Nouvelles ecclésiaadqaes^, n<> du. moi
teurs étaient déjà présents : « C'est ici notre heui-e et la puissance des ténèbres. »
Après mûre réflexion, le cardinal de Fleury s'arrêta non pas à détruire, mais à confisquer l'œuvre de M, Durieux. Son dessein fut de la mettre entre les mains des sulpiciens, sous Tinspection de Tarchevé— que de Paris. Les sulpiciens étaient ennemis des jésuites, mais ultramon tains comme eux. Us avaient un homme de leur bord en M. de Vintimille, successeur du^cardinal de Noailles. Tout fut conduit avec le plus grand secret jusqu'à la rentrée de 1730, qui fut le moment que Ton choisit comme le plus propre à empêcher la désertion des élèves. Les vacances achevées, lorsque le troupeau fut au complet et que le travail eut commencé dans les classes, le ministre lâcha les exécuteurs de ses œuvres.
Le samedi 7 octobre*, à sept heures et demie du matin, pendant que les trois Communautés assistaient à la messe, M. Hérault, lieutenant général de police, arriva à Sainte-Barbe, accompagné du procureur du roi au Châtelet, de deux commissaires, du commandant du guet et d'environ quarante archers. Une partie des exempts se saisit des portes, quelques-uns se postèrent dans la cour, d'autres investirent les dehors. Dès que l'office fut achevé, les supérieurs, qu'on avait avertis, dirent aux élèves de rester dans la chapelle et sortirent seuls pour aller trouver M. Hérault. Celui-ci les attendait dans l'un des réfectoires. Il leur dit : « Vous avez le malheur d'avoir encouru ia disgrâce
4 . Le récit qui suit est puisé presque tout entier dans les Nouvelles ecclésiastiques, n° du 26 octobre 1730.
DE SAIHTE-BARBE. âd9
du roi. Sa Majesté est informée que depuis longtemps on inspire ici à la jeunesse des sentiments de révolte. »
U: Roussel répondit : a La relt^ou du roi a été visiblement surprise, car il y a peu de maisons où Ton ait une plus haute idée de l'autorité royale et de Tobéissance qui lui est due. Nous savons, monsieur^ la doctrine de saint Paul dans le XIIP chapitre aux Romains, et nous renseignons aux jeunes gens. »
M. Hérault repartit néanmoins que Tintention du roi était de renvoyer les supérieurs de la maison, et d'en mettre d'autres à la place^ qui avaient été choisis par M. l'archevêque. 11 ajouta que Sa Majesté avait d^jà affecté au collège une abbaye de huit mille livres de revenu,, et qu'elle y en affecterait d'autres; que l'op conserverait les mêmes exercices et règlements, qu'il n^était question que de changer l'esprit; que tels étaient les ordres qu'il était chargé de faire ccmnaitre et d'exécuter. Et sur ce qu'on lui demanda de montrer sa commission^ il dit qu'il représentait le roi, et qu'on devait le croire sur parole. Toutefois il voulut bien lire une lettre qu'il dit lui avoir été adressée par le roi,^ et où il lui était enjoint de se transporter au collège Sainte-Barbe, et d'y destituer huit personnes^ dont les six. qui ont été nommées au commencement du chapitre, et deux autres qui étaient absentes pour le moment, MM. Clirétien et Duhamel, procureurs de la Communauté des théologiens et de celle des philo sophes. Le lieutenant de police devait établir, au lieu de ces messieurs, les sieurs Guimbert, Parent, de la Hautoxiaison, Salmon, Hameau et Tandeau»
Âprès^ la lecture de eettie pièce, dont M., Héraull re-
