Mcirmonlel, Mercure du mois de février
élève à son retour devait se présenter devant son supérieur local.
i La maison de campagne procurait à la Communauté des diverlissemenls plus goûtés des supérieurs, parce qu'ils pouvaient être surveillés. Les élèves y étaient menés au moins une fois par semaine. A la fin du mois de septembre, ou y jouait des pièces de théâti^e, dont les rôles avaient été appris pendant les vacances.
La pauvreté de la maison forçait d'employer les jeunes gens à une partie du service. Ils faisaient euxmêmes leurs lits et nettoyaient leurs souliers. La corvée de balayer chaque salle d'étude irevenait au dernier qui y entrait le matin. Aussi se pressait-on fort de descendre des dortoirs, et Ton allait au travail comme des jouteurs vont au but où est attaché le prix \
On tenait à la propreté avec plus de rigueur que dans les temps anciens. Afin d'économiser le luminaire dans les jours courts de l'année, la toilette avait lieu seulement après la messe. En dépit des lois universitaires qui défendaient l'emploi des femmes dans les collèges, une peigneuse fut préposée au soin de la tête des plus jeunes Humanistes. L'austérité des vieux règlements fit une transaction d'un autre genre avec les exigences de la mode. Un certain nombre de barbistes furent admis à se faire poudrer*.
Nous trouvons un service de santé établi dès le temps de Gaillande. 11 était peu de chose. Une chambre du corps de logis de la Tour, où demeurait
encore le principal du collège, servait d'infirmerie.
i. Notes recueillies de la bouche de M. Benoistde Plailly, ancien élève de la Comaaiunauté»
â. Comptes de la Communauté.
On y mettait les enfants atteints d'indispositions légères, et les petits soins qu'exigeait l^ur ëtat leur étaient administrés par leurs camarades. C'est à cette école que le célèbre Corvisart, élève d'ailleurs peu brillant et de sauvage humeur, sentit se révéler en lui le goût de la médecine.
Si le mal prenait un caractère grave, le patient était renvoyé dans sa famille ou mis en pension chez le chirurgien de la maison. Mais rien n'était plus rare que les grosses maladies. On attribuait cela à l'air du quartier , réputé par les médecins le plus tempéré de Paris S à la sage distribution des études et des récréations, au grand exercice qu'on exhortait les enfants à prendre pendant les récréations, enfin aux promenades des jours de congé. La frtrgalité de la table et l'uniformité du genre de vie y étaient bien aussi pour quelque chose.
Pour obtenir le travail, la bonne conduite et les attentions réciproques, les collaborateurs de M. Durieux avaient parlé au nom de la religion et de la vertu. Nous trouvons deux mots nouveaux qui s'ajoutent à ceux-là dans le vocabulaire employé par les maîtres de la Communauté réformée : l'humanité et l'honneur. L'humanité était le sentiment que l'école philosophique du dix-huitième siècle mettait audessus de tous les autres, l'honneur celui par lequel les jésuites n'avaient pas cessé de stimuler leurs élèves. On peut mesurer par ces emprunts toute l'é^ tendue de la révolution qui s'était accomplie à Sainte- Barbe.
1 . Expressions de Simon Menas»ier dans son factum contre rUniversité.
Llionneur faisait un devoir aux élèves de la Communauté^ d'occuper toujours un même nombre de places parmi les premières du collège. La classe qui se laissait dépossé4er était punie comme si elle avait manqué à la discipline. Sous M. Machet les rhétorîciens furent privés de récréation pendant tout un jour de congé pour avoir perdu deux chaires à' empereur^ nous dirions aujourd'hui les deux premières places au banc d'honneur. Les empereurs jouissaient de privilèges particuliers. Au réfectoire ils étaient assis tous ensemble à une table où la nourriture était un peu plus recherchée. A certaines fêtes on leur donnait des régals à Gentilly*.
Le moyen poiu* entretenir l'émulation était d'exiger le succès de ceux à qui on donnait l'instruction gratuitement ou à prix réduit* 11 n'y avait pas d'efforts que ne fissent ces enfants pour conserver leur bourse, et leur exemple animait les autres.
