Nécrologe des Amis de la Vérité^ p
putatioD dans le monde ni patrons d'aucune sorte, épuisèrent sur eux les rigueurs du despotisme. Le Nécrologe des jansénistes est plein de ces martyrs obs* curs. Nous mentionnerons un chanoine de Chablis du nom de Grillot, dont les tribulations surpasserait celles des autres*
Dès sa sortie de Sainte-Barbe^ il s'était voué à la propagation des bons livres. Quelques jours avant répuration de la Communauté^ il fut arrêté dans la cave d'une maison de la rue de la Clef, qui servait d'atelier à une imprimerie clandestine. On le trouvai corrigeant les épreuves d'un ouvrage défendu. Il fut conduit en prison. On songea, au bout de sept mois de détention, à le déférer à la justice, pour faire vm exemple dans le public. Il comparut au Chàtelel^ mais seulement pour la forme, car avant le jugement Yéchafaud était déjà dressé sur la place de Grève. U y monta, an sortir de l'audience, pour feire deux heures de carcan* On lisait siu* son écriteau : « Correcteur d^écrits prohibés. » Toutes les forces de la police avaient été déployées afin d'environner le supplice de plus de terreur. Mais> au lieu d'effrayer, on ne fit qu'attiser la passion religieuse. Les bonnes gens des paroisses jansénistes s'étaient donné le mot pour venir avec leurs livres de messe. Aussi longtemps que dura l'exposition, on pria publiquement, ainsi que faisaient les premiers chrétiens au supplice des martyrs *.
Grillot reçut ensuite l'ordre de s'expatrier. li fit semblant de gagner la frontière, puis revint par un détour, et s'enfonça dans les pays du centre. Il erra
1. Nouvelles ecclésiastiques, 17 septenihre 1 730 et 9avril. I73i.
de presbytère en presbytère, cbez les curés qu'il savait disposés à le cacher chez eux. Lorsqu'il se fut écoulé assez de temps pour qu'il crût qu'on ne songeait plus à lui, il reparut au grand jour. Aussitôt il fut atteint par un nouvel ordre de bannissement, dont il chercha encore à éluder l'effet. Cette fois il s'enfuit dans les montagnes. Deux autres pçêtres réfractaires ayant fait société avec lui, tous les trois habitèrent les ruines d'un château inaccessible dans le Limousin. Là leur existence resta longtemps un secret, mais enfin la maréchaussée découvrit leur piste. Ils furent traînés, les mains liées, au château d'Angoulême. Grillot ne sortit de cette prison que pour aller en Hollande, où il lui fut permis de se donner enfin la consolation de publier des livres jansénistes*.
Les Gilotins sont encore a compter parmi les victimes sans nom qui allèrent languir dans les prisons de l'État, sans que personne se soit inquiété de ce que ces malheureux étaient devenus. Après là prise de la Bastille, on y trouva une collection de livres et d'écrits jansénistes, désignés comme pièces saisies sur des personnes qui avaient été incarcérées entre 1 727 et 1732. Il V avait dans le nombre un « manuscrit contenant les règlements de l'éducation des humanités de la maison de M. Durieux, au collège de Sainte- Barbe*. »
On pense bien que les maîtres de pension et instituteurs ne furent pas les derniers à se ressentir des alarmes du gouvernement.