Nouvelles ecclésiastiques, année 1771, p
4. Mémoire n* 5 du nis. U, HI, 9, à la bibliothèque de l'Université.
religion, ils la dépeignirent sous des couleurs plus aimables, leur prêchant ou faisant prêcher que Tobéissance aux règles de la maison les sauverait infailliblement, a leurs péchés fussent-ils noirs comme Y encre ou rouges comme le vermillon^ » Enfin ils excitèrent rémulalion de telle sorte qu'à la fin de Tannée scolaire, ceux qu'on appela depuis lors les Barbistes avaient repris le rang occupé naguère par les Gilotins dans les classes du Plessis *.
C'est seulement lorsque la Communauté fut tout à fait réorganisée et qu'elle commença à faire de nouveau parler de ses succès, que l'on mit fin à l'étaf provisoire où l'administralion avait été maintenue jusque-là. Une leltre de cachet investit de la direct/on supérieure l'abbé Gaillande, employé déjà comme confesseur et réservé in petto pour la première place, car depuis le premier jour il n'avait pas cessé de prendre part à tous les conseils.
L'abbé Gaillande a été dépeint par les jansénistes sous les traits d'un monstre au physique et au moral'.. Nous n'avons pas pu trouver son portrait pour nous faire une idée de sa figure. Il y a eu de l'exagération quand on a fait de lui un scélérat. Ses actions le représentent plutôt comme un brouillon sans conscience^ un intrigant fastueux et vaniteux, qui mettait son amour-propre à se faire redouter. Il commença par se mettre au service du P. Tellier, qui l'employa pour mener l'arfaire de la bulle Unigenitus. C'est Gaillande qui se chargea de répandre dans le public la fable
1. Nouvelles ecclésiastiques, 29 novembre 1730. •. 2. Mémoire cité ci-dessus, p. 315, note 4. 3, Nouvelles ecclésiastiques, 2 octobre 1745.
DE SAINTE-BARBE, 3i7
forgée par le jësuîle, que Bossuet avait désavoué sa préface aux réflexions morales du P. Quesnel, ou du moins qu'il avait condamné cet écrit à ne point paraître qu'on n'eût introduit cent vingt cartons dans le livre du P. Quesnel. Ce nombre de cent vingt cartons, concordant juste avec celui des propositions condamnées par la constitution Unigenitus ^ tendait honnêtement à mettre sur le dos de Bossuet la doctrine professée dans la Bulle \
Pendant qu'il lançait ce brûlot , pour lequel le ministre Pontchartrain destitua le censeur qui avait donné son approbation , notre abbé entretenait avec le cabinet apostolique une correspondance suivie, pour indiquer la conduite que Rome devait tenir en conséquence de l'opinion qui se manifestait à Paris. Les opposants à la Bulle lui avaient imputé cela sur des rumeurs; M. Tabbé Guettée a retrouvé ses lettres dans les archives du Vatican; elles sont celles d'un espion '.
Le scandale qui s'attachait au nom de Gàillande lui valut l'exil après la mort de Louis XIV; mais sa disgrâce ne pouvait être longue sous le gouvernement d'un personnage tel que l'abbé Dubois. Il reprit bientôt les étriers. La Sorbonne, qu'il incommodait, refusait depuis plusieurs années de l'admettre à la dernière épreuve du doctorat : il lui fit forcer la main
i. Éclaimssements sur quelques ouvrages de théologie, par M*** (Noël GailIande), docteur de Sorbonne, Paris, in- J 2, 1712; Observations sur le livre intitulé : Éclaircissements, etc., Paris, in-12, 1713; Mémoires de l'abbé Ledieu, l. III, p. 333.
2. Histoire de TÉglise de France, t. XI, p. 311, 315; Notes au Journal de l'abbé Ledieu, t. III, p. 390.
par le ministre. Par là il prit séance aux assemblées de la Faculté de théologie, et commença à peser sur toutes ses délibérations. Ses collègues le tenaient pour un agent de police; tous les ultramontains trêmbiaieot devant lui. On raconte qu un jour, dans une corupa* gnie, un cardinal, parlant de lui, le déclarait: un ennemi de la société. 11 entre; rÉininence s'avance à sa rencontre et lui fait mille politesses. Elle s'en excusa eusuite eu disant que c'était un homme à ménstger parce qu'il était à craindre *.
M. de Vintimille, contre qui il fit écrire plus tard un insolent libelle, était au mieux avec lui en 1 730. Cest par ce prélat qu'il fut introduit à Sainte- Barbe, malgré la répugnance du cardinal de Fleury, qui Je trouvait trop i^îf. Sa mauvaise réputation fut certainement la cause pour laquelle on tarda tant à lui donner son brevet officiel. Lorsqu'il eut Sainte-Barbe, il voulut/ joindre la possession du Plessis, probablement pour rivaliser de gloire avec M. Durieux. La Sorbonne /ùt enchanlée de saisir cette occasion de se débarrasser de ses assiduités. Au collège, sa candidature causa au contraire un si grand déplaisir que les écoliers le brûlèrent en effigie. Néanmoins, entre sa nomination et sa prise de possession, il eut l'art de retourner totaJe- Ynent les esprits, si bien qu'on fit des feux de joie lorsqu'il fut installé*.
On put juger alors que sa méchanceté était, plutôt qu'autre chose, une contenance qu'il cherchait à se donner dans le monde. Il fut débonnaii^ à l'égard de
i, !Nouv elles ecclésiastiques, 2oct, 1745.