H1ST0IB
La loi dont on faisait tant de fracas n'était pas autre chose qu'une disposition tirée de ces milliers de règlements qui , dans les vieux corps , fournissent des armes au service de toutes les thèses. Tremblay, à son tour, fouilla le code universitaire, et y trouva un texte qui disait qu'aux principaux seuls appartenait la nourriture des élèves logés dans les collèges. Il porta cela à l'assemblée générale, afin de faire casser le premier jugement. Il fut condamné encore une fois. « Je renoncerai au principalat, dit-il en entendant la conclusion, ou j'aurai pleine et entière surveillance sur tous mes élèves; » et il se lint si peu pour' battu, qu'il alla l'a près-dîner dicter au greffier de l'Université une protestation où il annonçait le dessein d'en appeler soit au parlement, soit au chancelier de l'Université ^
11 faut qu'il ait eu recours au parlement , et qu'une partie notable de ses collègues lui ait donné raison auprès de la magistrature, car le principe dont il se prévalait pour sa défense fut introduit avec force de loi dans un arrêt rendu le 50 septembre 1 577, pour la réforme de l'Université*.
Tant de procès si opiniâtrement soutenus, loin de déconsidérer notre principal, donnèrent la plus haute opinion de sa fermeté. La jeimessedu corps enseignant fut avertie que, si elle entendait prendre du service dans les collèges pour y exercer l'empire, ce n'était pas dans le nôtre qu'elle devait aller. Bientôt la
i. Ms. de la bibliothèque Mazarine, H. 2682 A, fol. H9; Archives de l'Université, Reg. 24, séance du i4 décembre 1576.
2. Richer, Historia Jcademiœ Parisitnsis^ t. IV, fol. 58, nis. de la Bibliothèque impériale, suppl. lat., n» 64.
maison fut célébrée à cause de la paix proFonde dont elle était Tasile. Un fameux lauréat en lliéqlogie, pérorant à la Sorbonne devant le chancelier de T Université, put le dire avec l'approbation d*un public d*élite qui récoutait : « Sainte-Barbe est le séjour de la tranquillité et des heureux loisirs ^ » C'était exprimer les deux conditions de la paix qui fait fleurir les études : la soumission, Olle de la discipline et du bon exemple ; la sérénité produite dans les jeunes esprits par un emploi bien ménagé de leurs forces.
Ajoutons que ce n'est pas le despotisme qui maintint cette paix achetée par la jutte. Il existe la mention d'un conseil de famille qui fonctionna à Sainte- Barbe aussitôt après Tavénement de Tremblay. C'était le Cœtus Barbaranus^^ la réunion des maîtres sous la présidence de leur chef. Son objet était de pjicifier ces contestations, la plupart du temps sans gravité par elles-mêmes, qui devenaient quelque chose du moment que la justice universitaire en était saisie. L'occasion de se trouver ensemble provoquait les communications ; on se faisait part de ce qu'on avait rémarqué, on demandait ou l'on donnait conseil, ou discutait, et quelques moments de conférence sufïi- «aient pour établir entre les professeurs une unité de vues qui facilitait singulièrement la tâche du principal.
Une autre institution domestique qui fut rétablie en 1695, à cause des heureux effets qu'elle avait pro-
1 . Michaelis Thjrioti Parisini quinque et triginta orationes Lutctix intra quatriduum habitaç (in-8, Paris, 1583), M. Tissartî ^logium.
2. Archives de rUniversité^ Reg. 24, séance du 4 octobre 1571.
duits au seizième siècle, ne peut élre rapportée de même qu'à radministration d'Antoine de Tremblay. Nous voulons parler d'une réunion mensuelle des boursiers, qui eut pour but de régler en commun les divers intérêts de la fondation. Ce fut le lien d'une famille qui jusque-là n'avait connu que la division. Les petits boursiers eux-mêmes furent appelés aux séances, pour que rien ne se fît à leur insu, et qu'il ne fût pas dit que les dignitaires opéraient au détriment de ceux qui avaient la plus petite part dans la fortune de la communauté. L'ordre, l'économie et le bon accord régnant dans 4'administration , la source des procès d'ai'gent fut tarie, comme si elle s'était engouffrée dans la fosse de Robert Certain.
Les fruits d'un pareil régime ne tardèrent pas à se faire sentir. Le collège se porta de mieux en mieux, surtout après la Saint-Barthélémy. Nous avons la certitude qu'à la fin de 1 572 on comptait à Sainte-Barbe seize professeurs enseignants*. Jamais il n'y en eut davantage. Pour que la maison pût se dire revenue à ses plus belles années, il ne manquait qu'une chose : c'est que les régents d'Antoine de Tremblay, comme ceux des Gouvéa, eussent attiré d'innoml>rables auditeurs autour de leurs chaires. Mais le temps ne comportait plus cela. Toute l'ambition des collèges les mieux famés de l'Université était d'avoir leurs classes à peu près remplies. Un seul établissement, assiégé par la jeunesse, luttait alors à Paris contre les embar* ras du trop plein. C'était le collège des jésuites.
1 . Inventaire des arrêtés pris par les Supérieurs du collège, aux Archiws de l'Université, cartoa 22»
On ne trouvera pas mauvais que nous interrompions un instant le cours de cette histoire pour expliquer ce qu'était devenu au commencement du règne de Henri 111 l'institut célèbre dont nous avons esquissé ailleurs les faibles commencements. Ce sera moins une digression qu'un éclaircissement nécessaire, au moment où les jésuites, postés tout à côté de Sainte- Barbe, accélèrent le travail d'une décadence qui atteindra bientôt Sainte-Barbe et quarante autres collèges de l'Université.