(usa de donner copie, le commandant du g^uet exhiba huit lettres de cachet adressées à chacune des huit personnes disgraciées, pour qu'elles eussent à sortir immédiatement du collège, et dans quatre jours de Paris, d'où elles s'éloigneraient à la distance de vingt lieues. On exigea de ceux qui étaient présents la promesse écrite d'obéir à cet ordre. En donnant leur signature, ils réitérèrejit chacun à part soi, et tous ensemble par la bouche de M. Roussel, le témoig^nage de leur soumission au roi, mais aussi celui de la douleur que leur causait leur séparation d'avec leurs élèves. « Vous rompez, dit M. Roussel, un pont de la miséricorde de Dieu pour une multitude de jeunes gens qui recevaient ici une éducation chrétienne. » Quelqu'jim s'approchant alors de M. Hérault pour lui suggérer une idée, il en parut offensé, et répondit assez haut : a Laissez-moi faire, mon plan est là (montrant son front); rien de plus sage que les mesures que j'ai prises. Vous allez voir que tout va se développer. » Sur ce arrivèrent les six nouveaux supérieurs (c choisis par Sa Majesté, » ainsi que les présenta M. Hérault, qui les avait dits tout à l'heure choisis par Tarchevêque. Ils avaient à leur tête M. Romigni, docteur de Sorbonne et vicaire général de M. de Vintimille. Quelqu'un s'étonna qu'ils ne fussent que six pour tenir lieu de vingt- sept mai très qui travaillaient dans la maison, et qui y avaient rendu les études si fortes qu'il ne semblait pas facile de leur trouver des remplaçants. Le lieutenant de police répondit : « Vous imaginez- vous qu'il n'y ait personne après vous qui sache instruire la jeunesse ? Dans ce monde personne ne doit se croire nécessaire. Le roi prend ce collège sous
sa protection ; il l'honorera de ses bienfaits, et dans peu on le verra plus florissant qu'il n'a jamais été. » Après cela il offrit aux supérieurs destitués d'emporter leurs meubles et ustensiles ou de les céder à leurs; successeurs sur une estimation faite à l'amiable. On les laissa délibérer sur cela dans le réfectoire gardé par les exempts, pendant que M. Hérault et le grand-vicaire allèrent dans la chapelle haranguer les enfants, qui y étaient enfermés depuis la messe.
Le magistrat parla le premier. 11 dit que Sa Majesté, mécontente à juste titre de la mauvaise éducation qu'on leur avait donnée, venait de leur ôter les maîtres qui leur avaient inspiré des principes de révolte contre l'autorité de TÉglise ; qu'elle leur en donnait d'autres qui ne les instruiraient pas moins bien dans les belles-lettres, mais seraient des guides plus sûrs pour diriger leur conscience. Il assura qu'ils n'avaient rien à craindre de ce changement; que ceux qui avaient été nourris et enseignés gratuitement le seraient de même ; qu'on ne changerait rien sinon quant à la doctrine, ce Pensez-y bien, mes enfants, ajoutat-il : ce jour est décisif pour votre fortune. S'il y en avait parmi vous en qui les anciens préjugés eussent fait une telle impression qu'on ne pût les faire revenir, ils n'auraient qu'à se résoudre à suivre leurs maîtres dans leurs exils et dans leurs disgrâces. » Il finit en disant qu'il avait parlé au nom du roi, et que M. Romigni allait leur déclarer les intentions de leur archevêque.
M. Romigni prit alors la parole. Au dire des jansénistes, il était si embarrassé et si mal servi par sa mémoire qu'il eut besoin plusieurs fois de consulter
un papier quil tenait dans son chapeau. Uéloge de réloquence, du zèle, de la piéoé du grand magistrat qui venait de parler lui servit d'exorde j après quoi il prêcha robéissance aveugle envers les nouveaux supérieurs, loua les anciens sur leur manière d'enseigner les belles4ettres, mais blâma Tesprit de révolte et d'erreur où ils avaient mis les élèves par leur manque de soumission aux décisions de FÉglise ; et pour rassurer la conscience de ces enfants, il leur dit que^ si par impossible ils venaient à être trompes, ils n'auraient rien à craindre, puisque, quand ils paraîtraient devant Dieu, ils n'auraient qu'à se prévaloir de la parole de Pierre de Blois : Domine^ si decepù sumuSj a te decepti sumus.
Tout cela fut reçu dans un morne silence, plusieurs affectant de prier, un des plus jeunes dans cette posture fondant en*larmes* M. Hérault s'applaudit néanmoins de la docilité qu'il prétendit trouver en ces enfants ; mais il n'osa pas persévérer dans l'idée qu'iJ avait eue de les faire déjeuner dans la chapelle, afin qu'ils n'eussent pas de contact avec leurs anciens supérieurs.
