CHAPITRE V
Pierre Dinet nommé principal par lettre de cachet. — Exercices de composition oratoire dirigés par Théodore Marcile. — Doctrine relatiye à renseignement du latin. •— Opinions professées à Sainte-Barbe sur divers sujets. — Désertion du collège sous le gouvernement de la Ligue. — Les lansquenets à Sainte-Barbe. — Retraite de Pierre Dinet à Chenonceaux. — Son retour et sa mort.
Le successeur d'Antoine de Tremblay, institué dès le 6 septembre 1 585 , ne causa pour son élection aucun tracas aux supérieurs du collège. Il reçut son titre du roi, sans qu'aucun de ces messieurs eût été consulté. Le gouvernement, dans la pénurie où il se trouvait, en était venu à disposer ainsi de tous les bénéfices,
1 . G)mptes du collège, Archives de TEinpire, H. 2808 '. â. Registre du parlement, iO, 5020, fol. 327, aux Archives de l'Empire.
grands et petits, comme s'ils eussent été des offices royaux. Vainement on eût invoqué la volonté des fondateurs : il. fallait s'incliner devant la raison d'État, quand bien même la raison d'État n'était pas autre chose que la convenance de telle ou telle pei-sonne à laquelle Sa Majesté voulait du bien. C'est le cas qui se présenta lorsque le ptincipalat.de Sainte-Barbe vint à vaquer par la démission d'Antoine de Tremblay. Un prêtre de cour, qu'on n'avait pas de quoi rétribuer selon ses mérites ou ses désirs, demanda ce petit àcompte, qui lui fut accordé sur le champ.
Cet ecclésiastique, nommé Pierre Dinet, était le prédicateur en titre de la pieuse et vertueuse épouse de Henri III, la reine Louise de Vaudémont. Il appartenait àla no blesse de robe du Bourbonnais ; son père, seigneur du Puits-Boyal ef de Moncbenin, était lieutenant civil de cette province. Deux de ses frères possédaient des commandements dans l'armée, et un troisième, qui avait embrassé la profession de minime, s^acheminait par cçt humble sentier au siège épîscopal de Màcon^ Etant né à Moulins, Pierre Dinet appartenait au diocèse d'Âutun, par conséquent il avait le litre d'origine exigé par la fondation. Il reçut d'ailleurs son investiture du parlement, dont on fut bien aise de pouvoir employer le concours pour couvrir l'irrégularité de la nomination. Voici les termes de l'arrêt rendu à ce sujet :
« Après avoir veu par la court l'information f&icte
4 . Cabinet généalogique de la Bibliothèque impériale, dossier Dinet pibid. ms. swppl. lat., n°d342, fol. 212; Gallia christiana, t. IV, p. 4099; Duboulay, Historia Univ, Paris, ^ t. VI, p.. 700. i
d'office et de rordounance d'icelle^ à la requeste du procureur général du roy, sur la vie, meurs et conversation catholique de maistre Pierre Dynet^ bachellier en théologie, pourveu par le roy de la charge et place de principal et boursier du collège Saincte- Barbe à Paris ;
« Les conclusions du procureur général du roy;
« La matière mise en délibération :
•f La dicte court arreste et ordonne que le dict Dynet sera receu enladicte charge et place, faisant profession de foy.
<c Et à court mandé, a faict le serment à ladicte charge appartenant, et y a esté receu, faict profession de foy, et Ta juré *. »
Sainte-Barbe n'eut pas à se plaindre d'un coup d'État qui lui donna pour chef un homme instruit et d'un excellent caractère, qui d'ailleurs n'était point un étranger pour elle.
Pierre Uinet avait été un bon élève de l'Université de Paris. Envoyé en Italie au sortir de ses classes, il rapporta de ce pays beaucoup de souvenirs et surtout une admiration profonde pour sa littérature. La Jérusalem délwrécj dont il eut connaissance au moment même de son apparition, lui était aussi familière que les classiques de l'antiquité*. Désireux d'obtenir ses grades en droit canon et en théologie, lorsqu'il en vint à l'étude de cette dernière science, il* se soumit à l'obltgation des cours publics de philosophie et d'Ecri-
1. Registre du parlement, 10, 1693, fol. 339, aux Archives de TEmpire.
2. Il la cite sans cesse dans ses Hiéroglyphiques. Voy. ci-après, p. 84.
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ture sainte, que devait professer successivemeiit l'aspirant à la licence. Ce fut à Sainte-Barbe, en 1 577 et 1 578, dans les plus beaux temps du principalat d'Antoine de Ti*emblay, que Pierre Dinet débita ses leçons sur la logique et la dialectique ; quant à ses preuves en théologie, il les fournit au collège de Bourgogne. Il fut écouté dans ces deux collèges avec une approbation qui lui donna du poids dans la Faculté des arts. Il fut présenté pour le rectorat et reçu d'acclamation le 23 juin 1 583 K Tel était l'état de services avec lequel il se présenta devant son jeune peuple.
Ces titres honorables, rehaussés encore par la qualité du personnage, Tidée qu'étant de la cour il allait faire affluer toutes les prospérités sur le collège, des commencements assez heureux pour qu'il semblât par sa seule venue avoir dissipé la tristesse des années précédentes, tout cela échaufla les imaginations barbistes. Maîtres et élèves rivalisèrent d'efforts pour trouver les plus belles choses à dire à la louange de la nouvelle direction, pour se comporter de manière à lui faire honneur devant les hauts personnages qu'elle conviait aux exercices publics de la maison.
Il existe un recueil de harangues composées pour des solennités de ce genre en 1585 et 1586*. Arrêtons-nous-y un instant, car c'est une source où il y a beaucoup à puiser pour notre histoire et pour celle de renseignement.
Ce recueil a été imprimé sous le nom de Théodore