‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 3)Chapitre 9 sur 145 · Duboulay, Historia Univ. Paris, t. VI, p · texte numérisé non relu

Duboulay, Historia Univ. Paris, t. VI, p

« M. le recteur, et après lui M. Démocharès ont expose le motif de la réunion.

« M. Vignier, procureur général de l'Université, a déclaré ensuite que des déserteurs de collège avaient reçu asile dans d'autres collèges, et qu'ils y vivaient sans assister à la messe ni à aucun autre office divin. Il a requis, en conséquence, que les professeurs et maîtres fussent personnellement adjurés de dire ceux qu'ils savaient être dans ce cas, en procédant néanmoins de telle sorte que, les noms des dénonciateurs étant tenus secrets, on n'inscrivît que ceux des sujets dénoncés.

(c Maitie Robert Certain, principal du collège, après avoir donné la liste des régents et pédagogues de sa maison, a prêté le serment dans les termes prescrits pour les principaux. Ensuite les maîtres, l'un après l'autre, ont été appelés à la profession de foi, qu'ils ont faite après la lecture préalable des articles du formulaire.

« On a confié au sieur principal, ainsi qu'aux maîtres, le soin de faire passer un examen semblable aux élèves , en leur enjoignant de déclarer ceux chez qui ils trouveraient des opinions contraires à la reli-

gion*. »

Lorsqu'on a recours à de pareils moyens, on n'est jamais content du résultat. Le parlement fit recommencer la visite une troisième fois par un arrêt du 21 août 1 568, où il est dit que : u Aucuns disans vouloir vivre en liberté de leur conscience, faisoient en leurs collèges et maisons plusieurs pépinières de gens mal

i. Archives de rUniversité, Registre 23, fol, 610.

sentans de la foy : qui estoit cause que le recteur n'estoit aucunement assisté, ou bien peu, quand il alloit aux processions et autres actes religieux ; aussy que les parens estoient di\ertiz d'envoyer leurs enfaiis au collège*. »

La dépopulation de l'Université n'était en effet que trop certaine. Ce rendez-vous de la jeunesse européenne ne redevint plus jamais, depuis la dispersion de 1 562, ce qu'il avait été auparavant. Robert Certain réprouva d'une manière cruelle. Il vil décliner insensiblement son collège de Coqueret. Déjà, après les premiers troubles, il avait été obligé d'en louer une partie à des ouvriers de tous les métiers. Il parait qu'il essaya d'arrêter la ruine de cette maison en y fondant des bourses, comme son oncle avait fait à Sainte-Barbe ; mais sa tracassière humeur compromit cette œuvre avant qu'elle eût été assez solidement assise. Il disputa, par un procès qu'il perdit, la tutelle de ses boursiers à la nation de France", et sa succession ne trouvant que des choses ébauchées et pleines d'embarras, se fit délivrer par la justice du souci d'un établissement qui, après information faite, put être qualifié de « collège imaginaire'. »

- Ainsi Robert Certain perdit à la fois l'une des belles sources de son revenu et l'argent au prix duquel il avait cru acheter la gloire d'être placé , avec Robert Dugast, au nombre des bienfaiteurs de la jeunesse.

i . Félibien, Histoire de Paris, t. IV, p. 824.

2. Ms. de la biblioth. Mazarine, H. 2682 A, à l'année 1568, fol. 93.

3. Jaillot, Recherches sur la ville de Paris, t. IV, dix-septième quartier, p. 39.

Il 3

S'il niaiotint renseignement à Sainte* Barbe sur le pied où rayaient mis ses prédécesseurs, il est probable que ce fut également au prix de plus d'un sacrifice*

Ne lui marchandons pas le seul éloge qu il paraisse avoir mérité. Tout en travaillant à ruiner la nouvelle organisation du collège, il mit de l'amour-proprc à lui conserver son ancien renom. Sauf pendant deux ou trois ans, où la misère fut à .son comble, le nombre des classes resta sous lui ce qu'il était à la retraite de Jacques de Gouvéa. Il continua d'y avoir à Sainte- Barbe neuf régents pour la grammaire et les humanités, un pour le grec et trois pour la philosophie. Une chaire de métaphysique fut même ajoutée, dans un moment, à celles de logique, de dialectique et de physique ^ On verra un peu plus loin que les hommes employés pour ces divers enseignements ne furent pas indignes de leurs devanciers.

Robert Certain mourut le 17 novembre 1568, redevable envers le collège de huit termes de son loyer, qu'il ne voulait plus payer depuis deux ans. A l'heure où l'on a coutume de pardonner, il ne pardonna pas. Sous un masque de charité, il emporta dans la tombe toute l'aigreur de sa rancune. Il légua au Bureau des pauvres la totalité de ses biens, y compris le cinquième de la propriété de Sainte-Barbe; et pour consoler le collège de cette distraction désastreuse, il lui fît un legs dérisoire, auquel on trouva plus profitable de renoncer. La chapelle garda son calice, et ce fut tout ce qu'on eut de lui. Il traita de la même façon sa famille,

1. Procès-verbal de la visite du président de Thaa, Archives de l'Empire, S. 6516.

OÙ étaient les premiers pauvres auxquels il semble qu'il aurait dû songer. Un sien neveu, qui était son domestique, eut pour unique héritage le souvenir des profits qu'il lui avait fait gagner en l'employant pour monter la garde, quand c'était le tour de Sainte-Barbe de fournir les sentinelles*. Il laissa un meilleur souvenir de lui aux régents du collège et à ses paroissiens. U légua pour les premiers une rente de trente-sept livres à distribuer entre eux chaque année*, et pour l'usage des autres il fit creuser un puits au carrefour Saint- Hilaire. C'était le Puits-Certain, qui fût comblé au commencement de ce siècle, et dont la mémoire s'est conservée par l'enseigne d'un pâtissier célèbre. La léte de veau farcie, sans laquelle un grand dîner du temps du premier Empire aurait passé pour incomplet, n'était bien apprêtée qu'au Puits-Certain. Depuis lors, des tourtes et des brioches d'une qualité particulière ont succédé aux têtes de veau. Grâce à ces produits, le nom du neveu de Robert Dugast est encore prononcé aujourd'hui. C'est une singulière renommée pour un instituteur de la jeunesse • Elle est conforme cependant à la première impression que le personnage donna de lui dans l'Université , puisqu'il nous reste sur son compte le témoignage écrit qu'il avait passé le temps de ses études à la cuisine *.

i. Comptes du collège pour les annies f568 et 1569, Archives de l'Empire, H. 2^8^; Notes historiques sur Sainte*Barbe, Archives de rUniversité, carton 2f .

Page 1