Nécrologe, t. II, p
de cachet en forme! Eh bien, si vous prenez un seul pensionnaire de Sainte^Barbe, vous en aurez une qui vous reléguera à deux cents lieues d'ici. »
A M, Texier, dont le pensionnat florissait^depuis 4710, le magistrat dit : «x M. le cardinal-ministre a appris que vous retiriez chez vous des élèves de Sainte- Barbe. Il vous défend de le faire, à moins que vous ne vouliez qu'il vous arrive du chagrin. » M. Texier nia le fait, mais rendit hommage aux élèves de Sainte- Barbe en déclarant qu'il s*élait toujours bien trouvé de choisir des maîtres parmi eux. Il fut noté comme un opiniâtre. Les tracasseries qu'il ne cessa d'éprouver depuis Tobligèrent de transporter son établissement à Villiers-le-Bel. En 1736, il fut accusé de s'être éloigné à la campagne pour refaire, loin des yeux de Fautorîté, un essaim de Sainte-Barbe. L'intendant de Paris lui donna dix jours pour renvoyer ses élèves, sous peine d'être incarcéré avec ses régents. 11 réclama contre cet ordre, trouvant trop dur qu'on le mît en . demeure de se détruire lui-même. On envoya prendre les noms des enfants, et on écrivit aux parents de les venir chercher *.
Enfin il n'est pas jusqu'aux personnes ayant eu des enfants à Sainte-Barbe qui n'aient éprouvé des disgrâces, sinon de la part du gouvernement, du moins de la part des évêques. Elles furent dés premières auxquelles on refusa les sacrements. M. de Maniban, nouvel archevêque de Bordeaux, étant entré en possession le 21 novembre 1730, fut harangué le lende-
1. Nouvelles ecclésiastiques, ti® du 20 octobre 1730, et l'année 173G, p. i 41 ; Registre de l'Université, n°41,fol. 468.
main par le clergé de la ville. Il prît à part le confesseur d'un bourgeois dont le fils venait de sortir de la Communauté, et lui dit qu'il lui otait ses pouvoirs pour cet individu, parce qu'il était ennemi de h Bulle K
Au milieu de ce déchaînement contre Je nom de Sainte-Barbe, ceux qui voulurent en garder le slig* .mate, sans s'exposer à la persécution, n'eurent pas d'autre ressource que d'entreprendre des éducatioDS particulières, ou de se réfugier sous l'autorité de quelques évêques tolérants de ce temps-là. Nous avons déjà signalé M. de Caylus à Auxerre ; il faut nomi»^'' encore le neveu de Bossuet à Troyes, et plus tard M. de Fitz-James à Soissons. Ainsi se conserva un arrière-ban de Gilotins, qui vieillirent dans leur foi, sans s'apercevoir du changement que le dix-huitième siècle opéra dans les esprits. Lorsque les querelles religieuses furent apaisées, ils reprirent la plume, et caii- • sèrent l'étonneraent par l'excentricité de leurs écrits. Après Voltaire et Rousseau, ils écrivirent encore comme ils auraient fait en sortant des conférences de M. d'Élemare. Un abbé Malot, homme de mérite pourtant, disserta jusqu'en 1785 sur l'époque présumable de la conversion des Juifs ^
Les jeunes gens qui furent chassés par Tévéneuient de 1730 rentrèrent peu à peu dans les établissements de l'Université. L'écrasement du parti et la surveillance dont ils savaient être l'objet les rendirent plus circonspects que leurs aînés. La plupart se mirent dansTen-
i . Nouvelles ecclésiastiques du* 25 janvier i731. 2. Biographie universelle, art. Malot.
seignement et y passèrent leur vie. Jean-Louis Savouré fut de ce nombre. Il obtint de l'Université, en 1734, le jour de la Sainte-Barbe (circonstance qui ne fut' probablenrient pas refiet du basard), la permission d'ouvrir un pensionnat à Paris \ Un abbé David, qui paraît s'être abrité sous son nom, fut son collaborateur. L'abbé David était grand ami de Gourlin, de sorte que celui-ci n'épargna ni ses conseils ni sa peine pour que la nouvelle institution fût faite autant que possible à l'image de Sainte-Barbe. Elle commença dans la rue Copeau, et eut pour voisin, dans la rue Neuve-Saint-Etienne, Rollin ', qui l'aida aussi de son expérience et la mit en bonne odeur au collège de Beauvais, dont ses élèves suivirent les leçons*. La direction de ces vénérables maîtres porta bonbeur à M. Savouré. Il semble qu'elle ait animé son œuvre de l'esprit qui fait durer les cboses. L'institution Savouré, transportée dans la rue de la Clef depuis 1779, prospère encore aujourd'hui entre les mains de rarrière-petit-fils du fondateur. Elle est la seule de cette ancienneté qui ait traversé les plus mauvais jours de la Révolution, la seule aussi qui se soit transmise sans interruption de père
j. Archives de l'Université, Reg. 44, fol. 34.
2. La maison de Rollin est le n° 28 de la rue Neuve-Saint- Etienne. On lit encore au-dessus de la porte de l'escalier cette inscription que l'antiquité ne désavouerait pas :
Ante alias dilecta domus, qun, ruris et urbis Incola securus, meque Deoque fruor.
3. Notice historique sur l'Institution Savouré, par M. Louis Lacroix (in-8°, Paris, i 853) ; Lettre de Jean-Louis Savouré u son fils, en la possession de M. Achille Savouré.
en fils, et elle a subsiste sans autre soutien que le sa)timent honorable qui attache des hommes de bien à continuer la tradition de leur famille.