‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 3)Chapitre 132 sur 145 · Nouvelles ecclésiastiques, 24 avril · texte numérisé non relu

Nouvelles ecclésiastiques, 24 avril

par des illumînatioDSy et par clés chanis qu'on put entendre des rues voisines*

Le lendemain de la fête, cinq ou six des jeui^s acteurs qui avaient été le plus applaudis par leurs camarades allèrent diner à table d'hôte à Tbôtel de NimeSy . rue de Grenelle Saînt-Honoré. Ils y jouèrent une farce^ qui révéla leur talent à un public nombreux et choisi*.

L'ordre établi à Sainte- Barbe était que les Philosophes de seconde année ou physiciens fussent seuls admis à représenter des rôles* On eut un tempérament à regard des Humanistes ; on les autorisa à jouer des pastorales. Due pièce de ce genre^ composée par les rhétoriciens^ fut donnée à la fin du même mois de janvier 1 775pourlaSaint-Charlemagne. Les supérieurs applaudirent, mais plusieurs écoliers sifflèrent. On soupçonna ces derniers d'avoir agi par ressentiment, parce que, n'ayant eu aucune part à la composition et n'ayant pas été en état de fournir leur part de la cotisation pour les frais, ils avaient essuyé quelques marques de mépris de leurs condisciples.

11 y eut spectacle à Sainte-Barbe au mois de mai 1775, spectacle au mois de juin, et toutes les vacances qu'on passa, suivant l'usage, à Gentiily, furent employées au même divertissement. Les séminaires de Saint-Nicolas et de Saint-Louis avaient acquis à Gentiily des maisons de campagne, à l'exemple de la Communauté. La jeunesse de ces établissements, celle

i . Nouvelles ecclésiastjqaes , 24 avril 4775. Le même journal, dans sonno du 21 août 1778, désigne comme les meilleurs acteurs de Sainte-Barbe les élèves Vitecoq, Durand, Baudran, Le Maître, Petit et Danvaux.

surtout de Saint-Louis, était formée de longue date aux exercices de théâtre. Plus en finances que celle de Sainte-Barbe, elle possédait toutes les choses nécessaires à la profession, perruques de crin, baii>es postiches, panaches et tuniques d'or à lambrequins. Elle savait une partie du répertoire de la Comédie-Française, Mahomet, Pygmalion, et, chose à peine croyable, amphitryon. Les trois troupes s'invitèrent à leurs représentations respectives. Elles jouèrent salle comble devant les paysans et paysannes des environs, qui étaient reçus gratis. Les Louisons et les Nicolaïtes écrasèrent les pauvres Barbistes de leur aplomb et de leur luxe. On dit que ces derniers, siffles d'abord, ne se soutinrent que par les encouragements et l'assistance généreuse de leurs rivaux*.

Cette fièvre de théâtre dura quatre ou cinq ans. Elle céda en partie aux attaques des jansénistes, dont le journal ne manquait aucune occasion d^ tomber sur Sainte-Barbe, en partie aux préoccupations sinistres que fit naître pour la Communauté la banqueroute de M. Seconds.

M. Seconds avait acheté en son propre et privé nom la seconde propriété de Gentiily, comme avait fait jadis Tabbé Gaillande pour la première. Il la paya et la fit reconstruire avec l'argent de la Communauté. Néanmoins, quand il déposa son bilan, il osa porter en compte comme article de son actif la même propriété de Gentiily. Il est bien vrai qu'il subordoniiait cette valeur à l'événement d'un procès qu'il savait déjà engagé entre son principal créancier et l'administration

i. Nouvelles ecclésiastiques, 23 janvier 1T76 5 21 août 1778.

de Sainte-Barbe; mais le litige n'existait que parce qu'il le voulait bien. Sachant parfaitement qu'il n'était que prête-nom, il consentait à ce que le bénéfice d'une situation que les lois ne reconnaissaient pas lui fut adjugé, au détriment des véritables propriétaires. M. Baduel conçut les plus vives appréliensîons, çtnon sans cause. Le procès fut perdu en première instanèé, la maison de campagne saisie. On appela au parlement. ^ Cette affaire attira l'attention du public, à cause de l'estime dont jouissait universellement la Communauté. Celle-ci ne manquait pas de pièces pour établir soii droit. Il y avait des lettres de M. Seconds à rârclièvêqùe, par lesquelles il ténaoignait n'avoir rien fburrtî de ses deniers pour l'achat de la maison; ses arrêtes de compte établissaient au contraire que, loin que Sainte-Barbe fût en reste avec lui, il s'étjiit retiré i-édevable envers Sainte-Barbe de près de 16 000 livres. Marchand-Duchaume, ancien barbîste, qui plaidait pour la Communauté, fit ressortir l'évidence des faits. Après lui l'avocat général Séguier défendit avec éloquence l'intérêt public, engagé aussi dans la question. Il fit un magnifique éloge de l'établissement, qu'il appela l'École des talents et des vertus ; il émut par les traits de désintéressement qu'il rapporta de l'abbé Baduel et de ses collaborateurs. La cour jugea d'après les lumières de l'équité naturelle. Elle déclara propriété du roi la maison qui avait été acquise dès deniers du roi, ajoutant que les supérieurs de la Communauté continueraient à en jouir en leur qualité d'administrateurs pour le compte de Sa Majesté, et que, afin d'éviter le retour de toute contestation, ils

