; artium, inducant deformissimam âxa^iav. » Dubonlay, Historia Unw, Paris», t. VI, p. 584.
2, Comptes du collège, Archives de PEnipire, H. 2808*.
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rompit cette dynastie brillante ^ La maison lui doit d avoir compte au nombre de ses professeurs le jeune calviniste converti y qui ne tarda pas à devenir le cardinal Duperron*.
Lorsque s'éloigna le quasi-principal, pour lequel des circonstances impérieuses avaient forcé de créer un pouvoir non prévu par la fondation, un autre principal, élu depuis plus de deux ans conformément à la même fondation , attendait patiemment Flieure où il entrerait ^i jouissance de ses droits. C'était Antoine de Tremblay, homme de bien et taillé de toutes pièces sur le patron de ceux qui édifièrent jadis la prospérité du collège.
Antoine de Tremblay est certainement de la même famille qu'un autre Tremblay qui fut un sculpteur en réputation du temps de Henri IV et de Louis XIII, car tous les deux naquirent à Louvres en Parisis*. Le nôtre fit ses premières armes dans l'enseignement au collège des Bons-Enfants. II. passa ensuite à La Marche, où vint le trouver la dignité de procureur de la nation de France^. Son intégrité et un talent à part qu'il avait pour s'adresser à Tintelligence de la jeunesse le mirent en renom comme examinateur. Nul ne fut appelé plus souvent que lui à juger les épreuves pour la
1 . Fait ignoré de Duboulay, qui donne Jean Galland pour le successeur immédiat de Guillaume Galland. Historia Unw, Paris, ^ t. VI, p. 967.
2. P, Bertii oratio i/i qua suas in Galliam migrationis comiliorumque rationem exponity habita Lutetiœ Paris, in coll, Becodiano, In-4, Paris, i620. '