Ceux-ci cependant avaient consenti à laisser leurs meubles, et les gens de la police se mirent à en faire l'inventaire. On trouva dans une chambre une estampe qui représentait un pauvre commissionnaire condamné récemment avec la plus grande rigueur pour avoir colporté des écrits contre la Bulle. Le procureur du roi l'apporta au lieutenant de police, qui s'écria : <( C'est abominable! un homme condamné par un tribunal légitime selon toutes les règles,, il» 1^ canonisent l »
Tantôt après ce fut bien autre chose. On vint dire que les écoliers reliraient leurs couverts du réfectoire', comme s'ils se disposaient à faire leurs paquets. M. Hérault de se porter sur-le-champ dans la cour, et de dire aux élèves, avec une colère mal contenue, que c'était là l'efFet des sentiments de révolte qu'on leur avait inspirés^ qu'il défendait à quiconque de sortir sans sa permission, que le roi serait informé de leur conduite, et que le premier qui désobéirait irait au cachot. Alors, avisant un des maîtres qui parlait dans un groupe et qu'il supposa à lort souffler la rébellion, il s'emporta contre tous les maîtres, en les appelant petits prestolets, et qu'ils ne suivaient pas l'exemple que leur donnaient leurs supérieurs, et qu'un homme comme lui, qui gouvernait tout Paris, saurait bien régler les affaires d'un petit collège.
Un des cuisiniers refusait d'apprêter le dîner. Il allilt capituler avec lui. L'indocile n'obéit que lorsque l'ordre du lieutenant de police lui fut transmis par le procureur destitué, M. Mariez. A quoi bon faire tant d'étalage de sa puissance^ lorsqu'on n'était pas de foroe à réduire un marmiton? M. Hérault, bon homme au fond, était aux abois de trouver tant de résistance. Il tournait et virait dans la cour, criant après tout le monde, et ne prononçant pafi dix paroles où il ne mît le mot de révolte. 11 s'aperçut enfin qu'il était observé. Il eut honte et rentra.
Toutes les fenêtres de derrière dei.ouis-le-Grand, qui demnaient sur la cour de Sainte-Barbe, étaient garnies de ^tètes de jésuites. Les bons pères regardaient les fruits de la guçrre allumée par eux, et que d'autres mains que les leurs s'apprêtaient à re-
cueillir. Ils commençaient à fléchir sous le poids de i'aversion publique. Le nouvel archevêque ne leur avait pas encore rendu le pouvoir de prêcher et de confesser, dont ils avaient été privés par M. de Noailles. Ils cherchaient à lire dans l'événement qui se passait sous leurs yeux s'il présageait la fin prochaine de leur 'humiliation. Ils assistaient donc en spectateurs impassibles. L'un deux cependant se mit à rire. Ce fut probablement de la confusion de M. Hérault. Les Gilotins crurent que c'était de leur disgrâce, et ils se mirent à jeter des pierres*. Mais cette démonstration fut aussitôt réprimée. M. Creusot étant venu à passer dans la cour sur ces entrefaites, les élèves, grands et petits, l'entourèrent, l'embrassèrent et lui exprimèrent leur chagrin.
Il s'agissait de retenir au moins quelques-uns des maîtres. M. Hérault les fit venir dans le réfectoire, et leur promit toutes les faveurs du roi et de l'archevêque s'ils consentaient à continuer leurs fonctions sous les nouveaux supérieurs, leur déclarant que, s'ils ne voulaient pas, ils eussent à sortir sur-le-champ. Chacun répondit qu'il voulait profiter de la liberté que le roi lui laissait. Sur quoi le magistrat irrité dit à l'un des supérieurs : « Eh bien, voilà ce que \ous appelez soumission! S'ils avaient le moindre respect pour le roi, ne devraient-ils pas se faire un devoir et un plaisir de rester? — Le roi, répliqua le supérieur^ ordonne aux uns de sortir, et ils sortent ; il ne commande pas aux autres de rester, et ils usent de cette liberté. Où est la désobéissance? » On représenta