‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 3)Chapitre 15 sur 145 · Ratio studiorum, p. 177, 200, 202, 206, 207 et · texte numérisé non relu

Ratio studiorum, p. 177, 200, 202, 206, 207 et

Un pareil système était d'une efficacité certaine pour polir les mœurs ; pour les réformer, il lui man» qua d'être appliqué par une compagnie dont la fin dernière eût été l'éducation de la jeunesse. Mais les jésuites travaillèrent pour leur puissance ; ils cherchèrent à se faire des amis. Dès le commencement ils agirent à l'excès sur la vanité, vers laquelle les enfants n'ont que trop d'inclination ; ils firent dégénérer la douceur en câlinerie ; ils montrèrent la même retenue à l'égard des cœurs qu'à l'égard des inteUigences, lorsqu'il s'agit d'y labourer jusqu'au tréfonds. Qui s'en plaignit? non pas les élèves assurément, ni les familles, dans le sein desquelles ceux-ci allaient redire combien ils étaient satisfaits de leurs bbns maîtres. Les critiques ne se firent entendre que du côté des rivaux; ceux aux oreilles de qui elles parvinrent haussèrent les épaules, parce qu'ils les imputèrent à la jalousie.

Pour compléter ce tableau, il nous resterait à montrer comment la nouvelle méthode d'éducation conserva invariablement son esprit à travers les progrès que la concurrence l'obligea d'accomplir ; mais nous ne faisons point ici l'histoire des jésuites. Ce qu'on vient de lire suffit pour notre propos , qui était d'expliquer par quel déplacement de forces tout fut changé dans le milieu où s'étaient accomplies pendant un siècle les destinées de notre collège. Lorsqu'il y eut dans toutes les grandes villes des maisons de jésuites où les gens de la province mirent leurs enfants *, lorsque l'établissement de la rue Saint-Jacques

1 . Jo, Math. Moffius, Depraesenti Paris, Acad, rerutn statu ora^ th. I11-8, 1588.

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exerça une telle attraction ^ que rUoiversité eut une peine infinie à empéclier les principaux des collèges sans exercice d'envoyer leurs élèves à ses classes^, que resta-t-il pour former la population des autres collèges? Les aspirants aux grades des Facultés supérieures y les pauvres, dont les jésuites ne se souciaient pas% et les enfants de celles des personnes riches qui par principe ne voulaient pas recourir aux bons offices des révérends pères, personnes très-peu nombreuses, comme l'ont toujours été en France celles qui opposent des idées raisonnées au prestige du succès. Finalement, la plupart des vieux collèges, tout étroits qu'ils étaient, eurent la moitié de leurs chambres vides. L'ordonnance royale du mois de mai 1 579 , rédigée d'après les cahiers apportés aux premiers États de Blois, nous apprend que, sur cinquante maisons de ce genre que comptait alors l'Université de Paris, il n'y en avait pas dix qui ne servissent à loger des « gens mariés, artisans, prêtres vicieux, et même tireurs de laine. » Cela veut dire que les principau:^, ne pouvant supporter les non-valeurs causées, pai^ la ^désertion de la jeunesse, louaient les collèges à n'importe qui^

On qôm^igglidra m^|i tenant >(fTe Ik prospérité dont il fut donné à Sainte-Barbe de jouir au milieu de cette décadence, ne put être qu'une prospérité relative. Le talent d'Antoine de Tremblay fut de maintenir son collège au nombre des dix qui ne livrèrent point leur enceinte aux profanes.

Après avoir passé par tous les honneurs de la Fa-

i. Duboulay, Hîstoria Umv, Paris, ^ t. VI, j^. 7^9. 2. Rickér, Historia Academias Parisiensis^ t. IV, foL 80, ms. suppl. 1. lu 64 de la Bibliothèque impériale.

culte des arts, notre laborieux principal s'était tourné à la théologie. Il fit à la Sorbonne les cours publics qui comptaient comme épreuve dans la préparation à la licence, et parvint en 1578 à c^ grade difficile*. L'ambition de l'universitaire qui s'adonnait alors à la théologie n'était plus seulement d'acquérir de l'autorité contre les hérétiques. A l'extrémité opposée de celle où s'étaient portés les protestants, on apercevait avec effioi les jésuites , qui revendiquaient pour leur compagnie l'enseignement du dogme aussi bien que l'enseignement des lettres et de la philosophie. Déjà une doctrine à eux s'élaborait, qui, parla subtilité du célèbre Maldonat, prenait à Paris sur toutes les questions discutables le contrepied de la doctrine du corps enseignant. La croyance à l'immaculée conception, si chère à l'Université, était sapée dans ses fondements ; la menace du purgatoire était réduite à quelque chose de si anodin, qu'on croyait entrevoir un désir secret de la supprimer*. Il s'agissait pour les maîtres parisiens de défendre le dépôt sacré des décisions approuvées par l'École. La première levée de boucliers eut lieu en 1574. Elle tourna à l'avantage des jésuites par la faveur que leur portait Pierre de Gondi, alors évèque de Paris. Les principaux des collèges, qui s'étaient mis à la tête des assaillants, furent excommuniés tous ensemble, de sorte qu'Antoine de Tremblay eut sa part de cette foudre. Elle ne réduisit au silence ni lui, ni ses collègues, ni le recteur Tissart, chef déclaré

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