‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 3)Chapitre 135 sur 145 · Mercure de France, février · texte numérisé non relu

Mercure de France, février

A Tcpoque où fut fondée la succursale de Gentilly se placent les relations de Marmontel avec la Communauté. Elles sont racontées dans les termes suivants par cet académicien, qui habitait alors pendant la belle saison une maison du hameau de Grignon, près de Choisy-le-Roi :

« Le cinquième de mes enfants^ Lours^ venait de naître, et sa mère était sa nourrice. L'ainé des trois qui me restaient, Albert, était dans sa neuvième année, Charles avait quatre ans accomplis, lorsque je pris la résolution de les faire élever chez moi ; et sur la réputation du collège Sainte-Barbe, ce fut là que je cherchai pour eux un précepteur formé aux mœurs et à la discipline de cette maison renommée tant pour la vie laborieuse et frugale qu'on y menait que par la supériorité des études que Ton faisait à cette école.

(( L'excellent jeune homme quej'y avaispris, et que la mort m'a enlevé. Charpentier, nous faisait sans cesse r^oge de Sainte-Barbe, car une singularité remai*quabie de cette maison était la tendre affection que conservaient pour elle ceux qui en étalent sortis. Il ne parlait qu'avec enthousiasme des mœurs, de la discipline, des éludes de Sainte-Barbe ; il ne parlait qu'avec une profonde estime des supérieurs de la maison et des professeurs qu'il y avait laissés. Ils étaient ses amis, il désirait que j'en fisse les miens. Je lui permis de me les amener, et la cordialité avec laquelle je les reçus leur rendit ma maison de campagne agréable.

(c Sainte-Barbe avait une annexe à Gentilly, village voisin de Grignon. Les supérieurs, les professeurs de

Tune et de Vautre maison se réunissaient quelquefois pour venir dîner avec moi. Ils s'intéressaient aux études de mes enfants. Les jours où la jeune école de Genlilly avait des exercices publics, mes enfants y étaient invités, et ils étaient admis à cet examen des études. C'était pour eux un bon exenjple et un objet d'émulation ; mais pour moi c'était une source d'ob^ servations et de lumières, car dans ce cours facile, régulier et constant des études de Sainte-Barbe je devais trouver une cause, et cette cause ne pouvait être qu'une bonne et solide oi^anisation. C'est de quoi je me fis instruire dans le plus grand détail, et au moyen de ces conférences, je me croyais en état de mettre la dernière main à mon plan de l'instruction nationale, quand tout à coup par un de ces mouvements qui bouleversaient les ministères, M. de Lamoignon en fut écarté, et fut exilé à Basville \ ».

Le plan d'instrucdon nationale dont parle ici Marmontel était un travail que lui commanda M. de MalesVierbes pendant son second et trop court ministère. Depuis une vingtaine d'années le système universitaire était tombé en disgrâce devant le public. La lecture de X Emile acheva à cet égard ce qu'avaient commencé les articles de d'Alembert dans VEncjclo^ pédie. Les philosophes en étaient venus à ne. plus croire à la possibilité de l'éducation publique. Si tout le monde ne souscrivait pas à ce qu'il y a d'absolu dans cette sentence, « l'instruction publique n'e^^istô plus et ne peut plus exister parce . que, où il . n'y a plus de patrie, il ne peut plus y avoir de citoyens, »

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