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3. Archives de l'Université, Reg. 24, séance du 3 mars 1572. *
davantage devant le chef de TUniversité. Au lieu d'appeler sur lui par son repentir, ou même par Fartifice d'une défense habiley l'indulgence dont Valnia mater n'usait que trop souvent à l'égard de ses fils insoumis, il recommença avec encore plus de violence la scène qu'il avait faite à Sainte-Barbe. II insulta tout le monde, si bien que l'audience, qui ne fut pas longue, se termina par une condamnation qui déclarait déchu du droit d'enseigner un insolent de cette espèce. Maître Delatournouère ne se tint pas pour battu. Il courut au Châtelet, où Ton était toujours bien venu quand on se présentait pour élever un conflit avec l'Université. Comme il obtint sentence pour retourner faire sa classe, Tremblay interjeta appel. Au tribunal académique, où celui-ci se rendit de nouveau, tant pour livrer à l'indignation de ses collègues le jugement du lieutenant civil que pour demander leur' appui dans son cas d'appel, il fut conclu tout d'une voix et sans discussion que l'injure dont il se plaignait ne lui était pas personnelle, qu'elle atteignait le corps tout entier, et que, comme l'Université n'avait pas les armes à la main pour venger ses droits, le concours de sa diligence et de son savoir-faire était acquis à celui qui allait défendre la cause commune devant la cour suprême*. Il faut que le parlement ait cassé la sentence du Châtelet, car Delatournouère fut remplacé à Sainte-Barbe par un homme mieux élevé, dont on trouvera le nom dans l'un des chapitres suivants.
Ceci se passait à la fin de 1 572. En 1 576, Tremblay fiil cité à son tour par un autre de ses professeurs,
.4. Archives de TUniversité, Reg. 24, séance du 17 décembre i572; Ms. de la bibliothèque Mazarine, H 2682 A, fol. i04.
bien différent de celui dont on vient de parler. C'était le célèbre Biaise Martin (célèbre ep son temps), personnage d*une humeur intraitable, au service de laquelle il avait une tenue pleine de réserve et une langue dont il était toujours le maître. Il vint à Tune des assemblées de la Faculté des arts demander la rescision d'un marché qu'il avait conclu avec son principal, marché auquel, selon toute apparence, il ne trouvait point son compte.
Celte affaire demande quelques explications préa<labiés.
L'ordre ancien des collèges était que tout le monde mangeât au réfectoire , les caméristes aussi bien que les porlionistes. Comme ceux des professeurs qui étaient en même temps pédagogues étaient nourris à la table du principal, on avait voulu que leurs élèves particuliers, quoique mangeant d'un autre ordinaire, fussent soumis à la surveillance commune pendant les repas. Pour chaque camériste, le pédagogue payait au principal, comme droit de cuisine et de réfectoire, la somme de cent sous par an. En 1564 il y eut une telle augmentation dans le prix des denrées que les principaux ne vouUirent plus nourrir personne. Us augmentèrent les honoraires des régents, et leur abandonnèrent entièrement l'entreprise de la nourriture de tous les élèves , trouvant plus avantageux de percevoir le droit de cent sous sur chacun de ceux-ci. La vie commune cessa d'être observée; les écoliers mangèrent dans les chambres avec les maîtres dont ils étaient pensionnaires*. Lorsqu'on essaya de revenir
i . Richer, Historia Academiœ Parisiensis, ms. suppl. lat., n« 64, à la Bibliothèque impériale, t. III, fol. 137. .
kê HISTOIRE
aux anciens us, les régents , quî tous étaient devenus pédagogues et qui avaient contracté l'habitude de se faire servir chez eux, obtinrent qu'on leur apportât dans leur chambre, pendant les repas de leurs élèves, les vivres que leur fournissait le principal ; et ainsi Vimniénsité des réfectoires ne servît plus qu'à l'usage du principal, des boursiers et de quelques portionistes.
Antoine de Tremblay n'approuvait ni l'ancienne coutume de nourrir les maîtres dont on ne nourrissait pas les élèves, ni la nouvelle, de faire servir les régents dans leur chambre. Il raya ces deux choses de son règlement particulier, de sorte que lorsqu^il s'agit d'inscrire Biaise Martin sur les rôles de Sainte- Barbe, il y eut beaucoup de difficulté. Celui-ci amenait avec lui une nombreuse chambrée d'élèves, et il réclamait pour eux et pour lui l'avantage du régime suivi dans les autres collèges; Tremblay éprouvait une répugnance extrême à se départir de l'ordre de sa maison. Cependant Martin était de ceux en faveur desquels le talent permet de créer des exceptions. Cela considéré, et aussi le très-vif désir qu'avait le jeune homme de se faire entendre.dans notre collège, Tremblay proposa un arrangement, à la vérité insolite, mais qui n'en fut pas moins accepté librement. Biaise Abrtin nourrirait ses élèves et lui, sans avoir à paraître au réfectoire ni à payer au principal la redevance accoutumée ; mais aussi il ne recevrait du principal ni honoraires, ni indemnité d'aucune sorte; il se contenterait d'être fourni de chambres en nombre suffisant et convenablement meublées.
Lorsque notre professeur voulut revenir sur cet
accord, il n'y avait pas deux mois qu'il l'avait conclu. Devant les nations, auxquelles il s'adressa d'àbord, il se garda bien de dire comment les choses s'étaient passées. Il se récria seulement sur ce qu'il n'avait pas à Sainte-Barbe la nourriture que tout régent recevait de droit au collège où il était employé. Comme il n'avait pas prévenu Tremblay de sa démarche^ l'absence de cehii-ci fit renvoyer l'affaire à la décision du red:eur.
Au tribunal de recteur^ Tremblay entendit désapprouver le contrat qu'il avait fait. On voulut qu'il revint dessus j et qu'il se renfermât dans la règle, .c'està-dire qu'il donnât les vivres à son régent, et que celui-ci lui payât pour chacun de ses caméristes la rétribution de cent sous. Lui, au contraire, se renferma opiniâtrement dans cette alternative : ou bien recevoir Biaise Martin à la table commune, et alors les pensionnaires de Biaise Martin deviendraient les siens; ou bien n'entendre parler de la nourriture ni de l'un ni des autres, seldn qu'ils en étaient convenus. *c Où est la foi, s'écria-t-il , si les engagements discutés à l'amiable et contractés sans surprise peuvent être * dissous par l'arbitraire? » Mais on lui répondit : ce Où est la loi, s'il est permis à quiconque de contracter au mépris de ses pr^criptions? » Et maître Martin de s'excuser hypocritement de ce que par ignorance il avait souscrit à des conditions réprouvées par la loi; et le doyen de la Faculté de décret de conclure dogmatiquement qu'aux termes du droit naturel il n'y a pas d'engagement valable là où les lois n'ont pas été observées. Après quoi tout le monde opina contre le principal de Sainte-Barbe.