‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 3)Chapitre 141 sur 145 · Arciiitves de la pâ&ce · texte numérisé non relu

Arciiitves de la pâ&ce

D£ SÀlKXe-BARBE. 365

visita^ le même jour^ fes <K3lMges.de LcHiis-le^raod., LisieuXy MootaigUy Kavftrre^ du Plessis^ des tk^assios, de La Marche et la Comsuiiiautë de Saiote-Barbe. Les principaux de Louis4e-Grai]dy de lisieux et des Grassins avaienl déjà prêté le serment ; tous les autres annoncèrent d'un Ion plus (mi moins décidé leur intention de le refuser. Ap Plessis, M. Bertrand-Dopuy fut .extrêmement énergi<|ue. 11 dit qu'il reconnaissait être de ceux dont la loi ordonnait le remplacement^ mais que, tant qu'il ne serait pas remplacé, il remplirait toutes ses fonctions, dont l'une était de célébrer l'office divin '; que pour cela il ne pensait pas avoir besoin d'une autre autorisation que celle qui lui avait été donnée autrefois, et que non-seulement il ne prendrait pas de lettres de l'évêque constitutionnel/ mais qu'il ne souffrirait pas que personne officiât, lui présent, en vertu de pareilles lettres. Au contraire, l'abbé Baduel, quoique ferme dans sa résolution, se montra faible de contenance. Il répondit à la notification du commissaire qu'H se réservait de faire ses représentations au déparlement.'

M. Xurquet agissait en vertu d'une comniission générale qui ne spécifiait rien de particulier pour Sainte- Barbe. Il parait qu'on lui fit l'objection que l'établissement était privé ; mais alors il avait ordre de mettre les scellés sur la chapelle, car l'arrêté du département prononçait la suppression de toutes les chapelles privées. Probablement après discussion, et en interprétant k sa manière ce qu'il put recueillir au sujet de cette maison, qui se disait tantôt privée, tantôt publique, il prit sur lui de la considérer c(»nme publique^ et il s'en ex^qua dans son procès-verbal en consignant

que, comme la Communaiilé de Sainte-Barbe était une maison nombreuse, servant de séminaire et justement célèbre par ses succès multipliés dans l'instruction publique, ainsi qu'il résultait des listes de distribution de l'Université, ces motifs lui avaient paru suffisants pour placer la chapelle aflectée aux exercices spirituels des maîtres et des élèves dans le cas des chapelles des collèges ou Communautés enseignantes.

Dès que le directoire du département eut reçu ce rapport, il nomma des remplaçants à tous les réfractaires, et désigna l'un de ses membres pour installer les nouveaux élus dans le plus bref délai. L'officier municipal Cousin, qui était professeur au Collège de France, fut chargé de ce ministère. 11 se présenta à Sainte-Barbe dans la matinée du 25 avril.

Depuis le départ de l'abbé NicoUe et le renouvelle ment de la classe de rhétoriqift, foyer de toutes les séditions antérieures, un changement complet tétait opéré dans là Communauté. M. Formantin, homme d'une grande habWeté et d'une douceur extrême, avait agi sur les esprits par la persuasion et par la pitié qui s'attache aux victimes de toutes les persécutions, de sorte que la jeunesse n'avait plus d'autres sentiments que ceux dé ses maîtres. Aussi la journée du 25 avril 1791 fut-elle le pendant du 7 octobre 1730, à cette différence près que l'autorité usa de ménagements infinis, et que de l'autre côté l'on n'imita pas la résignation des jansénistes.