auraient à solliciter des lettres patentes portant Tétar blissement légal de la pension de Sainte-Barbe*.

Cet arrêt, rçndu le 14 mai 1783, fut accueilli par plusieurs salves d'applaudissements. Tous les journaux l'annoncèrent avec éloge. Il fut l'occasion d'une grande fête que l'abbé Baduel prépara quelques semaines après à Gentilly. Cent vingt personnes y lurent invitées, et on y admit l'élite des jeunes gens de chaque classe depuis la théologie jusqu'à la sixième. Le recteur de l'UniveriSité eut la place d'honneur. La table était dressée dans une salle tapissée de feuillage. A l'un des bouts, des fleurs entrelacées formaient le chiffre de M. Séguier, avec l'épigraphe : Deiu nobls hs&c otia fecit; on voyait, à l'autre bout, le chiffre du recteur et la devise Docet et phicet. Les élèves jouèrent une petite pièce, et firent entendre des couplets de leur composition. Les refrains continuèrent après que la fête fut finie, et l'on rentra à Sainte-Barbe en chantant*.

C'est par des vers latins que la Communauté paya sa dette au parlement. Elle composa en l'honneur de la cour suprême une ode et une églogue ' ; mais ces pièces sont inférieures à une troisième, dictée également par la circonstance, dont nous rapporterons quelque chose. Soit par fiction poétique, soit qu'il ait été question, après le jugement du 1 4 mai, d'en détourner le bénéfice au profit du domaine, l'auteur implore du roi la

i . Gazette des Tribunaux, l. XV (1 783), n* 21 .

2. Journal de Paris, !•' août 1783; Nouvelles ecclésiastiques, 10 octobre 1783.

3. Adsupremum Gallix senatumsodalitii Sanctae Barbarœ alumni ode^ in*4, 1783; Jd supremum Galliae senatum sodalitii Sanctœ Barbarœ alunmî carmen pastorale {Melibseus^ Lycidas\ in-4, 1783.

36t HISTOIRE

grâce de laisser à Sainte-Barbe la jouissance de sa maison de campagne :

O quem porticibos tam mnlta palaria vastis

Excipiunt, cui tôt per jagera lata patentes

Horti extenduntur, regum rex maxime, tantis

Accessere opibus paupercula villula, pauper

Hortulus, haud rerum magna incrementa tuarum,

Fortunae contra damnum exitiabile nostrae.

Hic nam solus opes praebebat iiindus inemptas,

Inde petebantur Spartanse parvula mensse

Supplemenla, rudi nunquam aspernata palato.

Hic nemora, hic gelidi saltus, hic ssepe juvabat

Festivos agitare dies post longa laborum

Taedia, nunc levibus percurrere mollia plantis

Gramina, nunc agili procul emisisse lacerto

Sublimem per inane pilam, nunc otia cantu

Fallere et arguta modulari canaien avena.

Hic et saepe tuas ausi nos dicere laudes,

Hic te fagi omnes arbustaque cuncta sonabant.

Die, ubi nunc, Lodoice, tuum celebrare licebit

Nomen, ubi domino late fluitantia ponto

Lilia, captivumque suis in portubus Anglum?

Ah ! potius dulces noli inteiTumpere cantus;

Nil tibi proficient hsec prœdia, nam tibi laurus

Sola placet; nostris laurus non crescit in hortis^ etc.'

Ces diverses compositions, imprimées et envoyées à leur adresse, furent lues ensuite dans une cérémonie annuelle dont Tinstitution à Sainte-Barbe parait dater du temps où éclata le procès avec les créanciers de

1. dd regem sodalitii Sanctx Barbw'X alumni sapplicaiàOyiïk^ky Quillau, i 783, avec Tapprobation du recteur Cbarbonnet. .

