CHAPITRE VII
Régime intérieur de la Communauté réformée. — r Établissement du concours général de l'Université. — Succès de Sainte-Barbe. — MM. Thébault et Seconds, successivement supérieurs. — -Mauvaises affaires de M. Seconds. — Changements introduits par Tarchevéque de Paris. — Destitution de*M. Seconds. — Sujets de marque sortis de la Communauté réformée, sous son premier régime.
Nous sommes arrivés à l'époque où la Communauté réformée atteignit son plus haut degré de splendeur et de faveur. Chérie de Tépiscopat à cause des sujets bien pensants qu'elle fournissait à l'Eglise, elle s'entendit prôner dans le monde comme l'une des écoles où l'on enseignait le mieux les belles-lettres, et elle parvint à obtenir un témoignage flatteur même des encyclopédistes, qui maltraitaient si fort ses patrons avérés, Pévêque de Mirepoix et l'archevêque de Paris, tandis que d'autre part ils accablaient de leurs dédains l'Université et ses collèges ^ Comme cette estime générale tenait à de grands succès, qui eux-mêmes avaient leur source dans l'organisation intérieure de la maison, nous dirons ce qpe nous avons pu recueillir des règlements en vigueur à cette époque.
Si l'on s'en rapportait à ce qui est écrit partout, la Communauté, à part l'instruction religieuse, aurait été, après la réforme de 1730, absolument ce qu'elle était
i . Encyclopédie, v° Gilotins.
devant. Trop d'éléments nous manquent pour établir le contraste entre les deux situations^ mais nous en savons assez pour affirmer que, si la constitution de M. Durieux avait été maintenue en plusieurs points, en un plus grand nombre d'autres elle avait été modifiée. Le lecteur va pouvoir en juger K
On avait conservé Vancien usage de ne donner les places de maîtres qu'à des sujets nourris dans la Communauté, et à ceux qui y avaient paru avec le plus d bonneur. Il fallait joindre une autrecondition : celle de se destiner à Tétat ecclésiastique. Comme on était dispensé du séminaire quand on avait été employé à Sainte-Barbe, cet avantage compensait la modicité des bonoraires, qui n'étaient que 200 livres par an. Deux maîtres étaient attachés à cbaque classe, et remplissaient leurs fonctions de deux jours l'un, consacrant Tautre à leurs études particulières. Ils exerçaient la surveillance, faisaient réciter les leçons du collège, et de plus étaient cbargés, le soir, d'une classe supplémentaire ou conférence. Il v avait ainsi un enseignement propre à la maison, dont les résultats étaient constatés par des compositions, et par des prix qu'on distribuait à la tin de l'année. Mais cet en'^eignement n'était que l'ombre de ce qu'il avait été du temps des jansénistes. Il ne comportait plus ni le chant, ni le droit, ni le grec, ni encore moins l'hébreu. H parait
1 . Le tableau qui suit est tiré presque entièrement du mémoire ms. sur la Communauté, déjà cité plusieurs fois, mémoire qui fut composé en 1784 par un élève du temps de MM. Gaillande et Machet (Ms. de la Bibliothèque de l'Université, n» U, lïl, 9). Nous n'indiquerons nos sources que pour quelques traits ajoutés à ceux que fournit ce document.
s'être borné à des iK>tioDS d'histoire et de géographie. Lorsque Louis XV eut créé une cliaire de physique expérimentale an collège de Navarre, le goût des expériences passa dans les autres collèges. Les philosophes de Sainte-Barbe obtinrent la permission d'en faire aussi, mais en les payant de leurs deniers \
Les maîtres étaient dans la dépendance absolue du supérieur général, de qui ils tenaient leur institution. Us devaient une obéissance moins passive aux supérieurs locaux, car ils étaient admis à se plaindre d eux au supérieur généraL Celui-ci réparait le tort, lorsqu'il y avait lieu, mais sans que la subordination en souffrit, il fallait que le plus élevé en grade parût toujours avoir raison. L'auteur de qui nous tenons ce fait ajoute que les contestations étaient rares parce que, tous s'ohs€irvant mutuellement^ le supérieur général était averti
de tout, et prévenait les difficultés par des mesures conciliatrices. Il avait un autre moven d'exercer son empire sur l'esprit de ces jeunes gens, en ce que c'était lui qui leur procurait plus tard les places vers lesquelles chacun d'eux portait son ambition.
Ce modérateur suprême, qui se tenait sans cesse en communication avec les maîtres, n'apparaissait aux yeux des élèves que dans les graïKles occasions, 11 présidait les examens de théologie et de philosophie, les distributions àe prix et autres solennités du même genre. Sa présence, ainsi ménagée, produisait cine plus grande impression.
De même que les maîtres étaient choisis parmi les
i. Comptes delà Communauté, avril 1769, Archives de l'Empire, H. 3254.
meilleurs élèves, les supérieurs locaux Tétaient parnii les meilleurs maîtres. L'attention du supérieur général était de les tenir sur le pied d'une parfaite égalité, et d'empêcher que l'un n'entreprit sur le département de l'autre.
Ils avaient sur les études une action directe et très^ laborieuse, surtout celui des Humanistes, car ils étaient tenus d'aller présider à une récapitulation du travail de tous les élèves, qui se faisait une fois par semaine dans chacune des salles d'étude. On regardait cet le mesure comme Tune des principales causes de la supériorité des études daps la maison ^
Tous les trois étant nécessairement revêtus du caractère de la prêtrise, ils étaient chargés de l'office quotidien et des instructions sur l'évangile du. dimanche, que chacune des trois divisions recevait separement avant la grand'messe. IjCS autres exercice3 de piété consistaient en deux retraites, qui avaient lieu l'une à la Toussaint, l'autre à Pâques, et en une conférence qui remplaçait la classe du samedi soir. Celte conférence était faite 'dans chacun des quartiers par l'un des deux maîtres qui en avaient la conduite.
Afin d'assurer l'accomplissement des devoirs religieux, les écoliers ne sortaient ni le dimanche, ni à aucune des autres fêtes célébrées par l'Église. Ce genre de distraction était d'ailleurs réputé si pernicieux pour la discipline qu'on ne l'accordait qu'une fois par mois, et à ceux seulement qui avaient leur famille à Paris. Il fallait être rentré à six heures du soir; et pour f[uele règlement ne fût pas fraudé sur ce point, chaque