11 n'y eut ni déploiement de force armée, ni appareil de police. M. Cousin n'était accompagné que du professeur Lemaignent, choisi pour remplacer l'abbé Baduel. Les élèves, assemblés dans la chajpetle, écou-

lèrent la notification de l'acte qui leur iniposait ce nouveau directeur, et ne voulurent pas en entendre davantage. Comme M. Lemaignent se disposait à lire un discours qu'il avait préparé pour la circonstance, ils s'échappèrent tous ensemble avec précipitation, et l'un d'eux dit d'un ton élevé : « Nous ne reconnaissons que M, Baduel pour notre directeur; si l'on veut nous forcer d'en recevoir un autre, nous nous en irons tous aujourd'hui même. » Plusieurs ajoutèrent qu'ils laisseraient la maison avec les dettes dont elle était obérée, et qu'on verrait comment la nouvelle administration s'en tirerait lorsqu'il n'y aurait plus de pensionnaires.

L'officier public fut d'autant plus déconcerté, que les cérémonies du même genre qu'il était allé accomplir dans les maisons voisines, et notamment au Plessis, avaient eu lieu aux acclamations des écoliers. Il sortit dans la cour pour prêcher la soumission ; puis, voyant que SCS efforts étaient absolument inutiles, il envoya chercher le commissaire de poliee^de la section, le même M. Turquet dont le collège avait reçu la visite la semaine d'avant. Celui-ci s'y prit par tous les moyens de douceur et de persuasion, sans être plus heureux que M. Cousin. Le préfet des humanités, le directeur des hautes études et la plupart des maîtres, interpellés à leur tour, déclarèrent de même qu'ils étaient prêts à se retirer plutôt que d'obéir à une loi qui blessait leur conscience, de sorte que les élèves, témoins de celte résistance, s'enhardirent jusqu'à proférer les injures les plus violentes et contre la loi et contre ceux qui avaient mission de l'appliquer. L'officier municipal essaya de recommencer ses exhorta-

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rioii» a» mîtieii du tvmolfe. Lorsqu'il se fini con vatncti que^ kviMle raraeoer ta paix, B n€ faisait qo^'aupneiHer le trouille, i) se retira, après avoir prié tècommrssaire de sanreîiler la majsofi ; et M. Lemaignent, ne voulant pas rester dans on poste oti il était si mat reça, se retira également ^

Nows ignorons Teffet que produisît la présence an commissaire et les mesures que prit ce magistrat pom* assurer la tratKjaiHit^ lorsqu'il n'y serait plus; mais ce qu'attestent plusieurs documents, c'est que les élèves, Une fois livrés à eux-mêmes, commirent Joutes sortes de dégâts* Les boiseries des salles et des chambres furent mises en pièces, toutes les vitres des fenêtres brisées. Le lendemain ou surlendemain, la municipalité apprit que dans la maison de Sainte-Barbe, abandonnée déjà de la plus grande partie de ses maîtres et de ses élèves pensionnaires, dévastée comme si elle avait été livrée à rennemi, une quinzaine d'enfants allaient rester sans personne pour les conduire et réduits au dernier dénûment. C'étaient les boursiers dont les familles habitaient loin de Paris. Un comité d'instruction publique venait d'être institué près le département. Les membres de ce comité se rendirent sur les lieux avec l'abbé Sieyès, leur président. Lorsqu'ils arrivèrent , les derniers départs se faisaient. Us ne trouvèrent à qui parler que l'abbé Borderies, ci-devant procureur, lequel était resté pour terminer ses comptes*.

i . Rapport de M. Cousin au département, â. Pétition du Directoire du département à TAssemblée Iég]s> lative, 23 avril 179^.

DE I»AI1«T&-»ARB£. 3t9

M. BoNrdari»^ aocic» boursier de Tarefaef éque de Pam à SaîntevSarbe et l^airéat distiogiié èm concours géoéral^ fut uii> prêtre extréi0etBei>t eoorageux. Il n'abaDdoima la France que pendant Tannée qui suivit la ni€>rt de hem» XYL II rentra en pleine Terreur^ et dès qaït le put, il s'employa à restaurer l'exercice pablic du culte* H officia à la Sainle-ChapdAe dès 1 797. Plus tard il fonda la parc»sse de Sainl-Thomas d'Aquin, puis devint successivenient grand vicaire de Farchevéque de Paris et evêque de Versailles. Il succomba en 1832 au chagrin que lui causa la révolution de juillet, et fut regretté même des jansénistes de son diocèse \ Cétait un homme d'une bonté extrême, qui se serait dévoie certainement pour les malheureux débris de la Connnunauté, s'il n'avait pas été retenu par la question de principe. Mais il ne voulut pas se soustraire à l'interdiction dont il avait été frappé, et son vœu le plus ardent, lorsqu'il eut vu se disperser ses amis, fut d'en finir au plus vite avec des fonctions qui lui étaient devenues odieuses.

