Mémoires secrets, 15 août
gol, lorsque celui-ci n'était encore qu'un jeune clerc étudiant en Sorbonne. Turgot avait fait ses classes au Plessis, et' par là se trouvait en relation d'amitié avec plusieurs des anciens élèves de la Communauté. Suivant le récit de Morellet, M. Sigorgne, professeur de philosophie au Plessîs , ayant reçu en confidence les vers de Tabbé Bon, les répandit par des copies qu'il distribua à plusieurs personnes et même à de ses élèves. Il fut arrêté et mis à la Bastille. 11 ne voulut jamais nommer Fauteur, quoique sa liberté fût à ce prix, et ne sortit de prison que pour être exilé à Vaucouleurs, lieu de sa naissance. L'abbé Bon, désespéré d'avoir fait le malheur de son ami , traîna depuis une vie languissante, et contracta une maladie à laquelle il succomba prématurément '.
Morellet ajoute que c'était un homme de beaucoup d'esprit et de talent, admirateur passionné de Vauvenargues et de Voltaire, remarquable avant tout par rénergie de son caractère. Ce dernier trait se concilie difficiiement avec la pusillanimité de sa conduite à l'égard de M. Sigorgne. Peut-être ne garda-t-il le silence que parce qu'il y fut contraint par ses supé- ' rieurs, épouvantés de ce qui serait advenu s'il avait été avoué que des outrages à la Majesté royale fussent sortis d'une maison qui recevait les bienfaits du roi. Le nouvel esprit apporté à Sainte-Barbe en 1 730 autorise cette conjecture, qui, si elle était juste, expliquerait encore qu'un honnête homme comme M. Machet ait achevé de prendre en dégoût une responsabilité dont il éprouvait déjà tant d'ennuis.
i . Mémoires de l'abbé Morellet (édition Lemontey), t. I, ch. i .
L'abbc Ducrocq, son successeur, était le protégé, et le protégé reconnaissant de Tarchevêque de Paris et de révêque de Mirèpoix, MM. de Beaumont et Boyer ^* Il laissa ces deux prélats s'ingérer aussi avant qu'ils voulurent dans les affaires de la Communauté , et il n'eut pas lieu de s'en repentir, car il reçut d'eux de quoi éteindre la plus grande partie des anciennes dettes. L'archevêque paya intégralement pour sa part tout l'arriéré de l'administration Macbet. Avec ce que fournirent plusieurs docteurs de Sorbonne et M. Ducrocq lui-même , on arriva à se libérer complètement".
En 1751, un arrêt du conseil d'État, qui força de vendre la maison de campagne achetée par Gaillande, procura un fonds de réserve pour les besoins éventuels de l'établissement; Voici pourquoi cette vente fut ordonnée.
La Communauté, n'ayant pas d'existence légale, ne pouvait posséder que sous des noms d'emprunt. Gaillande prêta le sien pour acquérir cette maison , qui était située à Gentilly. 11 s'ensuivit qu'à sa mort, des contestations s'élevèrent de plusieurs côtés à la fois. D'abord ses créanciei^s , qui étaient nombreux , prétendirent que la maison devait être portée à son actif. Le ministre, informé de cela, fit évoquer l'afFaire au Conseil d'État, en recommandant qu'on trouvât un moyen d'éviter les lenteurs et les frais. Le Conseil nomma une commission extraordinaire^ composée du.
i. Nouvelles ecclésiastiques, année 1748, p. 112. 2. Mémoire n** 6 pour rarchevéque de Paris, ms. U, ÏII, 9 de la Bibliothèque de l'Université.
lieutenant de police et de trois auditeurs au Châtelel, qui eut pouvoir de prononcer en dernier ressort. Les héritiers de Gaiilande furent appelée devant les commissaires, et] reconnurent que la maison , ayant été achetée des deniers du roi, appartenait au roi. Acte de cette déclaration fut donné à la Communauté, qui 3e trouva ainsi maintenue dans sa jouissance'.
Mais tout ne fut pas fini par ce jugement. Le seigneur de Gentilly était en instance pour qu'on lui p^yât son droit de mutation. C'est aux héritiers de Gaiilande qu'il s'était adressé d'abord. Il s'en prit à la Communauté, après que celle-ci eut été déclarée tenir du roi à titre d'usufruitière.
Le seigneur de Gentilly était alors un baron de Beauvais, fort hostile au gouvernement de Louis XV, qui lui avait fait faire un assez long séjour à la Bastille '. Si Ton en croit un mémoire écrit en ce tempslà, il. en voulait à ceux de Sainte-Barbe à cause des fétes qu'ils venaient célébrer sur sa terre en l'honneur du monarque, et dont le bruit allait jusqu'à ses oreilles. On n'avait garde de l'adoucir en faisant sonner le nom du roi dans une circonstance où il n'y avait pas de contrainte à exercer de par le roi. 11 poussa donc très-vivement la Communauté , et la fit condamner par son prévôt à acquitter les charges de la propriété qu'elle occupait , sous peine de voir, en qas 4^ refus , ladite propriété réunie au domaine seigneurial. La Communauté s'adressa aux juges qui l*a*
1 . Arrêt du iO février 1747; Mémoire présenté par la Communauté, Archives de l'Empire, S. 6846.