‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 3)Chapitre 34 sur 145 · Duboulay, Historia Unis>. Parts,, t. VI, p · texte numérisé non relu

Duboulay, Historia Unis>. Parts,, t. VI, p

iiO HISTOIRE

des candidats à ces places. Si on avait pa les prendre dans toute retendue d'une province ou seulement d'une ville , il n'aurait pas été difficile de trouver de dix ans en dix ans quatre enfants capables de faire honneur à Tinstitution ; mais qu'espérer de deux obscurs villages et de Tune des paroisses les plus petites et les plus pauvres de Paris ? Dans l'espace de deux siècles^ Saint-Nicolas des Alleux, la Neuville et Saint-Hilaire ne fournirent que des écoliers qui firent leurs études pour dire qu'ils les avaient faites, ou bien qui lâchèrent pied après avoir tâté quelque peu du collège. Nous voyons la fabrique de Saint-Hilaire procéder en 1 570 au remplacement d'un de ses boursijers, qui avait déserté Sainte-Barbe sans prévenir ses maîtres*. Plus d'une fois méme^ il arriva qu'il y eut des places vacantes sans personne pour les remplir. Les pauvres gens ne se souciaient pas de pousser leurs enfants aux études, sachant qu'elles ne conduisaient à rien, si l'on manquait de protections. Le professorat ne faisait plu& vivre que les hommes en réputation ; l'accession aux grades dans les Facultés supérieures était à des prix exorbitants, et la médiocrité pourvue de ces grades mourait de faim dans l'Eglise aussi bien que dans le monde.

Nous trouvons^ la, preuve de cela dans la vie de Lucien Grebert, le seul petit boursier de Sainte-Barbe qui soitparven'^ à quelque chose.

Cet enfant, qui était de la Neuville, fut l'un des quatre que Robert Dugast choisit lui-même au mo-

i. Acte du 16 février, passé devant Jean de Corbye, notaire apostolique. Archives de l'Empire, M. 189. *

ment de la fondation. Reça maitre es arts^ il végétait dans renseignement^ sans espoir de jamais s'élever, lorsqu'un ecclésiastique de sa province, qui voulait le voir tenter le chemin de la Sorbonne, se dessaisit en sa faveur d'une bourse au collège des Cholets. Mais les bourses des Cholets, fondées au treizième siècle, lorsque l'argent avait vingt et trente fois plus de valeur, lorsque les grades étaient conférés presque gratuitement dans l'Université, ces bourses ne suffisaient plus pour parcourir une carrière comme celle de la théologie, où il y avait à fournir au moins huit ans de travaux et d'épreuves, où les solennités les plus dispendieuses se répétaient jusqu'à vingt-deux fois, de sorte que le bonnet de docteur coûtait à qui en était gratifié la somme énorme de deux mille deux cents livres*.

Qu'on juge ce que c'était que deux mille deux cents livres, à l'époque où cinquante Suffiraient encore . pour l'entretien annuel et la nourriture d'un lettré ! Malgré sa bourse et ses leçons, le pauvre Grebert, pour faire face à tant de dépenses, s'était imposé de telles privations que ceux qui le voyaient avaient pitié de lui. Antoine de Tremblay aurait voulu lui faire adjuger, sous prétexte de services rendus à la chapelle de Sainte-Barbe, la bourse de la Neuville, qu'on ne parvenait pas à remplir : le Conseil de surveillance repoussa cet emploi*. Enfin, par de nouveaux efforts

1* Bamu», Advertissements sur la réformation de TUniversité de Paris au Boy, 1562.

2. Comptes du collège de 1574 à 1575, Archives de l'Empire, H. 2808*.

iî2 HISTOIRE

de charité dûs à son premier bienfaiteur et à un condisciple des Cholets, Lucien Grebert parvint au doctorat en 1583*.

Page 1