Sieyès, s' étant fait instruire de la situation, jugea que c'était un devoir pour le département de prendre sous sa tutelle les pauvres orphelins de la Communauté. Il fit chercher un homme de bonne volonté, qui consentit non-seulement à les conduire, mais encore à les nourrir provisoirement à son compte. Il aurait voulu que la maison se soutint jusqu'à l'établissement du nouveau système d'éducation. Il fit des démarches

i. i^otice sur la vie de Mgr E. J. F. Borderies, évéque de Versailles, une feuille in-8, Paris, Poussielgue, 1832, signée : a Un ancien d» aatècldsnie ; » ReBseignements fournis par M. Sainte- Marie Mévilie, archiviste du département de Seine-et-Oise.

pour trouver de l'argent. Il s'adressa . à la Grande Aumônerie, qui refusa de continuer ses bienfaits; il demanda alors à l' Assemblée nationale, par l'entremise du Directoire, le vote d'une subvention semblable à celle qui avait été accordée l'année précédente.

Quelqu'un répondit à l'appel que le département avait fait syi nom de l'humanité. Ce fut un avocat nommé Filleul, ex*municipal attaché au comité des subsistances. II vint s'établir à Sainte*Barbe dans les derniers jours d'avril avec le titre de supérieur ou principal provisoire*.

Les choses n'aflèrent pas comme avait espéré l'abbé Sieyès. Le rapport sur la loi d'instruction publique ne fut présenté par M. de Talleyrand que le 25 septembre 1791 ; la proposition d'une allocation nouvelle en faveur de Sainte-Barbe ne put pas même être rapportée, à cause de la multitude d'objets plus importants qui occupèrent les derniers moments de la Constituante. M. Filleul, qui n'était pas riche, ayant dépensé du sien plus de quatre mille livres, pressa le département ou de lui procurer des fonds, ou de le délivrer d'une charge trop onéreuse pour ses moyens. Sa lettre est du 7 octobre 1791 . Le départem.ent , ne pouvant disposer d'aucune ressource, écrivit aux familles qu'elles eussent à retirer leurs enfants. La maison fut entièrement vide avant la fin du mois '.

Nous ne savons pas si M. Filleul fut jamais Femboursé de ses avances. Le Directoire fit écrire par

i. Letlre de M. Filleul à MM. composant le Directoire du département de? Paris, 7 octobre 1791.

2. Pétition du département à l'Assemblée législative, 23 avril

M. de La Rochefoucauld, son président, el par les aur très membres de son bureau une pétition à FAssemblée législative où cette dette était représentée comme une dette d'honneur contractée par le département. La pièce resta dans les cartons jusqu'à ce que la Convention eut succédé à la Législative, et elle porte cette apostille écrite de la main de Fouché le 5 novembre 1 792 : ce L'avis du comité des finances est de proposer à la Convention que les dépenses ci-dessus ne peuvent être supportées par le Trésor public, et qu'en conséquence le citoyen Filleul s'adresse, pour le rembourser de ses avances, au Directoire de Paris, qui les a autorisées. »

Revenons à l'abbé Borderies, pour voir comment il se tira de sa liquidation.