M. Seconds. Celait la séance littéraire, une réanion de personnes distinguées devant lesquelles les meilleurs élètes étaient appelés à montrer leur talent, sans la dépense et la dissipation qui accompagnaient les représentations théâtrales. Elle avait lieu au collège le jour même de la Sainte-Barbe. Celle de 1783 fut présidée par l'archevêque de Paris, non plus M. de Beauj mont (il était mort depuis deux ans), mais M. de Juigné, prélat tout aussi généreux que son prédécesseur envers la Communauté, quoiqu'il la tint beaucoup moins en lisière. Etienne MontgolSer était présent à cette fête. Ce fut l'occasion pour le jeune Joseph Planche, alors élève de rhétorique, de célébrer la première expérience en grand de l'aérostat, qui venait d'avoir lieu avec une complète réussite. Le compliment pour l'inventeur est fort joliment tourné, et le souvenir des bonnes études qu'il avait faites dans la maison amené avec beaucoup de naturel et de grâces La pièce fut très-applaudie, ainsi qu'une autre du même auteur dans laquelle il déplorait plaisamment une mesure d'ordre prise depuis peu par M. Baduel.

Depuis qu'il y avait une grille à l'entrée du collège, la porte cochère restait le plus souvent ouverte, et de

i. In globum aerostaticnm^ in-8y sans nom d'auteur, daté du 9 décembre .1783. Voici les vers qui s'adressaient à Montgolfîer :

Gantibus ecce tnb pMnesens favet îpse globonim Inventer; parvos l^tus tnbit iUe pénates Quos olini incoluity nam te quoque jactat alumnnm Ista domus, te quem nobis régna altéra dantem Natnra obstupuit.

M. Baribier-Vémars a réimprimé cette pièce avec le nom de Plancbe dans \ Hermès Romeuùts.

la cour les yeux plongeaient sur la rue Chartière. De là de gais propos que MM. les écoliers échangeaient avec les passants, et cent autres distractions auxquelles le chef de la maison jugea nécessaire de mettre un terme. La grille fut revêtue de plaques de tôle en 1 783. Les regrets de Planche sont si bien exprimés, ils retracent un tableau si animé de Tépoque, qu'on nous pardonnera de les introduire ici :

Claudimur, o socii, vero jam carcere : nostros Olim claustra pedes hinc tantum exire vetabant; Nunc ipsos prohibet compages ferrea visus.

Ergo vale jam nunc vicinia tota; valete O nostram quicumque viam lustrare soletis.

Jam non ante oculos transibunt ordine longo Matres atque viri, juvenesque senesque vicissîm, Rhetor, causidicus, tonsorve in veslibus albis, Veste vel in nîgra doctor, nunc molle susurrans Musicus, aut blando vates sua carmina risu •

Ipse sibi recitans, lepîdo nunc trossulus ore, Electo ponens vestigia singula saxo.

Hœc oculos quondam recreabat scena : peracta est Fabula, clauserunt ferrata aulaea theatrum.

Undique parietibus teneor conclusus opacis, Captivisque oculis spectacula cernere cogor Dudum nota mihi ; nunc taedet semper eosdem Hic vultus, faciès hic cernere seraper easdem. Quo me cumque fero atque errantia lumina verto, Discipulos semper video semperque magistros.

Parva queror : majora mihi lugenda supei*sunt. OHm si valîdis pila surgeret acta lacertis Altîor, atque domus trans ardua tecta volaret, Protinus incls^mans currebam ad claustra, pilamque Saepius îngeminans iterumque iterumque rôgabam.

« V Nec mora, dum supplex oro quoscumque, viator Justitiaeque tenax et servantissimus sequi . Hanc persœpe inihi dextra referebat arnica ; Atque ego, quum dignas tanto pro munere grates

^ Reddideram, ad socios laetus saliensque redibam, Nunc vano clamore pilam vanisque reposco Vocîbus;heu! -voces impervîa claustra repellunt. Interea domino non redditur illa priori, Atque aliis pulsanda fugit, jam non mea, palmis. Ergo humilem cogor nunc ludens radere terram Atque pilam ténui pulsare inglorius ictu,

Quin efiam, sicco dum gutture lassus anhelo, Exhaustse fonces emptis uvescere pomis Jam nequeunt^ murus nam ferreus obstat ementi Vende ntique simul. Tristis Pomona recedit, Heu ! plenis referens venalia dona canistris. Et sublata sibi commércia luget, utrique Dum reddit Lodoix commércia libéra mundo * .

Si quando vetitQS egomet mihi forte paravi Arte aliqua fruçtus, quœsitis parcere cogor Providus atque siti pira seposuisse futurœ.

Sed quid vana queror? non mutant fata querelae! Ferrea compages manet œternumque manebit.

Durum ! Sed levius reddit patientia quidquid Emendare nefas : dicenti crédite Flacco^.

Les événements mémorables de chaque année, ceux surtout qui concernaient l'établisseipent , servaient ainsi de texte auxmorceaux préparés pour la séance littéraire. Les vieux barbistes tinrent registre de ces compositions. L'un d'eux, M. Barbier-Vémars, en a inséré plusieurs dans un recueil périodique latin qu'il

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