Le code pénal offrait une gradation de peines applicables à tous les genres de fautes. On employait les pensums, l'exposition sur la pierre Saint- Ignace (c'était une pierre enfoncée dans le sol de la cour/ où une fausse tradition rapportait qu'Ignace de Loyola s'était jadis donné la discipline), le cachot, probablement le fouet. Nous soupçonnons les sulpiciens de 1730 d'avoir ramené à Sainte-Barbe les verges, ce grand instrument de l'éducation d'autrefois ; il est certain qu'elles étaient encore en vigueur dans les derniers temps de la Communauté, malgré la répulsion du public et de la jeunesse pour cette correction odieuse,
i. Comptes de la Communauté.
malgré la grâce accordée par Louis XV à un ëcoliw' de Montaigu qui tua son fouetteur d'iui ^coup dte couteau *.
La peine la plus forte était l'expulsion : elle attéfgnait sans rémission quiconque se rendait coupable d'un désordre grave; mais on y avait rarement' recours, et en général les punitions n'étaient pas chosf^ dont les maîtres eussent à faire un fréquent usage. L'appât des récompenses produisait plus d'effet cjue la crainte du châtiment.
Aux prix décernés à l'intérieur et au collège du Plessis s'ajoutèrent, depuis 1747, ceux du concours général de l'Université. Ce concours était dû aux: libéralités de riiistorien Legendre, chanoine de Notre- Dame, mort en 1734. Legendre, dont l'esprit n'était pas fait comme celui de tout le monde, eut la singulière idée de vouloir établir à Paris quelque chose d'analogue aux jeux olympiques de la Grèce. Il tonsacra par testament une partie de sa fortune à des prix de poésie et de musique, qui seraient distribués tous les quatre ans. Il choisit pour exécuteurs de sa volonté les chanoines de Notre-Dame, ou à leur refus les cordeliers du grand couvent de Paris, ou au refas des cordeliers le parlement. Ce legs fut trouvé si absurde que personne ne voulut l'accepter. La famille essaya «alors de faire casser le testament. Il fut défendu par le procureur général du parlement, qui soutint qv'il était exécutable pourvu qu'on appliquât au progrès des études les fonds laissés par le défunt, et qu'on pouvait faire cela sans violer sa volonté. Après un
\. 'Causes célèbres, t. II (1759), p. 3.
procès de dîx ans, celte interprétation triompha, ^ne commission de professeurs, où fut appelé Piat, jeta les bases d'un concours entre les élèves de tous les collèges de rUniversité, qui viendraient classe par classe composer aux Mathurins '.
On n'admit d'abord à ce concours que les classes proprement dites d'humanités, c'est-à-dire la rhétorique, la seconde et Ja troisième. Un nouveau legs de Bernard Collot, ex-principal du collège Fortet, permit en 1 758 d'étendre le même avantage aux classes inférieures jusqu'à la sixième inclusivement.
La première distribution eut lieu le 23 août 4747, dans le bâtiment septentrional de la place de SorboTine, qu'on appelait les Écoles extérieures de la Sorborine. La cérémonie fut accompagnée de beaucoup d'éclat. Le premier président du parlement, Maupeou, siégeait à coté du recteur de l'Université. Le Plessis eut le plus de succès : huit prix sur seize, et dix accessits*. Six de ces huit prix furent pour Sainte-Barbe. Un élève de seconde, qui acquit depuis une grande réputation dans les lettres, Antoine Thomas, remporta à lui seul les premiers prix de thème et de vers latins'. La Communauté eut la douleur de se voir enlever ce brillant sujet, qui passa à Lisieux l'année suivante, et obtint le prix d'honneur des vétérans au grand concours de 1 749. Cela fut cause que Sainte-Barbe ne gagna qu'en 1758 celte couronne à laquelle on attachait déjà
1 . Taranne, Notice historique sur le concours général entre les collèges de Paris, in-8, 1847.