‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 3)Chapitre 136 sur 145 · Mémoires,!. Xï · texte numérisé non relu

Mémoires,!. Xï

tout le monde proclamait la nécessité d'une complète réorganisation, et y encourageait le gouvernemeot. Généralement les réformistes trouvaient déplorable la prison qu'on faisait faire à l'esprit de la jeunesse dans l'étude des langues mortes; ils s'indignaient gu'on lui laissât ignorer tant de choses utiles, pour l'ennuyer de connaissances qui étaient, disaient-ils, sans application dans la vie. Ceux-là plaidaient pour que l'instruction commençât par les sciences. D'autres, sans préconiser un système plutôt qu'un autre, demandaient que des enfants qu'il s'agissait d'élever pour la vie civile fussent soustraits avant tout à l'institution cléricale. Les esprits légers (et c'était le plus grand nombre) ne savaient que rire et accabler sous des plaisanteries d'un effet meurtrier les pédants routiniers qui instruisaient la jeunesse, les gdcheux ^ à qui on livrait pour un morceau de pain la surveillance de sa conduite, les marchands de portions qui faisaient d'elle un objet de commerce. Collège et platitude étaient devenus synonymes. Rousseau n'avait-il pas dit : <c Je n'envisage pas comme une institution publique ces risibles étaI)Ussements qu'on appelle collèges*. »

Ces idées, propagées par une infinité d'écrits , répétées en conversation, étaient entrées dans l'Université même, et non pas à l'avantage des études. Beaucoup de professeurs commençaient à rougir d'eux*mémes et du métier qu'on leur faisait faire. D'autre part, on voyait se former en tous lieux des pensionnats d'un nouveau genre, sans surveillance et

■ 1. On appelait ainsi les maîtres d'étude. Voyez Mercier, Tableau de Paris, t. Il, ch, 171 ; t. V, ch. 415. 2. Emile, 1; I.

sans garantie, dont ]es prospectus sëduisaîent les fa* milles par la promesse d'une éducation rationnelle, maisons fort au goût des enfants, à qui on laissait le choix de la science qui devait prédominer dans leur emploi ^tur, mais d'où l'on ne voyait sortir que des esprits mal ébauchés et présomptueux. Enfin l'anarchie se montrait dans l'enseignement comme partout. Un tel état de choses était fait pour impressionner une âme élevée comme celle de M. de Malesherbes. \ l'époque de son premier ministère avec Turgot, ils avaient déjà , tous les deux ensemble , médité l'institution d'un grand corps auquel se seraient rattachées toutes les écoles du royaume. C'est sur ce plan que Marmontel dut accomplir le travail qui lui fut confié. Mais Marmontel était-il à la hauteur d'une pareille mission? Il s'étend avec complaisance sur son projet. On voit que son bon sens l'avait mis en garde contre Tambition de tout détruire pour innover. L'étonnemedt qu'il éprouvait à voir Sainte-Barbe, se perfectionner, pendant que tout dégénérait ailleurs, lavait confirmé dans l'opinion que l'iristruction littéraire est la meilleure pour développer et fortifier l'intelligence. Quant à trouver le ressort pour établir l'unité d'action dans le nouveau corps enseignant, il n'avait rien su faire de mieux que de s'inspirer de la constitution des jésuites. Il est douteux qu'il eût combiné tout cela de manière à répondre au vœu de son siècle. Cette peine lui fut épargnée, puisqu'il vit M. de Malesherbes renversé du ministère avant qu'il eût seulement achevé son mémoire.

C'est ainsi que les itieilleurs volontés furent réduites à l'impuissance par les incidents qui survinrent sur

tous les points où Ton tenta de commencer l'œuvre de reforme. Il était dit que rien ne se ferait^ qu'aucun préservatif, aucun remède efficace ne serait préparé'conlre une révolution attendue depuis cinquante ans ; que lorsque le torrent descendrait^ il ne rencontrerait devant lui que de puérils obstacles et d'imprudentes résistances, moins propres à retarder sa course qu'il exaspérer sa fureur.

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