Nouvelles ecclésiastiques, n** du 4 juin i
Pori- Royal. CoUard le seconda dans ce dessein. Puis leurs \ues s'agrandirent. Ils conçurent l*îdee d\ni journal clandestin qui répandrait çt défendrait la docr Irine de la Ferité. Deux autres amis entrèrent dans la confidence, et Ton trouva le mode de fabrication et de distribution des fameuses Nouvelles ecclésiastiques^ que M. Paris n'eut pas la consolation de so\v paraître. Il mourut le 1*' mai 1727, et fut enterré dans le cimetière de Saint-Médard. Des exalté^ de bas étage éprouvèrent ou crurent éprouver des tremblements en s'approchant de son tombeau. Ils le dirent : cela fit du bruit, et bientôt un peuple de fanatiques tomba en convulsions sur le tombeau du bienheureux.
Les Noui^elles ecclésiastiques et les convulsions amenèrent dans le monde religieux une nouvelle crise, dont on profita pour en finir avec la Communauté de Sainte-Barbe.
Cette pauvre institution fut dans un état singulièrement précaire après la mort de M. Durieux. M. Besoigne, qui essaya de faire valoir ses droits, ayant été, repoussé avec perte *, elle n'eut plus de chef avéré, elle n'appartint à personne et ne tint à rien, n'ayant ni dotation, ni propriétés, ni existence légale. Cependant elle était capable de subsister par l'esprit, l'esprit de charité et de désintéressement qui cimenta la plus touchante union entre les supérieurs qui la dirigeaient. Ceux-ci formèrent un conseil de six personnes, où la priorité fut déférée à Tâge.
i. Registre des prieurs de Sorbonnc, aux Archives de l'Empire, M. 276, p. 79 ; Lettre de cachet du d6 août 1727, Ms, de la bibliothèque de l'Université, U, I, 7*, foM41.
Voici les noms de ces dignes ecclésiastiques : M. Lenglet, supérieur des Humanistes, forcé d'accepter le premier rang à cause de ses cinquantedeux ans ;
M. Roussel, supérieur des Théologiens, qui avait exercé le commandement général du vivant de M. Du-
rieux ;
M. Fleuri, supérieur des Philosophes, mort quelque temps après, et remplacé par M. Creusot;
M. Lasserai, coadjuteur de M. Lenglet dans la supériorité des Humanistes ;
M. Mariez, procureur des Humanistes, chargé de Tadministration générale ;
M. Denatles, répétiteur des Théologiens, dirigeant en même temps Tinstruction religieuse de toute la
maison V
Tous ces hommes avaient passé leur vie à Sainte- Barbe et n'étaient connus que là, sauf M. Denattes, qui s'était fait de la réputation par des conférences à Saint-Étienne du Mont. Tous étaient également humbles et modestes, ne cherchant quà montrer leur obéissance aux autorités temporelles, quelles qu'elles fussent. Leur situation leur imposait deux tuteurs : d'une part, le principal du collège, alors François Menassier, sulpicien, c'est-à-diie moliniste, par con* séquent malintentionné, mais tenu en bride par son conseil de surveillance, où figurait le plus clairvoyant, le plus fougueux, le plus redouté des jansénistes, l'abbé René Pucelle, doyen des conseillers-clercs du
i. Nouvelles ecclésiastiques, n°' du 26 octobre 1730 et du dC avril 1776; Abrégé de la vie de M. Creusot (in-12, 1764), art. 1 ; Nécrologe des Amis de la Vérité, p. 387.
parlement' ; d'autre part ru niversitéy en partie janséniste^ tout entière opposée à la Bulle, noiaîs percée à jour par la police et placée sous une surveillance de tous les instants. Que de périls pour rinstitulion orpheline au soutien de laquelle s'employaient tant de mains croisées et armées les unes contre les autres !
Il y eut néanmoins un danger encore plus grand. Ce fut le bruit que firent dans toutes les paroisses de Paris et dans tous les diocèses de France les Gilotins sortis du collège. La propagande janséniste n'avait pas d'agents plus actifs. Lorsqu'on cherchait à s'éclairer sur les prédicateurs dénoncés par les évêques, sur les maîtres des écoles fréquentées par les enfants des familles dissidentes, sur les auteurs déclarés ou anonymes d'un déluge d'écrits suspects^ il était rare qu'on n'arrivât pas à trouver d'anciens élèves des Conaraunautés de Sainte-Barbe. Le gouvernement attribuait à eux. seuls la confection des Nouç^elles ecclésiastiques. Exaspéré de ne pouvoir surprendre la fabrique du journal, il se laissa dire que les Gilotins du dedans s'en acquittaient, de complicité avec les Gilotins du . dehors, et qu'en fouillant Sainte-Barbe on y trouverait, sinon l'imprimerie, du moins le dépôt des feuilles imprimées. Une visit% de pohce fut ordonnée pour constater le fait.
Le 7 mai 1 728, un commissaire se présenta au collège, accompagné d'archers et d'inspecteurs de la librairie. Il dit qu'il avait l'ordre de vérifier si certain
i. Nouvelles ecclésiastiques, n° du 23 janvier 1745; comptes du collège Sainte-Barbe, Archives de l'Empire, H. âSOS *.
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carton sur la Grâce, imprime claDdestinement pour joindre au catéchisme de Montpellier , ne serait pas dans la maison. On «xamina les livres l'un après l'autre, et surtout les livres en feuilles» On ne trouva ni le carton sur la Grâce, ni rien qui se rattachât de près ou de loin aux Nouvelles ecclésiastiques^.
Cette expédition suivit de près un synode d'évêques, ^ que le cardinal de Fleury, alors premier ministre, avait convoqué au Louvre. On dit que dans cette assemblée il fut fort question de Sainte-Barhe, et (jue les prélats s'accordèrent à en conseiller la destruction au cardinal. N'auraient-ils pas aussi indiqué la visite des livres comme un moyen facile d'arriver à ce résultat?
Cependant l'agitation était extrême dans Paris, surtout dans le Paris de la rive gauche. Elle avait pour cause non pas tant le débordement des écrits clandestins et les soi-disants miracles de Saint-Médard, que les exils, les emprisonnements, les condamnations au carcan, qui pleuvaient sur tous, clercs et lais, hommes et femmes, l'autorité frappant à tort et à travers quiconque faisait mine de résister plus longtemps sur l'article de la Constitution*. Chaque jour de nouveaux actes de rigueur étaient dénoncés.
La Communauté de fiicêtre fut dissoute au mois d'avril 1730*. Dès lors ceux de Sainte-Barbe furent aux écoutes, croyant à tout moment entendre quelqu'un venir, et se disant entre eux, comme si les persécu-