La caisse était vide, et les familles de la plupart des enfants retirés se vengeaient de la Révolution en ne payant pas ce qu'elles devaient à la Communauté. Les dettes de celle-ci s'élevaient à cent mille livres. Le procureur, assailli par les créanciers, se retrancha avec un sang-froid imperturbable dans un système d'où il fut impossible de le faire sortir. Selon lui, le département était tenu d'acquitter les dettes dont lui, procureur, avait arrêté le chiffre. Il disait aux membres du Directoire :

a Vous nous avez traités comme un collège, en destituant notre chef pour en mettre un de votre choix à la place; traitez-nous donc ainsi jusqu'au bout, et nommez des commissaires pour apurer mes comptes^ . »

A cela le Directoire répondait : a Apurer vos comp-

i . Pétition de J. F. Borderies au département, sans date. II âG

tes ce- serait prendre sur nous les suites de votre administration et. nous charger d'affaires qui n'ont aucun rapport avec celles que nous avons mission de liquider. Nous liquidons la dotation des collèges^ non pas les pensionnats ni même les entreprises particulières des principaux des collèges. Vous êtes responsables de tout à Sainte-Barbe. L'Assemblée, il est vrai, nous a substitués un moment à l'archevêque; mais l'arohevêque n'a jamais répondu de Femploi que vous faisiez de l'argent qu'il vous donnait. Il y a longtemps que vous êtes sur le penchant de votFe ruine. Ne nous l'imputez pas, et surtout ne prétendez pas nous en faire subir le dommage. Vos mauvaises affaires viennent des repas fréquents des supérieurs, et de rétablissement d'un pensionnat à Gentilly, dont la Communauté ne retirait aucun profit. Liquidez-vous, si bon vous semble, avec cette maison dont nous ne vous demandons pas compte, quoique peut-être nous en aurions le droit*. »

En s*inspirant d'un rapport où toutes ces raisons étaient plus longuement déduites, je procureur-syndic du département, M. de Pastoret, opposa un refus formel à la demande de Tabbé Borderies. Alors celuici crut devoir se retirer. 11 déménagea le 29 août, après avoir rédigé, pour ceux des créanciers qui le pressaient le plus, un mémoire au département, où il reprenait la: thèse qu'il n'avait pas réussi à faire accep» ter pour son: compte.

L'état des deMea de la Communauté justifiait la sé-

1. Minute de la réponse du Directoire du département à J. F. Bofidèriesi^

vérité avec laquelle le Directoire du dépâ:rt»xient avait parlé de son administration • Pour ne citer qu'un exemple, elle devait à son boucher, qu'elle n'avait pas payé depuis 4787, la somme de 28250 livres, et cela lorsque la viande n'était qu'à deux sous; elle devait au bureau de Louis-le-Grand 1 9 3801ivr^ de termes échus pour le loyer, qui était de 1800 livres, et ainsi du reste ^

Aussitôt après le départ de M. Filleul, qui suivit de deux mois celui de M. Borderies, l'abbé Bérardier,. grand màitre temporel de Louis-le-Grand, fit opérer,, au nom du collège Sainte-Barbe, la saisie de ce qui restait de meubles dans la maison. Une vente par autorité de justice ne produisit que 5552 livres, en comptant Targenterie et les ornements de la chapelle ^ Ensuite un jugement rendu au tribunal civil de l'arrondissement, séant à Sainte-Geneviève sous la présidence de Target, annula le bail passé avec la Communauté pour la partie des bâtiments qui appartenait au collége, autorisa l'abbé Bérardier à y recevoir d'autres locataires, et condamna par défaut Baduel et Borderies, « attendu l'état étonnant de dégradation où étaient les lieux, » à supporter la charge d'une réparation telle qu'elle serait estimée par experts*. Enfin un autre jugement obtenu contre M. Leclerc de Juigné, frère du ci-devant arclievéque, à raison de ce qu'il devait pour la pension de son fils et de l'instituteur de

\ . Papiers de la liquidation de la ComnwTiaiité^ Archives de PEmpire, M. 795.

2. Comptes du collège, 30 décembre 1791 eC.« 9- mnki 1792, Archives de-rEmpirCj H, 5808*. .

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